Un patient âgé regarde avec méfiance un vaccin contre le covid ou la grippe.
Une certaine méfiance quant aux vaccins, que les médecins et pharmaciens pourraient contribuer à mieux dissiper, continue de nuire à une couverture vaccinale résolument insuffisante en France. © Freepik

La France continue d’être mauvaise élève en matière de vaccins, notamment contre la grippe et le Covid. Selon une récente étude, quatre Français sur cinq y sont favorables, mais bien peu passent à l’acte. Face aux doutes et autres idées reçues, les soignants seraient pourtant les mieux placés pour contribuer à améliorer cette couverture vaccinale défaillante, en incitant plus massivement leurs patients à se faire vacciner. Le point, au moment où débute la campagne de double vaccination anti grippe et Covid, ce mardi 14 octobre.

La double vaccination, c’est parti ! Comme chaque année depuis le début de la crise sanitaire, les autorités sanitaires françaises incitent les personnes à risque et les séniors, soit 17 millions de Français, à se faire vacciner gratuitement et en simultané contre la grippe et le Covid-19.

Mais inciter n’est pas obliger, et les Français, malgré l’enjeu, demeurent particulièrement réticents. Selon Santé publique France, les infections hivernales sont à l’origine d’un nombre toujours trop élevés de décès (17 000 pour la saison 2024-25, contre 10 000 en temps normal), et dont beaucoup pourraient être évités.

L’hiver dernier, 53,7% seulement des séniors de plus de 65 ans auraient été vaccinés contre la grippe, et 25,3 % des moins de 65 ans présentant un risque de forme grave. Le constat est encore plus flagrant pour la vaccination contre le Covid-19, réalisée par 21,7% des plus de 65 ans et 8,2% des personnes à risque.

Nous sommes donc loin des recommandations fixées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui fixe un objectif de 75% au demeurant parfaitement atteignable : au Danemark, 78% des séniors de plus de 65 ans sont en effet vaccinés.

Mais pourquoi, alors que la vaccination n’a jamais été aussi simple (un vaccin dans chaque bras, lors d’un seul rendez-vous, et avec un remboursement complet), les Français continuent-ils à lui tourner le dos ?

Selon une enquête réalisée en juin dernier (lire À SAVOIR) par le laboratoire pharmaceutique Sanofi, de nombreux freins persistent et accroissent les réticences… malgré un consensus quasi général sur le bien-fondé de la vaccination.

C’est là tout le paradoxe : “80 % des personnes interrogées se disent favorables à la vaccination en général, dont 31 % très favorables”, rapporte l’étude, qui pointe aussi que “cet engagement affiché ne se traduit pas toujours dans les faits”, puisque “seuls 39 % adhèrent à l’ensemble des recommandations vaccinales”, que “56 % émettent des réserves sur certaines vaccinations” et que “5 % se déclarent complètement opposés à toute vaccination”.

Alors que les vaccinations contre le Covid-19 (55 %) et contre la grippe (33 %) figurent parmi celles qui suscitent le plus de réticences, ces dernières concernent particulièrement le risque d’effets secondaires (54% des sondés), les doutes sur l’efficacité réelle du vaccin (44%) et une défiance “vis-à-vis des laboratoires pharmaceutiques (37 %) et des autorités sanitaires (31 %)”.

On n’a vraiment peur que de ce qu’on ne comprend pas, disait Maupassant. Et c’est sans doute là le fond du problème. La vaccination, en France, se heurte à une forte méconnaissance des enjeux et des bénéfices des vaccins, notamment contre la grippe et le Covid-19. Dans ce contexte, les blouses blanches ont un rôle fondamental à jouer en matière de pédagogie, alors même qu’elles ne montrent pas toujours le bon exemple.

Selon l’étude, médecins et pharmaciens constituent pourtant “pour 67% des personnes interrogées la principale source d’information sur la vaccination contre le Covid-19 (58% via un médecin, 29% via un pharmacien), une proportion qui atteint 80% chez les séniors”.

Et les Français, toujours selon les résultats de cette étude, seraient nombreux à n’attendre que le feu vert médical pour relever leur manche : “une recommandation explicite d’un médecin ou d’un pharmacien pourrait inciter 39% des personnes de plus de 65 ans, 30% des 18-64 ans présentant des comorbidités et 23% des femmes enceintes à se faire vacciner contre le Covid-19 l’hiver prochain”.

Le principal enseignement de l’étude Sanofi est là : si une mobilisation des soignants, qu’il s’agisse des médecins et des pharmaciens, mais aussi des infirmiers et sage-femmes, en faveur de la vaccination, ne suffirait pas à elle seule à faire atteindre le seuil des 75% de vaccinés, elle y contribuerait massivement. Ce qui ne serait pas un luxe, à l’heure où la couverture vaccinale se fait année après année moins épaisse.

À SAVOIR

L’étude Ipsos bva pour Sanofi portant sur la perception et l’intention vaccinale en France a été réalisée du 5 au 19 juin 2025 auprès de 2 001 Français de 18 ans et plus, complété de sur-échantillons ayant permis d’interroger 1 206 personnes de 65 ans et plus et 500 personnes de 18-64 ans présentant des comorbidités.

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Journaliste expert santé / Rédacteur en chef adjoint du Groupe Ma Santé. Journaliste depuis 25 ans, Philippe Frieh a évolué dans la presse quotidienne régionale avant de rejoindre la presse magazine pour mettre son savoir-faire éditorial au service de l'un de ses domaines de prédilection, la santé, forme et bien-être. Très attaché à la rigueur éditoriale, à la pertinence de l'investigation et au respect de la langue française, il façonne des écrits aux vertus résolument préventives et pédagogiques, accessibles à tous les lecteurs.

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