Doris Bon Julliand fondatrice un Kancer pour la vie, à Lyon, en novembre 2025.
Touchée par un cancer du sein en 2019, Doris Bon Julliand met aujourd'hui son expérience au service des femmes malades. © Marie Briel

Ancienne cadre dirigeante, la Lyonnaise Doris Don Julliand s’est retrouvée dans l’incapacité de reprendre le cours de sa vie après son cancer du sein. Une expérience difficile que la fondatrice de l’association Un Kancer dans ma vie a surmonté, et qu’elle partage depuis sa rémission aux femmes soumises à la même épreuve, convaincue que le “prendre soin de soi” est aussi important face au cancer que le traitement lui-même. Témoignage.

Tiraillements, brûlures… “Tout a commencé par des douleurs bizarres dans le sein gauche. J’ai toujours entendu que si l’on avait mal, ce ne pouvait pas être un cancer. Je pensais que c’était un simple kyste, alors j’ai attendu. Mais une petite voix, au fond de moi, m’a poussé à prendre rendez-vous…”

Pour Doris Bon Julliand, la sentence est tombée à 51 ans, aussi sèche qu’un couperet. “Pendant ma mammographie, ma radiologue ne parlait plus. Je sentais bien que quelque chose n’allait pas”… Par une froide journée d’hiver 2019, elle apprend qu’elle est atteinte de l’une des formes les plus agressives de cancer du sein, un “cancer triple négatif, qui présente un taux de prolifération supérieur à 85%”. Trois semaines plus tard, elle est opérée et débute un traitement, alternant séances de chimiothérapie et de radiothérapie.

Malgré le choc, la Lyonnaise ne vacille pas. “J’aurai du avoir le sentiment que le ciel me tombait sur la tête, mais je ne me suis pas effondrée. Inconsciemment, j’avais déjà fait le choix de me battre”

À l’entendre, six ans après, on pourrait croire que cette annonce, aussi bouleversante fut elle, fut le premier pas vers une nouvelle histoire, comme s’il y avait un avant/après cancer. “J’étais malheureuse dans ma vie, et cette épreuve a tout changé”.

Le parcours de Doris, en effet, montre que le cancer n’est pas toujours une fatalité. La quinquagénaire, autrefois sur tous les fronts, a changé de vie, qu’elle met désormais au service de toutes celles qui traversent la même tempête. “Le Kancer a déclenché un réel tsunami dans ma vie, il a ébranlé mes convictions et a engendré la nécessité de donner un nouveau sens à mon existence”, explique-t-elle sur la page d’accueil du site de son association Un Kancer dans ma vie (lire À SAVOIR), lancée en 2024 pour accompagner les femmes malades dans leur parcours de soin.

“C’est grâce à la maladie que j’ai découvert l’importance de prendre soin de soi. Il ne s’agit pas d’un mode de vie, mais d’un besoin vital. Et j’ai eu envie de participer à la vulgarisation de ce besoin vital”.

Premier objectif de Doris, faire comprendre l’importance de ce besoin vital avant qu’il ne soit trop tard. Ce dont elle n’est pas passée loin : “je passais beaucoup de temps au travail et n’avais aucune disponibilité pour le reste”, confirme l’ancienne cadre dirigeante, ex-directrice qualité dans la formation professionnelle. Sa convalescence, et ses efforts aussi vains que désespérés de reprendre le travail, l’ont convaincue qu’un retour en arrière était rarement possible après un cancer, et qu’accepter cet état de fait était un défi qui devait être accompagné.

Après dix-huit mois de traitement, sa propre reprise du travail s’est en effet soldée par un échec, malgré le programme d’accompagnement à l’emploi proposé par l’association La Niaque et un aménagement à temps partiel. “Je ne me sentais pas à ma place, j’avais de gros troubles cognitifs liés aux ravages de la chimiothérapie et j’ai tenu six mois… J’avais tous les symptômes d’un burn-out. J’ai fini par être déclarée en invalidité, avant d’être licenciée pour inaptitude en septembre 2022”.

Doris a tout tenté, mais rien n’y a fait. Un mal pour un bien, puisque ce licenciement lui a ouvert la porte de sa nouvelle vie. À l’automne 2022, elle a créé les ateliers Pick’Asso, un parcours d’ateliers collectifs autour de thématiques du quotidien, proposé à des patients au gré de leur parcours de soin, de l’annonce du cancer au retour à l’emploi : démarches administratives, faire face aux effets secondaires, alimentation, que faire pendant ma convalescence, emploi… Un programme porté par l’association Les Lyonnes de Tatooine avant qu’elle ne monte sa propre structure, fin 2024.

Aujourd’hui, cette maman de deux grands enfants n’est plus sous traitement : “je m’en suis complètement sortie. J’ai passé les cinq ans de rémission, je me considère donc comme guérie, même si le mot n’est jamais prononcé par les médecins, car on n’est jamais à l’abri d’une récidive”.

Certaines séquelles de son cancer, pour autant, sont encore là : “j’étais hyperactive, mais ce n’est plus possible. Mon cerveau “bug” et je suis obligé de réguler mes activités en fonction de mes capacités physiques et psychologiques. Faire un aller-retour à Paris dans la journée, c’est un peu comme si je gravissais l’Everest !”

Après le cancer, chaque effort du quotidien résonne comme une victoire. Et cet Everest, conquis par Doris, est comme un acte de renaissance : un cancer peut bouleverser une vie, mais il peut aussi lui redonner un sens…

À SAVOIR

Doris Bon Julliand a choisi de mettre un K au début du mot cancer (kancer), en référence à la fois au salon lyonnais des K Fighteuses (mise en avant d’initiatives de patientes touchées par le cancer) et au jeu de mot du nom de ses ateliers Pick’Asso (élaboré pour ne pas froisser les ayants droits du peintre).

Elle propose soutien et conseils pratiques aux femmes malades à travers trois activités :
– les ateliers Pick’asso (Partager Informer Conseiller Kancer Accompagner Sensibiliser Soutenir Orienter), programme d’accompagnement destiné à répondre aux besoins d’information des patientes, à travers ateliers et rendez-vous individuels.
– l’association un Kancer dans ma vie, qui propose des activités, événements et sorties à des femmes concernées par le cancer (expositions, visites, découvertes de thérapies alternatives, concerts…)
– DBJ Partenariat, pour la mise en place de projets dédiés aux patients dans les établissements spécialisés en oncologie.

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Journaliste expert santé / Rédacteur en chef adjoint du Groupe Ma Santé. Journaliste depuis 25 ans, Philippe Frieh a évolué dans la presse quotidienne régionale avant de rejoindre la presse magazine pour mettre son savoir-faire éditorial au service de l'un de ses domaines de prédilection, la santé, forme et bien-être. Très attaché à la rigueur éditoriale, à la pertinence de l'investigation et au respect de la langue française, il façonne des écrits aux vertus résolument préventives et pédagogiques, accessibles à tous les lecteurs.

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