La jeune femme de 28 ans qui participait à l'Hyrox de Lyon, avant son hyperthermie.
L’hyperthermie d’effort grave reste rare chez les jeunes femmes, mais peut toucher même des sportives jeunes et entraînées lors d’efforts intenses par fortes chaleurs. © Magnific

Une sportive de 28 ans est morte après une hyperthermie survenue lors d’une compétition de Hyrox organisée ce week-end à Eurexpo Lyon. Ce drame, rarissime mais redouté dans le sport d’endurance, remet brutalement en lumière les risques liés aux efforts intenses par fortes chaleurs, même chez des personnes jeunes et entraînées.

Courir un kilomètre. Enchaîner avec des burpees. Repartir sur un rameur. Puis pousser un traîneau lesté. Reprendre la course. Et recommencer encore. Depuis plusieurs années, le Hyrox s’est imposé comme l’une des compétitions de fitness les plus populaires au monde. Un format spectaculaire, ultra-physique, pensé pour repousser les limites de l’endurance.

Mais dimanche 24 mai, à Eurexpo Lyon, l’événement a viré au drame. Une participante de 28 ans a été victime d’un malaise au cours de l’épreuve. Selon les premiers éléments rapportés par les autorités et les organisateurs, la jeune femme souffrait d’une hyperthermie sévère, autrement dit d’un coup de chaleur provoqué par une élévation dangereuse de la température corporelle pendant l’effort. 

Malgré une prise en charge rapide par les secours et son transfert à l’hôpital Édouard-Herriot, elle est décédée lundi 25 mai. L’enquête devra désormais préciser les circonstances exactes du drame. Mais cet accident tragique remet déjà au centre des discussions le phénomène, encore largement sous-estimé, des risques liés à la chaleur et à l’effort physique intense.

Hyperthermie : qu’est ce que c’est exactement ? 

Dans le langage courant, on parle souvent de « coup de chaud ». En médecine, on parle d’hyperthermie. 

Ce coup de chaleur d’effort correspond à une urgence vitale. Selon l’Inserm, il survient lorsque le corps n’arrive plus à évacuer suffisamment la chaleur produite pendant une activité physique intense. La température interne peut alors grimper au-delà de 40 °C, avec des conséquences potentiellement dramatiques sur le cerveau, le cœur, les reins ou les muscles.

Le coup de chaleur d’effort peut parfois faire grimper la température interne du corps jusqu’à 42 °C, soit davantage qu’une forte fièvre infectieuse classique. À ce niveau, certaines protéines essentielles au fonctionnement des cellules commencent à se dégrader rapidement.

Quelles sont les causes de ce coup de chaud d’effort ? 

Pendant un effort soutenu, les muscles produisent énormément de chaleur. Pour maintenir une température stable autour de 37 °C, l’organisme active plusieurs systèmes de refroidissement, principalement la transpiration et la dilatation des vaisseaux sanguins.

Mais lorsque la chaleur extérieure est importante, que l’humidité est élevée ou que l’effort devient extrême, ce système peut finir par saturer. Le corps entre alors dans une forme d’emballement thermique.

Selon la Haute Autorité de santé (HAS), les signes d’alerte peuvent être trompeurs au départ : 

  • fatigue inhabituelle, 
  • nausées,
  • maux de tête, 
  • vertiges,
  • confusion, 
  • frissons paradoxaux, 
  • troubles du comportement… 

Puis l’état peut se dégrader très rapidement avec une perte de connaissance, des convulsions ou une défaillance multi-organes. 

Coup de chaid à l’effort : même les sportifs entraînés sont concernés

Le coup de chaleur d’effort peut aussi toucher des adultes jeunes, sportifs et en bonne santé apparente. L’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep) rappelle d’ailleurs que les sports d’endurance et les activités dites « hybrides », mêlant cardio intense et exercices musculaires, augmentent fortement la production interne de chaleur.

Or, l’Hyrox coche précisément toutes ces cases. Cette discipline née en Allemagne combine huit kilomètres de course à pied avec huit ateliers fonctionnels très exigeants : 

  • ski erg, 
  • rameur, 
  • fentes lestées, 
  • wall balls, 
  • poussée de traîneau, 
  • port de charges lourdes… 

Une succession d’efforts explosifs avec très peu de récupération. En France, le phénomène connaît une croissance fulgurante. Les compétitions affichent complet plusieurs mois à l’avance et attirent un public très large, des athlètes confirmés aux amateurs de fitness cherchant à se challenger. Selon les organisateurs, entre 8 000 et 10 000 participants ont participé à la compétition de ce week-end à Lyon.

Depuis plusieurs jours, une partie de la France connaît des températures inhabituellement élevées pour une fin mai. Météo-France évoquait ce week-end un épisode de chaleur précoce avec localement plus de 30 °C dans plusieurs régions du sud-est. À Lyon, le mercure est monté jusqu’à 34°C. 

Même dans des espaces couverts ou climatisés, comme Eurexpo Lyon, la chaleur extérieure peut peser sur l’organisme avant l’effort. Une mauvaise hydratation, un manque de récupération, une infection virale passée inaperçue, certains médicaments ou encore un sommeil insuffisant peuvent aussi augmenter les risques.

Selon Santé publique France, les accidents liés à la chaleur pendant une activité physique restent rares mais potentiellement très graves. Les autorités sanitaires rappellent régulièrement que l’intensité de l’effort doit être adaptée aux conditions climatiques, y compris chez les sportifs entraînés.

Ces hyperthermies d’effort peuvent survenir très vite, parfois sans signe spectaculaire au départ. Chez certains sportifs, la volonté de terminer l’épreuve masque les premiers symptômes. D’autres confondent les signaux d’alerte avec une fatigue « normale » de compétition.

Le professeur Jean-François Toussaint, directeur de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (IRMES), rappelait déjà lors de précédents épisodes de chaleur que le danger survient souvent quand les capacités de thermorégulation sont dépassées avant même que l’athlète en ait conscience.

Les secours présents sur les grands événements sportifs sont aujourd’hui formés à ces situations. La prise en charge repose notamment sur un refroidissement extrêmement rapide du corps, considéré comme déterminant pour limiter les séquelles.

Mais même lorsque l’intervention est rapide, certaines formes sévères peuvent évoluer vers des défaillances irréversibles.

Marathons, trails XXL, Ironman, CrossFit, Hyrox… Jamais les défis sportifs intensifs n’ont autant séduit. Selon le ministère des Sports, les pratiques d’endurance et de fitness haute intensité connaissent une progression constante depuis plusieurs années, notamment chez les 20-40 ans.

Une évolution souvent portée par les réseaux sociaux, les applications de performance et une culture du dépassement de soi devenue omniprésente.

Le problème, soulignent plusieurs médecins du sport, est que l’entraînement cardiovasculaire ou musculaire ne protège pas totalement contre les risques thermiques. Le corps humain possède des limites biologiques parfois difficiles à percevoir lorsqu’on est porté par l’adrénaline, l’ambiance collective ou la pression de performance.

Et la chaleur, elle, ne fait pas toujours de distinction entre sportifs amateurs et athlètes de haut niveau.

À l’approche de l’été et des premières compétitions sous fortes températures, les autorités sanitaires rappellent donc quelques règles simples mais essentielles : 

  • s’hydrater régulièrement avant même d’avoir soif, 
  • éviter les efforts intenses pendant les pics de chaleur, 
  • apprendre à reconnaître les premiers signes d’alerte,
  • ne jamais banaliser un malaise pendant l’effort.

Parce qu’en matière de coup de chaleur, quelques minutes peuvent parfois tout changer.

À SAVOIR 

Transpirer abondamment ne protège pas toujours du coup de chaleur. Selon l’INRS et Santé publique France, certains sportifs victimes d’hyperthermie sévère continuent même parfois à transpirer juste avant le malaise. Le corps peut donc déjà être en situation critique alors que les signes semblent encore « normaux » en apparence.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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