Bruno lina covid
Selon le virologue lyonnais Bruno Lina, la cinquième vague Covid est inévitable ©P.Auclair

L’épidémie de coronavirus continue sa lente progression en France, et notamment en Auvergne-Rhône-Alpes où le taux d’incidence atteint des niveaux élevés dans plusieurs départements. Selon le virologue lyonnais Bruno Lina, membre du conseil scientifique, l’arrivée du grand froid devrait encore accélérer la circulation du virus. Avec un pic épidémique attendu en janvier. Malgré tout, le professeur de virologie des Hospices Civils de Lyon se veut rassurant sur l’impact de cette cinquième vague.

Depuis quelques semaines, on assiste à une reprise modérée mais régulière du nombre de cas de Covid-19 en France, et notamment dans la région Auvergne Rhône-Alpes. Est-ce vraiment inquiétant ?

Bruno Lina : Non, dans la mesure où on dispose de suffisamment d’atouts pour faire face à cette reprise de l’épidémie. L’impact épidémique est directement corrélé au taux d’immunité collective. L’effort incroyable consenti en termes de vaccination permet à la France d’afficher aujourd’hui une immunité collective parmi les plus hautes du monde. Cette immunité collective, combinée avec les gestes barrières et les mesures d’hygiène, le pass sanitaire, les opérations de dépistage, l’aération des salles de classe… créent un environnement favorable pour maîtriser les risques de contagion et limiter les formes graves. L’enjeu est là.

Mais on n’arrivera pas à empêcher le virus de circuler…

Non, avec l’arrivée de l’hiver, on va avoir une augmentation du taux d’incidence et une nouvelle vague épidémique. C’est certain. Il faut juste éviter que cette vague emporte les plus fragiles et vienne emboliser le système de soin. La priorité, c’est d’éviter une situation des services comme lors de la première et de la deuxième vague. Pour cela, la vaccination et les autres mesures de protection sont fondamentales.

Vous observez toujours avec intérêt les épidémies de l’hémisphère sud, en avance sur l’hémisphère nord. Qu’avez-vous appris depuis cet été ?

La circulation du coronavirus a été fortement ralentie durant l’été austral. C’est une bonne nouvelle. Cela signifie que l’on pourrait bientôt maîtriser le virus par le temps et l’immunité collective. Le temps avec la hausse des températures. L’immunité collective avec la vaccination de masse. On serait alors en train de basculer dans une phase transitoire. Une phase qui, au printemps prochain, nous ferait sortir du cycle pandémique pour entrer dans un cycle de saisonnalité.

Bruno Lina attend un pic épidémique en janvier

En attendant cette éventuelle embellie, quelles sont les prévisions de l’impact de la cinquième vague cet hiver ?

Les modèles prédisent de 1 000 à 1 200 hospitalisations/jour au pic de cette nouvelle vague. Par comparaison, en avril 2020, c’était 4 000 hospitalisations/jours. On réduit donc le risque par quatre, ce qui devrait permettre de passer ce pic sans difficultés majeures.

Quand faut-il prévoir ce nouveau pic épidémique ?

En janvier. Lorsque le froid est le plus intense.

Malgré tout, la troisième dose de vaccination reste essentielle ? 

Oui. Si on veut maintenir l’immunité collective à un niveau élevé, il faut cette troisième dose.

Pourquoi ?

Parce qu’on sait désormais que les vaccins perdent progressivement de leur efficacité, à la fois dans les risques de transmissions inter humaines et dans la protection face aux formes graves.

Une baisse de l’immunité plus rapide que prévu

Au bout de combien de temps cette baisse de l’immunité vaccinale est-elle constatée ?

La protection face à l’infection baisse assez rapidement au bout de six mois. Entre six et huit mois après l’injection, on remarque aussi une augmentation assez sensible des formes graves pour les plus fragiles. Par ailleurs, il est acquis que le rappel vaccinal, donc la troisième dose, induit une réponse immunitaire de très haut niveau. En d’autres termes, la quantité d’anticorps produite est suffisamment élevée pour assurer une protection excellente.

Cette troisième dose ne protégera également que six mois face au virus ?

Il est trop tôt pour répondre à cette question. On sait que le taux d’anticorps induit par la troisième dose va remonter de manière très significative. En revanche, on ne sait pas combien de temps cette immunité sera vraiment efficace.

Vers un virus saisonnier

Le scénario qui se profile, avec une cinquième vague de moindre impact sur la population, était-il prévu ?

Oui, c’était prévu. Parmi les différents modèles analysés, le plus plausible était celui d’une reprise épidémique à partir de la mi-octobre, mais une reprise modérée.

Même si les prévisions semblent se vérifier, êtes-vous encore surpris par certaines évolutions de la pandémie ?

Oui, je reste surpris par le niveau de circulation du virus et sa capacité à se transmettre rapidement dans la population.

De fait, la pandémie continue de faire des ravages dans le monde...

Certes, mais cet impact au niveau planétaire tend toutefois à se réduire. L’immunité qui s’installe va induire une résistance plus forte à la circulation du virus. Les épidémies majeures, telles que celles vécues en France et toujours d’actualité dans certains pays à faible taux de vaccination, auront tendance à disparaître avec le temps.

On peut donc envisager l’avenir avec optimisme ?

En France notamment, on a suffisamment d’atouts pour espérer que la cinquième vague soit la dernière avant un certain temps… même s’il faut rester prudent en termes de prévisions ! Le virus ne disparaîtra pas mais il deviendra saisonnier avec un impact modéré. Comme le virus de la grippe.

A SAVOIR

Selon les derniers chiffres de Santé Publique France, 682 admissions en soins critiques (dont 482 en réanimation) ont été enregistrées dans les hôpitaux français sur les sept derniers jours. Le taux d’incidence en en augmentation dans toutes les classes d’âge et dans toutes les régions. Au niveau national, ce taux s’établit à près de 120 cas/100 000 habitants. En Auvergne-Rhône-Alpes, le taux d’incidence est particulièrement élevé en Ardèche (241/100 000 habitants), en Savoie (148/100 000) et dans le Rhône (134/100 000).

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