Un étudiant victime du syndrome de l'imposteur
60% des moins de 25 ans estiment souffrir du syndrome de l'imposteur à des degrés plus ou moins élevés ©Wayhomestudio/Freepik

Le syndrome de l’imposteur fait référence à un sentiment d’illégitimité dans son travail. De plus en plus présent dans les médias, ce syndrome jusqu’alors assez méconnu peut affecter la vie personnelle et professionnelle. Quelles en sont les causes ? Comment il se manifeste ? Comment le surmonter ? Eléments de réponse.

Le syndrome de l’imposteur est ce sentiment d’illégitimité, décrit pour la première fois dans les années 1970, qui touche de très nombreuses personnes à différents moments de la vie. Il peut surgir quand une personne commence un nouveau travail, prend des responsabilités, ou se trouve confrontée à des situations inattendues.

Bien que ce ne soit pas une pathologie reconnue dans les classifications médicales officielles, le syndrome de l’imposteur relève d’un phénomène psychologique réel. Il génère du stress, du doute, et peut perturber le bien-être au travail et au quotidien si aucune prise de conscience ou stratégie d’adaptation n’est mise en place. D’où l’importance de bien le comprendre…

La crainte d’être démasqué comme incompétent

Le « syndrome de l’imposteur », également appelé « phénomène de l’imposteur » ou « expérience de l’imposture », est un ensemble de pensées et d’émotions qui amènent une personne à douter de ses compétences réelles.

Ce sentiment l’amène à minimiser ses réussites et à craindre d’être « démasquée » comme incompétente. Et ce, malgré des preuves objectives de réussite, à l’instar de diplômes obtenus ou de signes de reconnaissance. Ce phénomène ne figure pas dans la Classification internationale des maladies (CIM) car il n’est pas considéré comme une maladie mentale à part entière, mais comme une expérience psychologique courante. 

En psychologie, on le définit par un schéma de pensée où l’individu attribue ses succès à la chance, aux circonstances ou à une erreur d’évaluation des autres, plutôt qu’à ses propres capacités. Ce déni constant de sa propre compétence est souvent accompagné d’une peur persistante d’être exposé comme un « fraudeur ».

Problème, lorsqu’il s’installe, ce schéma peut conduire à un cercle vicieux de doute, d’anxiété et de surmenage. Voire jusqu’à la dépression. Donc, attention danger !

Origine du concept

C’est la psychologue américaine Pauline Rose Clance (et sa collègue Suzanne Imes) qui ont introduit ce concept en 1978. Un concept né d’une étude menée auprès de 150 femmes universitaires très performantes mais incapables d’attribuer leurs succès à leur compétence réelle.

Elles y décrivent comment ces femmes attribuaient leurs résultats à la chance ou à des circonstances externes, malgré des performances objectivement excellentes. 

Plus on avance dans l’âge, moins le syndrome de l’imposteur est présent ©Odoxa-Kevin Chassangre

Concrètement, les manifestations du syndrome de l’imposteur sont diverses, car il s’agit davantage d’un état psychologique que d’une maladie identifiable. Cependant, plusieurs signes sont souvent observés : 

  • le doute persistant quant à sa légitimité à occuper un poste ou à ses compétences,
  • l’attribution des réussites à des facteurs externes (chance, aide d’autrui, conjoncture favorable),
  • la peur d’être « démasqué »,
  • la difficulté à accepter les compliments ou les évaluations positives,
  • le perfectionnisme ou la tendance à travailler de façon excessive pour compenser un sentiment d’insuffisance,
  • l’auto-sabotage, comme éviter de postuler à un poste ou à une responsabilité par peur de l’échec.

À long terme, ces schémas de pensée peuvent provoquer du stress, de l’anxiété ou même des symptômes dépressifs, notamment si la personne s’isole ou ne cherche pas de soutien. 

Contrairement à ce que l’on pensait initialement, le syndrome de l’imposteur ne touche pas uniquement certains profils ou professions. Il survient surtout chez les étudiants (voir notre “à savoir”). Mais il touche aussi les milieux académiques, les cadres, les artistes, les entrepreneurs, les professionnels de la santé.

Autres victimes, les personnes en transition de carrière. Selon certaines études, jusqu’à 70 % des individus vivraient au moins un épisode de ce phénomène au cours de leur vie. D’autres travaux indiquent que ce pourcentage peut varier fortement en fonction du mode d’évaluation et des populations étudiées. Cela varie de 9 % à plus de 80 % selon les outils de mesure et les critères retenus. 

Même si les premiers travaux aient mis l’accent sur les femmes, le syndrome concerne autant les hommes. Il peut néanmoins apparaître plus fréquemment dans des contextes où les individus se sentent socialement marginalisés ou sous pression, comme chez certaines minorités ou dans des secteurs professionnels historiquement dominés par un genre particulier. 

Il n’existe pas une seule cause unique au syndrome de l’imposteur. Plusieurs facteurs individuels, familiaux, sociaux et culturels interagissent pour favoriser l’émergence de ce sentiment : 

Facteurs individuels et personnalité

Certaines caractéristiques personnelles augmentent la probabilité de développer ce phénomène :

  • le perfectionnisme ou l’exigence excessive envers soi-même,
  • une faible estime de soi ou une tendance à l’anxiété,
  • une propension à s’inquiéter ou à se comparer continuellement aux autres.

Contexte familial et social

Des expériences d’enfance, comme des attentes très élevées des parents, des critiques fréquentes ou l’absence de renforcement positif, peuvent également déterminer la manière dont une personne intègre ses réussites plus tard dans la vie.

Environnement professionnel

Des environnements de travail très compétitifs, des situations de forte pression ou des contextes où la reconnaissance est rare peuvent amplifer le sentiment d’être illégitime. La comparaison fréquente avec les pairs ou une culture d’entreprise valorisant uniquement les performances peuvent renforcer ces doutes.

Si le syndrome de l’imposteur est courant et souvent transitoire, il peut avoir des conséquences significatives s’il devient chronique ou qu’aucune stratégie d’adaptation n’est adoptée. Parmi les effets les plus fréquemment observés :

  • un stress accru et une anxiété persistante,
  • un risque de burn-out lié au perfectionnisme et à la surcharge de travail,
  • une diminution de la satisfaction au travail ou dans les études,
  • une difficulté à progresser professionnellement par peur de postuler ou de se mettre en avant.

Ces effets peuvent non seulement affecter la personne elle-même, mais aussi les dynamiques d’équipe et la performance collective, surtout dans les organisations où la reconnaissance des compétences est faible. 

Reconnaître le syndrome de l’imposteur est souvent la première étape vers une amélioration du bien-être. Plusieurs pistes permettent de mieux vivre avec ces sentiments ou de les surmonter :

Faire le point sur ses réussites

Tenir un journal de ses réalisations, relever les retours positifs, et objectiver ses succès aide à contrecarrer les pensées négatives automatiques. L’écriture ou le fait de lister concrètement ce qui a été accompli peut être un outil puissant pour contrer la minimisation de ses succès. 

Partager et en parler

Parler de ses doutes avec des personnes de confiance — collègues, amis, mentors ou proches — normalise l’expérience et réduit l’isolement associé à ce sentiment. Cela permet souvent de relativiser et de prendre conscience que beaucoup vivent les mêmes ressentis. 

Rechercher un accompagnement

Dans certains cas, un soutien psychologique ou un accompagnement en coaching peut aider à déconstruire des schémas de pensée négatifs et à renforcer l’estime de soi.

De nombreuses approches thérapeutiques, notamment en psychologie cognitive, s’intéressent à ce phénomène et à des interventions spécifiques pour en atténuer l’impact. 

Cultiver une culture de travail saine

Pour les organisations, encourager une culture où les réussites sont reconnues, où les feedbacks sont constructifs et où la collaboration prime sur la comparaison est une stratégie efficace pour réduire les sentiments d’illégitimité chez les collaborateurs.

À SAVOIR

Le syndrome de l’imposteur n’est pas une maladie, mais une expérience psychologique courante qui peut affecter toute personne, quel que soit son âge, son parcours ou son niveau de réussite. Selon une étude Odoxa – Kevin Chassangre publiée le 4 mars 2026, un tiers des Français ressentent régulièrement ce syndrome et 83% présenteraient des signes au moins modéré. Les jeunes sont particulièrement exposés puisque 60% des moins de 25 ans s’estiment concernés à un niveau élevé.

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Figure du monde de la santé en Auvergne-Rhône-Alpes, il traite de vos pathologies sur les ondes comme sur le web.

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