Un projet de texte réglementaire, encore à l’étude, envisage de limiter à deux boîtes la première délivrance de certains médicaments contre la douleur, comme le paracétamol ou l’ibuprofène. Une mesure qui interroge, tant ces antalgiques font partie du quotidien des Français. Décryptage.
Le paracétamol, l’ibuprofène ou encore l’aspirine font partie des médicaments les plus utilisés en France. Pour un mal de tête, une fièvre ou une douleur passagère, ils sont souvent le premier réflexe. Pourtant, ces antalgiques dits de palier 1 pourraient bientôt être soumis à une nouvelle règle. Une limitation à deux boîtes lors de la première délivrance en pharmacie, que ce soit avec ou sans ordonnance.
Cette hypothèse figure dans un projet de décret actuellement en discussion. À ce stade, il ne s’agit pas d’une mesure appliquée, mais bien d’une proposition réglementaire en cours de concertation entre les autorités sanitaires et les représentants des pharmaciens.
Antalgiques : pourquoi envisager une telle limitation ?
Officiellement, les autorités sanitaires avancent un objectif de meilleur encadrement de l’usage des antalgiques, en particulier dans un contexte d’automédication très répandue. Le paracétamol, bien que considéré comme sûr lorsqu’il est utilisé correctement, n’est pas anodin.
L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) rappelle régulièrement que le surdosage en paracétamol est la première cause de toxicité hépatique médicamenteuse en France, et qu’il peut entraîner des lésions graves du foie, parfois irréversibles. Chaque année, plusieurs milliers d’hospitalisations sont liées à un surdosage accidentel, souvent par cumul de médicaments contenant la même molécule.
Limiter la quantité délivrée dès le premier passage en pharmacie est donc perçu, du point de vue des autorités, comme un levier de prévention. Moins de boîtes stockées à domicile, moins de risques d’erreur de dosage, et davantage de dialogue avec le pharmacien.
Pénurie de paracétamol : comme un air de déjà-vu
L’idée n’est pas totalement nouvelle. Lors des tensions d’approvisionnement en paracétamol, notamment en 2022 et 2023, l’ANSM avait déjà appelé les pharmaciens à limiter la délivrance à deux boîtes par personne, en l’absence de prescription, afin de garantir l’accès au médicament pour tous.
Mais la différence est de taille. À l’époque, cette limitation était temporaire et liée à une pénurie. Aujourd’hui, le projet de décret évoque une mesure structurelle, intégrée au droit commun de la dispensation des antalgiques.
Pourquoi les pharmaciens sont sceptiques sur cette mesure ?
Du côté des pharmaciens, les réactions sont largement critiques. Les syndicats professionnels estiment que cette limitation risque de complexifier inutilement l’accès aux soins pour des médicaments de première intention.
Plusieurs arguments reviennent souvent. D’abord, la notion de deux boîtes est jugée peu pertinente, car les conditionnements varient fortement d’un médicament à l’autre. Une boîte peut contenir 8 comprimés, une autre 30 ou davantage. Ensuite, les pharmaciens rappellent qu’ils jouent déjà un rôle clé dans le conseil, la prévention et le repérage des usages à risque.
Enfin, la profession s’inquiète de l’impact pour certains patients, notamment ceux qui utilisent régulièrement ces médicaments pour des douleurs chroniques légères à modérées. Leur demander de multiplier les passages en pharmacie pourrait, selon eux, créer plus de contraintes que de bénéfices sanitaires.
Limitation d’antalgiques : qu’est-ce que cela changerait concrètement pour les patients ?
Si le projet devait être adopté tel quel, la règle serait simple : lors de la première délivrance, le pharmacien ne pourrait remettre que deux boîtes d’un antalgique de palier 1. Rien n’interdirait ensuite de revenir en pharmacie si le traitement devait être poursuivi, mais cette étape supplémentaire deviendrait la norme.
Il est important de le souligner :
- le médicament ne serait pas interdit,
- le paracétamol resterait disponible en pharmacie,
- le rôle du pharmacien serait central dans l’évaluation du besoin.
À ce stade, les modalités précises, notamment pour les patients sous traitement régulier ou sur prescription, ne sont pas encore connues, car le texte n’est pas finalisé.
Un équilibre délicat entre prévention et accessibilité
Mais comment mieux prévenir les risques liés à l’automédication sans restreindre excessivement l’accès à des médicaments essentiels du quotidien ? Le débat est loin d’être tranché.
Les autorités sanitaires mettent en avant la sécurité des patients. Les pharmaciens, eux, défendent une approche fondée sur le conseil individualisé plutôt que sur une limite quantitative uniforme. Et les patients, au milieu, cherchent surtout à comprendre ce qui pourrait changer dans leur quotidien.
Pour l’instant, aucune décision définitive n’a été annoncée. Le projet continue de faire l’objet de discussions, et son contenu pourrait encore évoluer.
À SAVOIR
Le principal risque du paracétamol vient souvent d’un cumul involontaire. De nombreux médicaments contre le rhume, la fièvre ou la douleur en contiennent déjà. Sans le savoir, il est donc possible de dépasser la dose maximale recommandée, fixée à 3 g par jour chez l’adulte (4 g uniquement sur avis médical).








