Un groupe de chauves-souris porteuses du nouveau coronavirus potentiellement transmissible à l’homme.
Les chauves-souris peuvent héberger de nombreux virus sans tomber malades, ce qui en fait un réservoir viral particulièrement surveillé par les scientifiques. © Freepik

Des chercheurs britanniques ont publié une étude montrant que CcCoV-KY43, un coronavirus détecté chez des chauves-souris au Kenya, pourrait entrer dans des cellules humaines en utilisant une porte d’entrée jamais identifiée jusqu’ici. Explications.

Une équipe de l’University of Nottingham a publié, le 22 avril 2026, une étude consacrée à CcCoV-KY43, un coronavirus identifié chez des chauves-souris au Kenya. Les chercheurs ont observé que ce virus serait capable de se fixer à CEACAM6, une protéine présente à la surface de certaines cellules humaines, notamment dans les poumons.

Une entrée dans les cellules rendue possible grâce à un récepteur jamais identifié jusqu’ici chez les coronavirus. Le fait qu’un virus animal puisse potentiellement emprunter une voie différente suggère que certains virus présents dans la nature pourraient disposer de plusieurs moyens d’interagir avec des cellules humaines.

À ce stade, aucun cas humain lié à CcCoV-KY43 n’a été signalé. Ces travaux visent avant tout à mieux comprendre quels virus animaux pourraient, un jour, franchir la barrière des espèces. On parle alors de zoonose, c’est-à-dire d’une maladie transmise de l’animal à l’être humain.

Depuis la pandémie de Covid-19, les recherches sur les coronavirus circulant dans la faune sauvage se sont intensifiées. L’objectif est de mieux identifier les risques émergents avant qu’ils ne deviennent des problèmes de santé publique.

Les coronavirus constituent une large famille de virus. Certains provoquent de simples infections respiratoires saisonnières chez l’humain, d’autres ont été à l’origine d’épidémies plus graves, comme :

Selon l’OMS, plusieurs coronavirus humains ont une origine animale probable ou confirmée. Les chauves-souris sont fréquemment étudiées car elles hébergent naturellement de nombreux virus, souvent sans développer elles-mêmes de maladie sévère.

Pour infecter un organisme, un virus doit d’abord réussir à pénétrer dans les cellules. Pour cela, il se fixe à une molécule présente à leur surface. 

Le Covid-19, par exemple, utilise principalement le récepteur ACE2, une protéine naturellement présente à la surface de certaines cellules du corps humain, notamment dans les poumons, le nez, l’intestin, le cœur et les vaisseaux sanguins.

Dans cette nouvelle étude, les chercheurs montrent que CcCoV-KY43 pourrait utiliser une autre protéine humaine appelée CEACAM6, elle aussi présente dans les poumons.

Cela ne signifie pas que ce virus infecte déjà l’homme, mais qu’il présente un mécanisme surveillé de près par les scientifiques.

Mieux repérer les coronavirus réellement préoccupants

Des milliers de coronavirus circulent chez les chauves-souris et d’autres mammifères. La grande majorité ne représente pas de danger identifié pour l’être humain. Le principal enjeu scientifique consiste donc à distinguer les virus banals de ceux susceptibles de franchir la barrière des espèces.

Ces données permettent aux laboratoires de surveillance de prioriser leurs travaux :

  • quels virus séquencer en priorité ;
  • quels variants suivre dans le temps ;
  • quels virus tester sur des modèles cellulaires plus poussés ;
  • quels agents pathogènes intégrer aux programmes internationaux de veille.

Préparer les futurs traitements

L’entrée dans la cellule est l’un des moments les plus vulnérables du cycle viral. Si ce mécanisme est bloqué, le virus ne peut généralement pas se multiplier. Identifier une nouvelle voie d’entrée cellulaire ouvre donc plusieurs pistes thérapeutiques :

  • développer des molécules capables d’empêcher la fixation du virus à ce récepteur ;
  • concevoir des anticorps neutralisants dirigés contre la protéine virale utilisée pour l’attache ;
  • imaginer des traitements combinés visant plusieurs portes d’entrée à la fois ;
  • préparer des vaccins dits “pan-coronavirus”, destinés à protéger contre plusieurs virus proches plutôt qu’un seul agent précis.

Depuis la pandémie de Covid-19, de nombreuses équipes cherchent justement à anticiper le prochain coronavirus émergent plutôt qu’à repartir de zéro au moment d’une crise.

Renforcer la veille sanitaire

Les virus évoluent en accumulant des mutations. Certaines n’ont aucun effet. D’autres peuvent modifier leur capacité à infecter une espèce donnée. Lorsqu’un mécanisme d’entrée cellulaire est identifié, les chercheurs peuvent ensuite surveiller les mutations qui renforceraient :

  • l’affinité du virus pour les cellules humaines ;
  • sa capacité de réplication ;
  • son adaptation aux voies respiratoires humaines ;
  • son potentiel de transmission.

Cela permet de transformer une surveillance générale en surveillance ciblée sur les mutations réellement pertinentes.

À ce jour, rien ne permet de l’affirmer. Aucun signalement d’infection humaine lié à ce coronavirus n’a été communiqué. Aucune transmission interhumaine n’est documentée. Aucune alerte spécifique n’a été émise par les autorités sanitaires internationales.

Le niveau d’information actuel relève donc de la recherche fondamentale, pas d’une urgence sanitaire.

Cela n’empêche pas de prendre ces travaux au sérieux : les pandémies récentes ont montré l’importance de détecter tôt les menaces potentielles.

La communauté scientifique investit davantage dans l’étude des virus animaux depuis 2020. Depuis la pandémie, les autorités optent pour une autre stratégie pour pouvoir anticiper plutôt que réagir.

Dans ce contexte, les chercheurs cherchent à répondre à plusieurs questions :

  • Quels virus animaux présentent un potentiel zoonotique ?
  • Quels mécanismes biologiques facilitent le passage à l’humain ?
  • Comment concevoir des contre-mesures avant une crise ?

Ces travaux constituent l’un des socles de la préparation sanitaire moderne face aux menaces potentielles. 

Les chauves-souris ne se résument pas à leur rôle de réservoir viral. Elles participent à l’équilibre des écosystèmes, notamment en régulant certaines populations d’insectes.

Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, de nombreuses espèces sont fragilisées par la destruction de leurs habitats, les pesticides et les activités humaines.

La prévention des zoonoses passe donc aussi par la protection des milieux naturels et la réduction des contacts à risque entre faune sauvage, élevages et populations humaines.

À SAVOIR 

Les chauves-souris sont de précieuses alliées de l’agriculture. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), de nombreuses espèces insectivores consomment chaque nuit de grandes quantités d’insectes ravageurs, contribuant naturellement à limiter certains pesticides.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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