
Longtemps présentés comme de simples traitements contre le diabète puis comme des alliés de la perte de poids, les médicaments de type Ozempic, Wegovy ou Mounjaro intriguent désormais les cancérologues. Lors du congrès mondial de cancérologie de l’ASCO, organisé à Chicago du 30 mai au 3 juin 2026, plusieurs travaux ont suggéré que ces traitements pourraient être associés à une baisse du risque de certains cancers, notamment du sein, du côlon ou encore du poumon.
Depuis deux ans, ils ont envahi les discussions sur les réseaux sociaux, les cabinets médicaux et même les conversations de dîner. Les médicaments à base de GLP-1, comme l’Ozempic, le Wegovy ou le Mounjaro, sont devenus les symboles de la nouvelle génération de traitements contre l’obésité. Initialement développés pour traiter le diabète de type 2, ils agissent notamment en ralentissant la vidange de l’estomac et en augmentant la sensation de satiété, ce qui aide de nombreux patients à perdre du poids.
Mais à mesure que leur utilisation se répand, les chercheurs découvrent que leurs effets pourraient aller bien au-delà de la balance. Lors du congrès annuel de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO), la plus grande réunion mondiale consacrée au cancer, plusieurs équipes ont présenté des données suggérant un possible effet protecteur contre certains cancers liés à l’obésité.
L’excès de poids représente aujourd’hui un facteur de risque majeur de cancer. Selon le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et l’Institut national du cancer (INCa), le surpoids et l’obésité augmentent le risque de développer au moins 13 types de cancers, dont ceux du sein après la ménopause, du côlon, du foie, du rein ou encore de l’endomètre.
Ozempic, Mounjaro… comment ces médicaments pourraient-ils réduire le risque de cancer ?
Une baisse du risque de cancer du sein observée chez des femmes traitées
L’étude qui a le plus retenu l’attention concernait le cancer du sein. Présentés à l’ASCO 2026, les travaux ont porté sur plus de 110 000 femmes âgées de 45 à 80 ans suivies aux États-Unis. Les chercheuses ont observé que les patientes traitées par médicaments de type GLP-1 présentaient environ 30 % de risque en moins de développer un cancer du sein.
Les scientifiques ont pris en compte plusieurs paramètres susceptibles de fausser les résultats, comme l’âge, l’indice de masse corporelle (IMC), le diabète ou encore la densité mammaire. Et même après ces ajustements, l’association restait visible. Attention toutefois, les chercheurs parlent bien d’une “association” statistique, pas d’une preuve formelle de protection. Autrement dit, on constate que les femmes prenant ces traitements développent moins souvent certains cancers, mais cela ne signifie pas encore que le médicament empêche directement la maladie.
C’est toute la difficulté de ce type de recherche. Les études dites “observationnelles” permettent d’identifier des tendances intéressantes, mais elles ne suffisent pas à démontrer une relation de cause à effet. Pour cela, il faudrait des essais cliniques spécifiquement conçus pour étudier le cancer sur plusieurs années.
Le poids, l’inflammation… et peut-être autre chose
Pour comprendre pourquoi ces médicaments pourraient influencer le risque de cancer, il faut d’abord regarder du côté de l’obésité elle-même. Car le surpoids ne se limite pas à quelques kilos en trop mais modifie profondément l’organisme.
L’excès de graisse favorise notamment une inflammation chronique et perturbe certaines hormones, comme l’insuline ou les œstrogènes, deux mécanismes connus pour favoriser le développement de certains cancers. En provoquant parfois une perte de poids importante, les traitements de type GLP-1 pourraient donc indirectement réduire ce terrain favorable aux tumeurs. Un enjeu majeur, alors que selon l’OMS, l’obésité a plus que doublé dans le monde depuis 1990. En France, Santé publique France estime qu’environ un adulte sur deux est en situation de surpoids ou d’obésité.
Mais certains chercheurs pensent que ces médicaments pourraient agir au-delà de la simple perte de poids. Plusieurs travaux préliminaires évoquent un possible effet direct sur l’inflammation ou certaines voies biologiques impliquées dans la croissance tumorale. Pour l’instant, ces hypothèses restent toutefois très exploratoires. Les données disponibles ne permettent pas encore d’affirmer un véritable effet anticancer propre aux GLP-1.
Des signaux aussi observés pour d’autres cancers
Le cancer du sein n’est pas le seul concerné. D’autres travaux présentés ces derniers mois suggèrent une baisse potentielle du risque pour plusieurs cancers associés à l’obésité. Des chercheurs ont notamment observé des signaux encourageants concernant :
- le cancer colorectal ;
- certains cancers du pancréas ;
- le cancer du foie ;
- ou encore certains cancers du poumon.
Là encore, il faut rester prudent. Les données sont encore récentes, parfois incomplètes, et toutes les études ne montrent pas exactement les mêmes résultats. Certains travaux sont réalisés à partir de dossiers médicaux ou de bases de données géantes, ce qui permet d’analyser des centaines de milliers de patients, mais avec des limites méthodologiques importantes. Les spécialistes rappellent aussi que ces médicaments ne remplacent évidemment ni le dépistage, ni l’arrêt du tabac, ni l’activité physique, ni une alimentation équilibrée.
Ozempic, Wegovy, Mounjaro : des médicaments déjà très surveillés
Cette nouvelle piste de recherche arrive dans un contexte où les traitements GLP-1 font déjà l’objet d’une surveillance mondiale intense. Leur succès commercial est spectaculaire, mais les autorités sanitaires restent vigilantes concernant leurs effets secondaires. En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) rappelle que ces traitements doivent être utilisés dans un cadre médical précis. Les effets indésirables les plus fréquents restent digestifs :
- nausées,
- vomissements,
- diarrhées,
- constipation.
Plus rarement, des complications du pancréas ou de la vésicule biliaire peuvent survenir. La question du cancer a d’ailleurs longtemps été abordée dans l’autre sens : certains chercheurs s’étaient interrogés sur un éventuel risque accru de tumeurs thyroïdiennes observé chez l’animal. À ce jour, les autorités sanitaires n’ont toutefois pas confirmé de sur-risque clair chez l’être humain. Ce retournement de perspective intrigue donc fortement les oncologues. Voir des médicaments initialement développés contre le diabète devenir de potentiels outils de prévention contre certains cancers aurait encore semblé improbable il y a quelques années.
À SAVOIR
Le tissu graisseux n’est pas qu’une réserve d’énergie. Il agit aussi comme un véritable organe hormonal, capable de produire des substances inflammatoires qui favorisent certains cancers. Selon le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’obésité est associée à au moins 13 types de cancers différents.







