Le vaccin du Chikungunya administré à un patient.
Le vaccin Ixchiq a été autorisé le 28 juin 2024 au niveau européen. ©  Freepik

À peine autorisé, le vaccin Ixchiq contre le chikungunya fait déjà l’objet d’une surveillance renforcée. Plusieurs dizaines d’effets indésirables, dont certains graves, ont été signalés. Décryptage.

Fin 2023, les autorités sanitaires américaines puis européennes autorisaient le premier vaccin contre le chikungunya, une maladie virale transmise par les moustiques, responsable de fortes fièvres et de douleurs articulaires parfois invalidantes pendant des mois, voire des années.

Baptisé Ixchiq, ce vaccin développé par Valneva repose sur une technologie dite « vivante atténuée ». Le virus est affaibli pour stimuler le système immunitaire sans provoquer la maladie. Une approche efficace, mais qui demande une vigilance particulière chez certaines populations.

Quelques mois après son déploiement, les premiers signaux de pharmacovigilance (système de surveillance des effets indésirables des médicaments) ont commencé à remonter.

Selon l’ANSM, 47 effets indésirables ont été signalés après administration du vaccin Ixchiq, dont 18 jugés graves.

Ces effets graves correspondent à des situations nécessitant une hospitalisation, mettant en jeu le pronostic vital ou entraînant des séquelles importantes. Parmi les cas rapportés :

Dans certains cas, les patients ont développé une symptomatologie évoquant la maladie elle-même, avec fièvre élevée et douleurs articulaires marquées. Un phénomène connu avec les vaccins vivants atténués, mais généralement rare.

Plus préoccupant encore, plusieurs décès ont été signalés. Toutefois, comme le rappelle l’ANSM, le lien de causalité avec le vaccin n’est pas systématiquement établi. Un seul cas est considéré comme « très vraisemblablement lié » à la vaccination à ce stade.

Selon les données de l’ANSM, les cas graves concernent majoritairement des personnes âgées, avec un âge moyen autour de 74 ans, souvent atteintes de pathologies chroniques (cardiaques, métaboliques ou immunitaires).

Ce constat n’est pas anodin. Les vaccins vivants atténués sont généralement déconseillés chez les personnes immunodéprimées ou fragiles, car leur système immunitaire peut réagir de manière excessive ou inadaptée.

Face à ces signaux, les autorités sanitaires ont rapidement ajusté leurs recommandations.

Dès l’apparition des premiers cas, plusieurs décisions ont été prises pour limiter les risques. En France, comme dans d’autres pays européens, l’utilisation du vaccin Ixchiq a été temporairement restreinte chez les personnes de 65 ans et plus, le temps d’analyser les données disponibles.

L’Agence européenne des médicaments (EMA) et l’ANSM ont également demandé un renforcement de la surveillance et une analyse approfondie des cas rapportés.

L’objectif est évidemment de mieux comprendre les mécanismes en jeu et identifier précisément les situations à risque.

Contrairement aux essais cliniques, qui portent sur quelques milliers de participants, la mise sur le marché d’un vaccin expose des populations beaucoup plus larges et diversifiées. C’est à ce moment-là que peuvent apparaître des effets indésirables rares.

En France, tout professionnel de santé, et même les patients, peuvent signaler un effet indésirable. Ces données sont ensuite analysées par les centres régionaux de pharmacovigilance et l’ANSM.

Un « signal » est déclenché lorsque plusieurs cas similaires sont observés. Cela ne signifie pas automatiquement que le vaccin est en cause, mais que le lien doit être investigué.

Effets secondaires du vaccin : faut-il pour autant s’inquiéter ? 

À ce stade, les autorités appellent à la prudence, mais pas à l’abandon. Car le chikungunya reste une maladie potentiellement grave, notamment chez les personnes âgées. Selon Santé publique France, les formes sévères peuvent entraîner des complications neurologiques, cardiaques ou hépatiques, et des douleurs chroniques invalidantes.

Dans les zones où le virus circule activement, notamment dans certaines régions tropicales, le vaccin conserve un intérêt. La logique reste donc celle du rapport bénéfice/risque :

  • chez une personne jeune, en bonne santé et exposée au virus, le bénéfice du vaccin peut être supérieur au risque
  • chez une personne âgée ou fragile, la balance peut être différente

Une technologie efficace… mais exigeante

Le choix d’un vaccin vivant atténué explique en partie les effets observés. Ce type de vaccin est connu pour induire une réponse immunitaire forte et durable, souvent avec une seule injection. Mais il peut aussi, dans de rares cas, provoquer des symptômes proches de la maladie.

C’est pourquoi il est déjà utilisé avec précaution pour d’autres infections, comme la fièvre jaune. Ces vaccins sont généralement contre-indiqués chez les personnes immunodéprimées et déconseillés chez les sujets âgés fragiles.

À SAVOIR 

Le chikungunya se transmet par la piqûre de moustiques infectés, principalement le moustique tigre. En France, ce moustique est désormais implanté dans une grande partie du territoire, ce qui explique la surveillance accrue autour de cette maladie, selon Santé publique France.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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