
Si les femmes sont les premières victimes de la détresse psychologique avec des tentatives de suicide plus nombreuses, les hommes succombent trois fois plus aux blessures qu’ils s’infligent, selon le sixième rapport de l’Observatoire national du suicide (ONS).
En 2022, la France a enregistré 9 200 décès par suicide. Ce chiffre place notre pays dans une moyenne haute à l’échelle européenne. Mais le plus troublant réside dans la répartition de ces drames selon le sexe. Selon les dernières analyses de l’Observatoire national du suicide, les hommes représentent en effet plus de 75 % des décès totaux, alors même que les femmes sont plus nombreuses à padsser à l’acte.
En effet, les femmes sont admises deux fois plus souvent que les hommes dans les services d’urgences pour des gestes auto-infligés. Mais alors, comment expliquer qu’un sexe tente davantage de mourir quand l’autre y parvient avec une régularité tragique ?
Suicide : pourquoi les hommes succombent-ils davantage ?
La question des moyens ou la fatalité de la méthode
La première explication avancée par le rapport de l’ONS est technique. Il existe une différence fondamentale dans le choix du passage à l’acte. Les femmes utilisent majoritairement des méthodes dites médicamenteuses. Bien que dangereuses, ces tentatives permettent souvent une intervention des secours et une réanimation efficace.
À l’inverse, les hommes se tournent vers des moyens d’une violence extrême et d’une grande létalité. La pendaison reste le mode opératoire principal chez les hommes avec plus de 50 % des cas, suivis par l’usage d’armes à feu. Ces méthodes ne laissent quasiment aucune chance de survie, transformant l’intention en issue fatale de manière quasi systématique.
Le poids du silence et les fractures sociales
Au-delà de la méthode, c’est la construction sociale de la masculinité qui est pointée du doigt. Les chercheurs de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) notent que les hommes expriment moins leur souffrance. Là où une femme aura tendance à verbaliser son mal-être auprès de son entourage ou de son médecin, l’homme s’enferme souvent dans une gestion solitaire de sa crise.
Le rapport souligne aussi l’impact foudroyant de la précarité. En janvier 2026, une étude complémentaire a confirmé que le risque de décès par suicide est deux fois plus élevé chez les personnes aux revenus les plus modestes.
Pour beaucoup d’hommes, la perte d’un emploi ou un échec financier est vécu comme une déchéance identitaire insurmontable, précipitant un geste irréparable sans passer par la case “demande d’aide”.
Au-delà du sexe, l’autre visage du suicide
Une alerte rouge pour les jeunes filles
Si la mortalité frappe les hommes, le rapport 2025 s’inquiète d’une évolution majeure chez les adolescentes de 10 à 24 ans. En effet, les femmes sont plus sujettes aux troubles psychiques et donc au passage à l’acte. Depuis 2020, les hospitalisations pour tentatives de suicide dans cette catégorie ont bondi. Le taux de suicide chez les jeunes filles de 15 à 19 ans a lui aussi progressé de manière inhabituelle.
Les experts lient cette fragilité à plusieurs facteurs environnementaux comme la pression scolaire, l’exposition massive aux réseaux sociaux et les séquelles psychologiques de la période post-pandémie. Si elles meurent moins que les hommes, leur détresse est aujourd’hui plus visible et plus fréquente qu’il y a dix ans.
L’isolement tragique des aînés
Le tableau ne serait pas complet sans mentionner le cas de nos aînés. C’est ici que les chiffres atteignent des sommets. Les hommes de plus de 85 ans présentent le taux de suicide le plus important du territoire.
On compte environ 86 décès pour 100 000 habitants dans cette tranche d’âge. C’est huit fois plus que chez les femmes du même âge. La solitude, la maladie chronique et le sentiment d’inutilité sociale forment un terreau fertile pour ces passages à l’acte silencieux qui surviennent souvent loin des radars de la prévention.
La prévention comme rempart indispensable
Le rapport de l’ONS rappelle l’efficacité des dispositifs mis en place. Le 3114, numéro national de prévention, reçoit chaque mois des milliers d’appels de personnes en crise ou de proches inquiets. Ce service gratuit offre une écoute immédiate et professionnelle 24h/24.
Le programme VigilanS joue également un rôle clé. Ce système permet de maintenir un contact avec les personnes ayant déjà fait une tentative de suicide par le biais d’appels ou de messages réguliers. Selon le Ministère de la Santé, ce lien constant réduit considérablement les risques de récidive durant les mois qui suivent une sortie d’hôpital. Briser le silence reste, encore aujourd’hui, le meilleur moyen de sauver des vies.
À SAVOIR
Selon les analyses de Santé publique France et les travaux de l’Observatoire national du suicide, il existe une forte disparité régionale. Les régions du nord-ouest, notamment la Bretagne, la Normandie et les Hauts-de-France, présentent historiquement des taux de mortalité par suicide bien supérieurs à la moyenne nationale, avec des chiffres parfois 20 % à 30 % plus élevés.







