Un homme qui vient de dire à son médecin qu’il souffre de troubles de l’érection.
Malgré la souffrance et l’impact sur la qualité de vie, le recours aux soins pour les troubles érectiles reste très limité. ©  Magnific

En France, plus d’un homme sur trois déclare avoir déjà été confronté à des troubles de l’érection, selon une étude Appinio pour Kano.care publiée le 30 avril 2026. Un phénomène courant mais rarement abordé franchement. Alors, pourquoi les troubles érectiles restent-ils encore un tel tabou ? Décryptage. 

Parler d’érection reste, pour beaucoup, un exercice délicat. Et pourtant, selon une étude Appinio réalisée pour la clinique digitale Kano.care, menée en France du 20 au 25 mars 2026 auprès de 1 000 hommes âgés de 18 ans et plus, 38 % d’entre eux déclarent avoir déjà connu des troubles de l’érection. Autrement dit, plus d’un homme sur trois.

Ce trouble, aussi appelé dysfonction érectile, désigne une difficulté persistante à obtenir ou maintenir une érection suffisante pour un rapport sexuel satisfaisant. Rien d’anecdotique, donc.

Mais dans l’imaginaire collectif, ces “pannes” restent souvent associées à des causes simplifiées, voire caricaturales. Toujours selon cette étude, les hommes interrogés pointent principalement le vieillissement (47 %) et le stress (43 %), loin devant les causes médicales ou vasculaires (19 %).

Une perception partielle. Car sur le plan médical, « la dysfonction érectile n’est pas un problème de confort, c’est souvent le premier signal d’alerte avant un événement cardiovasculaire majeur. », rappelle le Dr Sam Ward, urologue et Directeur Médical de Kano.care.

Si le sujet est si difficile à aborder, c’est qu’il touche à quelque chose de profondément intime : la virilité, la confiance, l’image de soi. Selon l’étude Appinio :

Mais la dysfonction érectile ne se résume pas à un “problème technique”. Elle s’inscrit dans une dynamique psychologique et relationnelle.

Et le cercle peut devenir vicieux. Une première difficulté entraîne une appréhension, qui elle-même augmente le stress… et donc le risque d’échec. Le corps et l’esprit s’emmêlent.

Alors pourquoi ce silence persistant ?

D’abord, parce que la sexualité masculine reste entourée de normes implicites. L’idée qu’un homme “doit être performant” est ancrée. Reconnaître une difficulté revient parfois, dans les représentations, à admettre une forme de défaillance personnelle. Si bien que 58 % des hommes concernés n’ont jamais consulté de professionnel de santé.

Les raisons invoquées sont révélatrices :

  • la gêne ou l’embarras (46 %),
  • la croyance que c’est “normal avec l’âge” (38 %),
  • l’espoir que le problème disparaisse seul (27 %),
  • la peur du diagnostic (16 %).

Autrement dit, le silence n’est pas seulement culturel, il est aussi alimenté par des idées reçues et une certaine méconnaissance du sujet.

Même chez le médecin, le non-dit persiste

On pourrait croire que la consultation médicale lève ces barrières. Pas forcément. L’étude montre que 46 % des hommes admettent avoir déjà caché un problème de santé sexuelle à leur médecin. Un chiffre particulièrement élevé.

Et lorsqu’ils finissent par consulter, le délai est souvent long. 43 % attendent plus de six mois après les premiers symptômes.

Ce retard peut compliquer la prise en charge, mais aussi retarder le diagnostic de pathologies sous-jacentes.

Un enjeu de santé globale

La dysfonction érectile peut être le signal d’alerte précoce d’une pathologie sous-jacente. Comme le rappellent de nombreux travaux en cardiologie, les troubles de l’érection peuvent précéder de plusieurs années certains événements cardiovasculaires comme l’infarctus ou l’accident vasculaire cérébral

En effet, les artères du pénis, plus fines, peuvent être atteintes plus tôt que celles du cœur. Ainsi, consulter pour un trouble érectile, ce n’est pas seulement améliorer sa vie sexuelle. C’est aussi, potentiellement, détecter plus tôt un problème de santé plus large.

Entre banalisation et invisibilisation

Un paradoxe apparaît alors. D’un côté, les troubles de l’érection sont fréquents. De l’autre, ils restent peu visibles dans l’espace public.

“Ça arrive à tout le monde”, cette banalisation peut paradoxalement renforcer l’inaction. Et si c’est normal, pourquoi consulter ?

À l’inverse, leur invisibilisation dans les discours de santé publique entretient le flou. Contrairement à d’autres sujets (santé mentale, cancer, nutrition), la santé sexuelle masculine reste relativement peu abordée dans les campagnes d’information.

Ces dernières années, les choses évoluent doucement. Les consultations en ligne, les campagnes de sensibilisation et certains témoignages publics contribuent à desserrer l’étau. Mais le chemin reste long. Il faut :

  • Informer, d’abord. Expliquer que la dysfonction érectile est fréquente, multifactorielle, et qu’elle se soigne dans de nombreux cas.
  • Dédramatiser, ensuite. Sortir d’une vision uniquement liée à la performance pour replacer la sexualité dans une approche globale du bien-être.
  • Encourager la consultation, enfin. Car dans la grande majorité des situations, des solutions existent : accompagnement psychologique, traitement médicamenteux, prise en charge des facteurs de risque.

En définitive, « cette étude confirme ce que nous observons au quotidien : les hommes souffrent en silence. Pas parce que les solutions n’existent pas, mais parce que le premier pas reste trop difficile à franchir », commente le Dr Sam Ward, urologue et Directeur Médical de Kano.care.

À SAVOIR 

Le mode de vie joue un rôle direct sur la fonction érectile. Selon l’INSERM, des facteurs comme le tabagisme, la sédentarité, l’obésité ou encore une alimentation déséquilibrée peuvent altérer la circulation sanguine… et donc favoriser les troubles de l’érection.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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