Un sportif amateur qui partage son shaker de produits dopants.
Dans les salles de sport, entre 10 et 35 % des pratiquants auraient déjà consommé des stéroïdes anabolisants. © Freepik

Longtemps associé aux scandales du Tour de France, aux Jeux olympiques ou aux vestiaires du sport professionnel, le dopage ne se limiterait plus aux podiums. Selon une expertise collective publiée par l’Inserm ce vendredi 24 avril 2026, les pratiques dopantes concernent aussi les salles de sport, les courses d’endurance, les clubs amateurs et les pratiquants du dimanche. Mais alors, qui se dope vraiment et pourquoi ? Décryptage. 

On m’aurait menti ? Dans l’imaginaire collectif, le dopage porte encore un maillot jaune froissé par le scandale. Pourtant, le phénomène s’est déplacé. C’est l’un des constats marquants de l’expertise collective menée par l’Inserm à la demande du ministère chargé des Sports. Pendant plusieurs années, un groupe pluridisciplinaire d’experts a passé au crible plus de 3 800 publications scientifiques internationales consacrées au dopage et aux pratiques dopantes.

Le rapport rappelle d’abord qu’il faut distinguer deux réalités. Le dopage, au sens réglementaire, correspond à une violation du Code mondial antidopage : usage d’une substance ou méthode interdite, possession, trafic, refus de contrôle, etc. Les pratiques dopantes, elles, couvrent un champ plus large : prendre un produit ou recourir à une méthode pour mieux performer, sans forcément relever du Code mondial antidopage.

En clair, tous les dopages sont des pratiques dopantes, mais toutes les pratiques dopantes ne sont pas du dopage au sens juridique. Et il semblerait que le sport amateur soit rentré dans la boucle. Et certainement pas à l’insu de son plein gré…

Contrairement aux sportifs de haut niveau, les pratiquants amateurs ne sont généralement pas soumis aux contrôles biologiques. Impossible donc d’avoir des chiffres aussi robustes que dans le sport professionnel. Les données reposent surtout sur des questionnaires anonymes ou des enquêtes déclaratives.

Selon les travaux analysés par l’Inserm, la consommation de substances visant à améliorer les performances chez les amateurs en Europe varie de 2 à 39 % selon les disciplines, un écart large qui reflète la diversité des pratiques et des méthodes d’enquête. 

Plus précisément, le programme européen FAIR (Forum for Anti-Doping in Recreational Sport), mené dans huit pays et auprès de près de 7 300 sportifs amateurs, estime 

  • à 0,4 % la part de personnes déclarant avoir utilisé des substances illicites. 
  • Mais plus d’une personne sur dix disait consommer des médicaments en vente libre pour mieux performer, 
  • et 44 % utilisaient des médicaments en lien avec leur pratique sportive, sans objectif direct de performance : douleur, récupération, sommeil, humeur ou cycle menstruel.

Autrement dit, le dopage amateur ne ressemble pas forcément à l’image du “tricheur chimique”. Il peut prendre la forme d’un comprimé anti-inflammatoire avant un trail, d’une poudre énergisante avant la musculation, ou d’une automédication banalisée pour continuer à s’entraîner malgré la fatigue.

Les disciplines de force (musculation, powerlifting, culturisme) restent particulièrement concernées par l’usage de stéroïdes anabolisants. Les études citées par l’Inserm estiment que chez les sportifs fréquentant les salles de sport, la prévalence de consommation de stéroïdes anabolisants androgènes (SAA) varie entre 10 et 35 %, selon les pays et les populations étudiées.

Les sports d’endurance (course à pied, trail, cyclisme, triathlon) sont, eux, davantage marqués par l’usage d’antalgiques, d’anti-inflammatoires, de stimulants ou de produits censés accélérer la récupération.

Les jeunes adultes sont aussi ciblés, notamment via les réseaux sociaux, où circulent conseils d’optimisation corporelle, programmes “sèche express”, compléments miracles et recommandations pseudo-scientifiques.

Le rapport note également une progression de certains usages chez les femmes, longtemps invisibilisées dans la recherche sur le dopage. Les motivations y seraient parfois différentes et davantage liées à l’esthétique corporelle ou à la gestion du poids qu’au seul gain de force.

Stéroïdes anabolisants : les muscles à crédit

Le produit dopant emblématique reste le stéroïde anabolisant, dérivé de la testostérone. Il vise à augmenter la masse musculaire, gagner en puissance et parfois à réduire la masse grasse.

Très présents dans les sports de force et la musculation, ils restent aussi les substances les plus fréquemment détectées dans les contrôles antidopage. Leur revers est lourd : 

Antidouleurs et anti-inflammatoires : performer malgré la douleur

Ils ne sont pas toujours perçus comme des produits dopants, et c’est bien là le problème. Paracétamol, ibuprofène, kétoprofène ou autres anti-inflammatoires sont couramment utilisés pour continuer à s’entraîner, courir un marathon ou récupérer plus vite. 

Dans certains sports d’endurance, leur usage grimpe avec la longueur des épreuves. Ces médicaments peuvent pourtant masquer une blessure et exposer à des complications digestives, rénales ou cardiovasculaires, surtout en automédication.

Stimulants : le coup de fouet recherché

Les stimulants sont utilisés pour augmenter la vigilance, améliorer la concentration et réduire la sensation de fatigue. Ils peuvent être recherchés avant une compétition ou un effort prolongé, notamment dans les sports d’endurance.

Parmi eux figurent certaines amphétamines, l’éphédrine, des médicaments détournés de leur usage ou encore des doses élevées de caféine présentes dans boissons énergisantes, gélules ou poudres “pré-workout”. Certaines de ces substances sont interdites par l’Agence mondiale antidopage.

Leur promesse est de tenir plus longtemps et parfois même plus intensément. Mais en masquant les signaux d’épuisement, ils peuvent pousser l’organisme au-delà de ses limites. Les risques incluent :    

Diurétiques et agents masquants : disparaître des radars

Moins connus du grand public, les diurétiques sont utilisés pour perdre rapidement du poids ou diluer les urines pour masquer la prise d’autres substances. On les retrouve notamment dans les sports à catégories de poids. Derrière leur image “technique”, les risques sont bien réels : 

  • déshydratation, 
  • troubles cardiaques, 
  • déséquilibres minéraux, 
  • malaises.

Opioïdes : soulager… et dériver

Morphine, tramadol, oxycodone… Certains opioïdes figurent sur la liste des substances interdites selon les contextes d’usage. Recherchés pour leur effet antalgique puissant, ils permettent parfois de poursuivre l’effort malgré la douleur.

Mais ils exposent à un risque élevé de dépendance, de somnolence, de surdosage et de perte de vigilance. Le corps paie souvent la note après coup.

Compléments alimentaires : la zone grise du sport moderne

C’est probablement le produit le plus banalisé. Protéines en poudre, créatine, vitamines, brûleurs de graisse, boosters d’énergie… Selon l’Inserm, l’usage global des compléments alimentaires en milieu sportif atteindrait 60 %, avec des niveaux encore plus élevés chez les sportifs de haut niveau.

Ils sont souvent achetés comme de simples aides nutritionnelles. Pourtant, tous ne sont pas anodins.

Compléments contaminés : le faux naturel

Le danger vient aussi de ce qu’il y a dedans… sans que cela soit écrit dessus. L’Inserm rapporte que jusqu’à 58 % des échantillons analysés dans certaines études pourraient contenir des substances susceptibles d’entraîner un contrôle antidopage positif. 

Stéroïdes, stimulants ou molécules non déclarées peuvent se glisser dans des produits vendus légalement. Le pot de poudre “clean” peut donc cacher une chimie nettement moins bucolique que son packaging vert pastel.

SARM : les nouveaux venus du dopage

Les SARM (modulateurs sélectifs des récepteurs aux androgènes) sont souvent présentés comme une alternative “plus propre” aux stéroïdes anabolisants. Ils promettent muscle et sèche avec moins d’effets secondaires. 

En réalité, plusieurs de ces molécules n’ont jamais été commercialisées comme médicaments en raison de problèmes de sécurité, notamment hépatiques. Leur usage détourne des substances encore mal connues à fortes doses.

Pré-workout et produits de récupération : l’optimisation permanente

Poudres à boire avant séance, mélanges caféinés, boosters de congestion, formules de récupération express… Ces produits incarnent la culture du “toujours plus”. Ils ne relèvent pas tous du dopage réglementaire, mais participent d’une logique de performance permanente. 

Quand chaque séance doit être maximisée, la frontière entre soutien nutritionnel et pratique dopante devient parfois floue.

Chez les amateurs, il ne s’agit pas forcément de gagner une médaille. Les motivations recensées par la littérature scientifique sont multiples :

  • améliorer ses performances ;
  • récupérer plus vite ;
  • gérer la douleur ;
  • transformer son apparence physique ;
  • tenir un rythme d’entraînement élevé ;
  • suivre la norme du groupe ;
  • éviter de décrocher.

L’Inserm souligne aussi le rôle de l’entourage : coachs, partenaires d’entraînement, influenceurs, amis, forums en ligne. Dans certains milieux, la prise de produits peut devenir banale, presque attendue.

La logique est simple : être plus performant, plus sec, plus endurant, plus vite. Le sport n’échappe pas à l’époque.

Les effets des stéroïdes anabolisants sont les mieux documentés. Selon l’Inserm, leur usage est associé à des complications cardiovasculaires importantes comme l’hypertrophie cardiaque, l’athérosclérose prématurée et des accidents thromboemboliques. 

Chez certains utilisateurs de salles de fitness, la mortalité et certaines maladies cardiaques seraient trois fois plus élevées que dans la population générale. Les risques concernent aussi :

  • l’infertilité ;
  • les troubles hormonaux ;
  • l’acné sévère ;
  • les atteintes hépatiques ;
  • les lésions tendineuses ;
  • les troubles anxieux ou dépressifs ;
  • les conduites addictives ;
  • l’agressivité ou les troubles psychiatriques.

Les anti-inflammatoires utilisés à répétition peuvent, eux aussi, exposer à des complications digestives, rénales ou cardiovasculaires.

Les messages purement moralisateurs ne suffisent évidemment pas. Dire “le dopage c’est mal” a peu d’effet face à un sportif amateur qui veut finir son ultra-trail, rentrer dans son jean ou garder sa place dans l’équipe.

Les experts recommandent plutôt des approches combinées :

  • mieux informer sur les risques réels ;
  • développer les compétences psychosociales (gestion du stress, pression sociale, image corporelle) ;
  • intégrer l’entourage dans la prévention ;
  • améliorer l’accès à des professionnels de santé formés ;
  • adapter les stratégies aux sportifs amateurs, et non copier celles du haut niveau.

Ce que révèle ce rapport dépasse largement le sport et raconte une société fascinée par l’optimisation du corps, du temps, de la performance, du sommeil, de la productivité.

Dans ce contexte, le dopage amateur n’est pas seulement une triche sportive. C’est parfois une tentative de suivre le rythme.

Et c’est peut-être ce qui le rend plus préoccupant encore puisqu’il avance sans scandale, sans flashs, sans contrôles antidopage… souvent sous la forme rassurante d’un conseil entre amis ou d’un produit commandé en trois clics.

À SAVOIR 

Le dopage ne concerne pas uniquement les humains. En 2024, l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) rappelait que des contrôles antidopage existent aussi dans les courses hippiques et certaines compétitions impliquant des animaux, notamment pour détecter des substances destinées à augmenter artificiellement leurs performances ou masquer la douleur.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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