Un skieur de retour sur les pistes après une opération des ligaments croisés suite à une chute.
75 % des ruptures du ligament croisé antérieur se produisent lors de la pratique sportive. © Freepik

Alors que les sommets se préparent à accueillir les prochains Jeux Olympiques d’hiver, les vacanciers, eux, continuent de terminer la saison… sur les rotules ! Articulation soumise à des contraintes intenses, le genou cède encore trop souvent sur les pistes de ski. Le célèbre chirurgien orthopédiste lyonnais Bertrand Sonnery-Cottet, dont le bistouri fait merveille chez les sportifs de haut niveau (Zlatan Ibrahimovic, Loïs Boisson, Alexis Pinturault, Charles Ollivon, Tessa Worley…) explique pourquoi, malgré un matériel toujours plus moderne, il reste le maillon fragile de la glisse.

Chaque hiver en France, la montagne attire près de dix millions de personnes selon Domaines Skiables de France. Avec elle, un flot constant d’accidents. Les bilans annuels rendus publics par l’Association des Médecins de Montagne, indiquent régulièrement entre 130 000 et 150 000 accidents sur les pistes chaque saison. 

Et parmi les blessures les plus fréquentes, le genou tient la vedette. Ligament croisé antérieur, ligament latéral interne, entorse, rupture, hématome osseux… « Le ski est le sport qui entraîne le plus de lésions ligamentaires en France », affirme le chirurgien orthopédiste Bertrand Sonnery-Cottet, réputé dans le monde entier et qui a, entre autres champions, opéré avec succès les skieurs Alexis Pinturault, Tessa Worley ou encore François Place.

Pourtant, « depuis vingt ans, les skis se sont raccourcis, les fixations se sont sophistiquées et les chaussures se sont améliorées ». Ces innovations ont, certes, permis une meilleure maniabilité et une grande précision technique, mais elles n’ont pas fait disparaître les blessures graves, notamment celles du genou.

Le genou doit plier, amortir, stabiliser, supporter notre poids… tout en acceptant qu’on lui impose courses, sauts, pivots et parfois chutes spectaculaires.

D’un point de vue anatomique, il s’agit d’une articulation charnière entre le fémur (os de la cuisse) et le tibia, complétée par la rotule. Pour que tout tienne, plusieurs structures travaillent ensemble :

  • Les ligaments : notamment les ligaments croisés (antérieur et postérieur), au centre du genou, et les ligaments latéraux, sur les côtés.
  • Les ménisques : deux petits “coussins” en forme de croissant, entre fémur et tibia, qui jouent le rôle d’amortisseurs.
  • Les cartilages : recouvrant les surfaces articulaires, ils assurent le glissement sans frottement.

Cette organisation serrée rend le genou à la fois très performant… et vulnérable. Dès qu’un élément cède, c’est toute la mécanique qui se dérègle. « La pratique de sports pivot-contact, comme le football, le rugby ou le ski alpin, teste en permanence les limites de cette articulation », résume le chirurgien.

Les pieds bloqués… mais les genoux qui tournent

Les chaussures rigides maintiennent la cheville et les fixations verrouillent le pied au ski. Le pied ne bouge donc plus, ou presque. En cas de chute, la force de rotation, au lieu de se dissiper au niveau de la cheville, remonte en amont, vers la seule articulation disponible… directement dans le genou.

Une entorse du genou sur deux serait liée à un mauvais réglage des fixations. En pratique, cela signifie que :

  • des fixations trop serrées ne se déclenchent pas en cas de chute ;
  • des fixations mal adaptées au poids, à la taille, à l’âge et au niveau du skieur laissent l’énergie de la chute se concentrer sur le genou.

La biomécanique du ski : un cocktail à haut risque

Selon le Dr Bertrand Sonnery-Cottet, sur le plan biomécanique, le ski cumule plusieurs facteurs de risque pour le genou :

  • Vitesse élevée : plus la vitesse est importante, plus l’énergie en cas de chute est élevée.
  • Torsions et pivots : les virages, en particulier en neige lourde ou croûtée, créent des forces de rotation importantes.
  • Genou fléchi : la position “classique” du skieur, genoux fléchis, augmente la contrainte sur le LCA lors des pivots.

Ligaments croisés : les professionnels ne sont pas épargnés

Même si les débutants sont deux fois plus exposés aux accidents que les skieurs confirmés, « le ski est un fléau pour tout le monde », rappelle le Dr Sonnery-Cottet. « En équipe de France, environ 30 % avaient déjà subi une rupture ligamentaire et 30 % avaient récidivé », précise le chirurgien. 

Pour certains champions, les ruptures se succèdent deux, trois, parfois quatre ou cinq fois dans une carrière. Le rythme des entraînements, la vitesse extrême atteinte en descente, les appuis instables en slalom et les chocs répétés exposent leurs genoux à des contraintes titanesques.  

La rupture du ligament croisé : la “signature” du ski

La rupture du ligament croisé antérieur (LCA) est devenue, au fil des années, la lésion typique du ski alpin chez l’adulte. Chaque année, environ 16 000 ruptures du LCA surviennent lors de la pratique du ski en France, avec un âge moyen autour de 30 ans.

Cette rupture survient le plus souvent lors :

  • d’un mouvement de rotation brutale du genou
  • avec le genou fléchi
  • et le pied bloqué dans la fixation.

Les signes habituels sont désormais bien connus des médecins de montagne : douleur vive, craquement, gonflement rapide du genou, difficulté à poser le pied au sol.

À long terme, une rupture du LCA mal prise en charge expose à une instabilité chronique et augmente le risque d’arthrose du genou.

Les lésions méniscales

Les ménisques ne sortent pas indemnes des chutes en torsion. « Ils peuvent se déchirer lorsque le fémur pivote brutalement sur le tibia », explique le médecin. Les lésions méniscales représentent une part importante des traumatismes du genou au ski, souvent associées à une rupture ligamentaire.

Elle est d’ailleurs la pathologie du genou la plus fréquente, traumatique chez le sujet jeune, dégénérative avec l’âge. Au ski, elle survient volontiers lors d’une torsion modérée, parfois sans rupture du LCA, mais peut être tout aussi invalidante à court terme (douleur, blocage, gonflement).

Les lésions combinées

Le genou n’aime pas faire les choses à moitié : lors d’une chute sévère, on peut cumuler :

  • rupture du LCA,
  • lésion du ménisque (ou des deux),
  • atteinte d’un ligament latéral,
  • voire lésion cartilagineuse.

Ces lésions combinées sont plus fréquentes dans les traumatismes à haute énergie (vitesse élevée, réception de saut, collision). Elles nécessitent une prise en charge chirurgicale plus complexe, avec un risque plus important de séquelles et d’arthrose du genou à long terme.

Lorsqu’un ligament croisé antérieur (LCA) se déchire, « on ne peut pas réparer ce ligament, ça ne marche pas ! Il faut donc le reconstruire », précise le chirurgien. La technique consiste à remplacer le ligament abîmé par une greffe prélevée chez le patient. « Le chirurgien crée  un tunnel dans le fémur, un tunnel dans le tibia et y fait passer cette greffe sous arthroscopie avec des petites caméras », c’est-à-dire via de très petites incisions.

Depuis quelques années, une évolution importante s’est imposée avec l’ajout d’un renfort latéral.« On a modernisé une technique ancienne en y rajoutant une petite bretelle externe », explique le spécialiste. Ce geste supplémentaire réduit les contraintes exercées sur la greffe et « permet aujourd’hui trois fois moins de rechutes post-opératoires ».

Après l’opération, la greffe a besoin de temps pour devenir un ligament solide. « La greffe met du temps pour cicatriser », insiste le chirurgien. C’est pourquoi la reprise du sport se fait plus tardivement : « On est plutôt sur neuf mois. Une période durant laquelle rééducation, renforcement musculaire, travail de l’équilibre et même entraînement « neurocognitif » contribuent à sécuriser le retour sur les pistes… et à éviter une rechute ! ».

  • Vérifier son matériel : faire contrôler ses fixations chaque saison, selon la norme ISO 11088. Les régler selon poids, âge, niveau, et parfois les desserrer légèrement pour les débutants.
  • Préparer ses genoux : un peu de renforcement (cuisses, fessiers, gainage) et d’exercices d’équilibre, quelques semaines avant le séjour, réduit nettement les risques.
  • S’échauffer avant la première descente : cinq minutes de marche active, flexions et rotations douces suffisent pour réveiller le corps.
  • Respecter son niveau et sa fatigue : monter en difficulté progressivement, et éviter la fameuse dernière descente quand les jambes sont déjà lourdes.

Aussi, ne banalisez pas une entorse du genou ! Gonflement, craquement, genou qui se dérobe… Ce ne sont jamais des signaux “normaux”. Une consultation rapide permet d’éviter d’aggraver la blessure.

À SAVOIR 

Selon Domaines Skiables de France, environ 75 % des accidents concernent des skieurs recréatifs et non des sportifs aguerris. Autrement dit, la majorité des blessures survient chez des pratiquants occasionnels, souvent moins entraînés… mais équipés de matériel toujours plus performant.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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