Une chauve-souris contaminée par le virus Nipah.
Le virus Nipah est un virus zoonotique dont le réservoir naturel est la chauve-souris frugivore — plus précisément les Pteropus, souvent appelées « renards volants ». © Freepik

Alors que deux cas de virus Nipah ont été confirmés en Inde ce mois de janvier, la Thaïlande se remet en mode « surveillance sanitaire » façon Covid-19. Mais derrière la mobilisation, que faut-il comprendre réellement ? Faut-il craindre une nouvelle pandémie ? Le point.

Début janvier 2026, l’État du Bengale occidental, en Inde, a signalé au moins deux cas confirmés de virus Nipah, dont deux concernant du personnel hospitalier. Selon nos confrères du Petit Journal, en date du 12 janvier 2026, ces infections ont rapidement conduit les autorités indiennes à isoler près d’une centaine de cas contacts et à activer un suivi épidémiologique resserré.

À plus de 2 000 kilomètres de là, la Thaïlande n’a signalé aucun cas, mais n’a pas tardé à réactiver ses réflexes de surveillance Covid. Contrôles sanitaires renforcés à Suvarnabhumi, Don Mueang et Phuket, questionnaires de santé, prise de température à l’arrivée, comme l’indique le Bangkok Post du 14 janvier 2026. Une mobilisation qui rappelle des souvenirs de pandémie de Covid-19. Mais faut-il pour autant craindre une nouvelle pandémie ? 

Un pathogène zoonotique classé “prioritaire” par l’OMS

Découvert pour la première fois en 1998 en Malaisie, le virus Nipah (NiV) appartient à la famille des Paramyxoviridae, la même que celle du virus de la rougeole, mais avec une réputation autrement plus sombre. Selon l’OMS, ses réservoirs naturels sont les chauves-souris frugivores du genre Pteropus, ou « renards volants ».

Ces animaux hébergent le virus sans développer de maladie, mais peuvent contaminer :

  • des humains (contact direct),
  • des porcs (hôtes intermédiaires dans les premières épidémies),
  • ou des aliments souillés.

La transmission d’humain à humain, plus rare, a surtout été observée lors de soins rapprochés. Rien à voir donc avec la transmission aérienne rapide du SARS-CoV-2. Pour le Nipah, il faut de la proximité, des fluides et souvent une exposition prolongée.

1998 : une première épidémie massive en Malaisie

Selon le Centre américain de contrôle des maladies (CDC), la première grande flambée de Nipah en 1998-1999 a touché 265 personnes et provoqué la mort d’environ 40 % d’entre elles. Plus d’un million de porcs ont été abattus pour contenir la transmission. C’est de cette épidémie que le virus tient son nom, en raison de son émergence dans un village malaisien appelé Kampung Sungai Nipah.

Selon l’OMS et le CDC, plusieurs épisodes importants sont ensuite survenus :

  • au Bangladesh dès 2001, souvent avec une mortalité supérieure à 70 % ;
  • en Inde, notamment en 2001, 2007 (État du Bengale), puis en 2018, 2021 et 2023 (État du Kerala).

Ces récurrences ont permis d’affiner la connaissance du virus, notamment son lien avec la consommation de jus de palmier dattier frais, une spécialité locale parfois contaminée par les chauves-souris.

Virus Nipah : que se passe-t-il actuellement en Inde ?

Selon les rapports récents, deux cas ont bien été confirmés dans l’État du Bengale occidental, autour de la ville de Kolkata. Parmi les personnes concernées figurent des agents de santé qui auraient été exposés au virus alors qu’ils soignaient des patients. Les autorités locales ont placé près de cent personnes en quarantaine et entrepris des activités de surveillance et de recherche des contacts étroits.

La plupart des séries de cas signalées sont liées à des contacts proches ou à des environnements hospitaliers. Depuis l’annonce des cas en Inde, la Thaïlande a remis en place des contrôles sanitaires renforcés dans ses aéroports internationaux, notamment Suvarnabhumi, Don Mueang et Phuket, pour les voyageurs en provenance d’Inde. Ces mesures incluent la prise de température, des questionnaires de santé et des cartes d’information sanitaire.

Le Ministère thaïlandais de la Santé publique a toutefois confirmé qu’à ce jour aucun cas de Nipah n’a été détecté sur son territoire. Si ces mesures de protection semblent démesurées, les autorités sanitaires thaïlandaises préfèrent jouer la prudence. Elles ont en outre annoncé que leur système de diagnostic est prêt à détecter le virus rapidement à l’aide de tests RT-PCR, le même type de méthode utilisé pour des maladies comme la grippe ou le Covid-19.

Nipah : quels sont les premiers symptômes du virus ? 

Selon l’OMS, la période d’incubation varie de 4 à 14 jours, parfois jusqu’à 45 jours dans de rares cas. Les symptômes débutent par :

Dans les formes graves, et elles peuvent s’installer très vite :

  • difficultés respiratoires,
  • confusion mentale,
  • convulsions,
  • encéphalite aiguë (inflammation du cerveau),
  • coma en 24 à 48 heures dans les cas les plus sévères.

Le taux de mortalité, selon l’OMS, varie de 40 à 75 %, selon les pays, les conditions de prise en charge et la rapidité du diagnostic. Un tableau clinique lourd, mais pas aussi transmissible que celui du Covid-19.

Traitement : aucun antiviral validé et pas de vaccin

Selon les CDC et l’OMS, aucun traitement spécifique n’est disponible et aucun vaccin humain n’a été approuvé. La prise en charge est symptomatique, souvent en soins intensifs : 

  • assistance respiratoire, 
  • gestion des convulsions, 
  • maintien des fonctions vitales.

Des recherches existent, certains antiviraux sont testés en laboratoire, mais elles en sont encore au stade expérimental. 

Nipah : un début d’épidémie ? 

Contrôles aux frontières, thermomètres infrarouges, vigilance internationale… Tout cela réveille une mémoire collective encore marquée par le Covid-19. Mais scientifiquement, la situation n’a rien de comparable et surtout, rien n’indique aujourd’hui que le Nipah puisse provoquer une épidémie de grande ampleur.

Selon l’OMS et les CDC, le SARS-CoV-2 disposait de deux atouts que le Nipah n’a pas :

  • une transmission très efficace,
  • y compris par des personnes asymptomatiques, qui pouvaient propager le virus sans le savoir.

Le Nipah, lui, est d’un tout autre registre :

  • la transmission nécessite des contacts rapprochés et prolongés,
  • les foyers restent localisés,
  • et les chaînes de contamination sont rapidement identifiables.

En 25 ans de surveillance internationale, aucune flambée de Nipah n’a dépassé quelques dizaines de cas. L’inquiétude, en l’occurrence, réside plutôt dans la réaction relativement disproportionnée de la Thaïlande, qui semble préférer prévenir que guérir. n attendant, l’heure n’est pas à la crainte d’une épidémie majeure…

À SAVOIR

Selon l’OMS (2023), le virus Nipah n’a jamais provoqué de transmission communautaire durable et les flambées restent toujours localisées et rapidement maîtrisées. Le virus, bien que grave, ne s’est jamais propagé au-delà de quelques dizaines de cas, et aucun épisode n’a touché l’Europe (CDC et ECDC).

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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