
Votre animal de compagnie semble plus fatigué que d’habitude, perd soudainement la vue ou adopte un comportement inhabituel… Et si c’était de l’hypertension ?
Cette maladie peut toucher aussi bien le chien que le chat et provoquer des atteintes graves aux yeux, au cerveau ou aux reins si elle n’est pas détectée à temps.
Comment se manifeste-t-elle, quels signes faut-il surveiller et comment réagir pour protéger votre compagnon ? Explications.
Considérée comme une pathologie propre à l’humain, de plus en plus touché, l’hypertension artérielle est une maladie silencieuse qui concerne aussi les animaux de compagnie. Elle toucherait près de 40 % des chats de plus de 7 ans, ainsi qu’une augmentation chez les chiens âgés.
Cette progression s’explique en grande partie par l’augmentation des maladies chroniques, notamment l’insuffisance rénale et les troubles hormonaux.
Face à ce constat, le dépistage préventif prend une place de plus en plus importante dans les cliniques vétérinaires.
Cоmment l’hypertensiоn se manifeste-t-elle chez le chien et le chat ?
Une pressiоn trоp impоrtante dans les vaisseaux sanguins
Pour bien comprendre, on peut comparer le système cardiovasculaire à un réseau de canalisations. Le cœur joue le rôle d’une pompe qui envoie le sang dans les artères et les vaisseaux.
La pression artérielle correspond à la force exercée par ce sang sur les parois des artères.
Lorsque cette pression reste trop élevée sur la durée, on parle d’hypertension artérielle.
Chez les animaux, elle se mesure en millimètres de mercure (mmHg), avec deux valeurs : la pression systolique (le chiffre du haut) et la pression diastolique (le chiffre du bas), comme chez l’humain. En médecine vétérinaire, une tension est généralement considérée comme normale entre 120 et 140 mmHg.
Au-delà de 160 mmHg, elle devient préoccupante, et une urgence vitale est évoquée lorsqu’elle dépasse 180 mmHg.
À long terme, cette pression trop élevée endommage les vaisseaux, rend leurs parois plus rigides et perturbe la circulation du sang. Le cœur doit alors fournir davantage d’efforts pour assurer son rôle, ce qui augmente le risque de complications cardiovasculaires.
Une élévatiоn de la tensiоn artérielle fréquemment assоciée à une autre maladie
Chez le chien et le chat, l’hypertension est le plus souvent une maladie dite « secondaire ». Autrement dit, elle apparaît rarement seule et est généralement la conséquence d’un problème de santé déjà présent. Les vétérinaires pointent notamment :
- les maladies rénales, très fréquentes chez le chat âgé ;
- les troubles hormonaux, comme l’hyperthyroïdie chez le chat ou le syndrome de Cushing chez le chien ;
- le diabète ou certaines maladies cardiaques (la maladie valvulaire dégénérative (MVD) / endocardiose mitrale, la cardiomyopathie dilatée (CMD) et maladies congénitales).
Dans ces cas-là , les mécanismes qui régulent la pression sanguine se dérèglent. Certaines hormones, comme la rénine ou l’angiotensine, peuvent alors faire monter la pression artérielle en resserrant les vaisseaux sanguins ou en modifiant la quantité d’eau dans l’organisme.
Quels sоnt les symptômes de l’hypertensiоn chez les chiens et les chats ?
Première phase : des symptômes qui restent invisibles
C’est justement ce qui rend la situation délicate : dans de nombreux cas, aucun symptôme n’est visible au début. Les vétérinaires parlent d’ailleurs d’un « tueur silencieux ». L’animal semble en pleine forme alors que sa tension est déjà trop élevée.
Lorsque des signes apparaissent, ils sont souvent indirects. Ils traduisent en réalité les dégâts provoqués sur les « organes cibles » tels que les yeux, le cerveau, les reins ou encore le cœur.
Une atteinte aux yeux, au cerveau оu aux reins chez les chats
Chez le chat en particulier, les premiers signes passent souvent par les yeux. Une hausse brutale de la pression artérielle fragilise les petits vaisseaux oculaires et peut entraîner un décollement de la rétine ou une hémorragie à l’intérieur de l’œil (hyphéma). Résultat : une perte de vision soudaine, parfois jusqu’à une cécité totale.
Le cerveau peut lui aussi être touché. En cas d’hypertension sévère, des troubles neurologiques peuvent apparaître, comparables à un accident vasculaire cérébral chez l’humain : désorientation, perte d’équilibre, voire convulsions.
Les reins, enfin, sont particulièrement vulnérables. Une pression trop élevée et mal contrôlée endommage progressivement les petits filtres rénaux, ce qui peut aggraver une insuffisance rénale déjà présente et entretenir un véritable cercle vicieux.
Immоbilité et fièvre élevée chez les chiens
Chez le chien, une fatigue inhabituelle ou une moindre tolérance à l’effort apparaissent.
Des maux de tête peuvent également survenir, mais ils sont difficiles à identifier directement. Ils se manifestent souvent par un comportement très particulier appelé « pousse-au-mur » : le chien reste immobile, la tête appuyée contre un mur et tente de soulager la douleur.
Cоmment évaluer et mesurer la tensiоn artérielle l’animal ?
Le diagnostic repose sur une mesure précise de la pression artérielle réalisée en cabinet vétérinaire. Pour cela, le vétérinaire utilise un tensiomètre adapté, avec un petit brassard généralement placé sur la patte avant ou à la base de la queue de l’animal si c’est un chat.
Comme chez l’humain, un « effet blouse blanche » peut fausser les résultats : le stress lié à la consultation peut faire augmenter la tension de manière artificielle, parfois de 20 à 30 mmHg.
C’est pourquoi le vétérinaire prend le temps de mettre l’animal en confiance et effectue plusieurs mesures à la suite afin d’obtenir une moyenne fiable et de confirmer un éventuel diagnostic d’hypertension.
Cоmment traite-t-оn l’hypertensiоn chez les animaux ?
Une prise de médicaments parfоis à vie
prise en charge de l’hypertension repose principalement sur des traitements médicamenteux appelés antihypertenseurs, généralement prescrits sur le long terme, voire à vie. Leur objectif est double : faire baisser la pression artérielle et protéger les organes déjà fragilisés.
Parmi les traitements utilisés, on retrouve notamment les inhibiteurs du système rénine-angiotensine (inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC), qui agissent sur les mécanismes hormonaux de régulation de la pression.
Les bloqueurs des canaux calciques, comme l’amlodipine, sont également très utilisés, en particulier chez le chat, où ils constituent souvent le traitement de référence.
Dans certains cas, des diurétiques peuvent être ajoutés afin de réguler le volume sanguin et limiter la pression exercée sur les vaisseaux.
Mettre en place un suivi, instaurer des mesures de préventiоn et effectuer des dépistages réguliers
Traiter uniquement la tension ne suffit pas. Si l’animal souffre d’une maladie rénale ou hormonale, il est indispensable de la prendre en charge.
Par exemple, réguler la thyroïde d’un chat permet souvent de faire disparaître totalement son hypertension de manière naturelle.
Une fois le traitement mis en place, des visites de contrôle régulières permettront d’ajuster les doses médicamenteuses.
Même si l’on ne peut pas empêcher l’apparition de certaines maladies liées à la vieillesse, quelques mesures simples peuvent limiter le risque d’hypertension.
Une alimentation équilibrée, une activité physique régulière et une bonne hydratation sont essentielles.
Le dépistage précoce joue le rôle le plus clé. Chez les animaux seniors (à partir de 7 ou 8 ans), une simple prise de tension de contrôle devrait être systématiquement intégrée à la consultation annuelle de vaccination.
À SAVOIR
Chez l’humain, la plupart des cas d’hypertension sont liés au mode de vie : stress, manque d’activité, tabac ou alimentation trop salée. On pourrait penser que c’est pareil chez les animaux. Par exemple, qu’un chien en surpoids, peu actif et mal nourri développe une hypertension pour les mêmes raisons. En réalité, c’est faux. Chez le chien et le chat, l’hypertension n’est presque jamais liée au mode de vie. Elle est le plus souvent secondaire. Cela signifie qu’elle ne vient pas toute seule, mais qu’elle est le signe d’un autre problème. Dans la majorité des cas, elle est liée à une maladie des reins ou à un trouble hormonal, comme un problème de thyroïde chez le chat.







