Un pharmacien présentant un médicament à un patient, soumis au doublement de la franchise médicale.
La mesure du doublement de la franchise sur les médicaments répond à un objectif principal : responsabiliser les patients pour freiner la consommation excessive de médicaments. © Freepik

Parmi les annonces du premier ministre François Bayrou le 15 juillet relatives au plan d’austérité gouvernemental et notamment aux économies à trouver dans le domaine de la santé, c’est sans doute celle qui a suscité le plus de commentaires : le doublement des plafonds de la franchise médicale. Une mesure symbolique, mais surtout concrète, qui va toucher directement le portefeuille des patients dès le comptoir de leur pharmacie. Si le gouvernement parle de responsabilisation, les associations de patients redoutent, elles, un frein à l’accès aux soins pour les plus fragiles. Que cache exactement cette mesure ? Qu’est-ce que cette fameuse franchise médicaments ? Et surtout, que va-t-il réellement changer pour les assurés ? Décryptage.

38,4 milliards d’euros. C’est le montant du déficit de la Sécurité sociale prévu pour 2025, dont plus de la moitié concerne l’Assurance maladie. Un gouffre financier que le gouvernement entend combler, en partie, par une série de mesures structurelles. Dans cette optique, François Bayrou a présenté une « cure de redressement responsable », destinée à enrayer la dérive des dépenses de santé.

Cette cure s’intègre dans un plan global d’austérité, socle du budget 2026 de l’État et voué à permettre de réaliser 40 milliards d’économies pour éponger une partie du déficit du PIB (lire À SAVOIR). Et la santé est l’un des secteurs clés ciblé par le gouvernement, désireux de mettre fin à certaines dérives (surconsommation de médicaments, pratiques médicales à répétition…), pour une partie de ces économies, avec un objectif de “5 milliards” de dépenses en moins.

Parmi les décisions phares annoncées lors de la conférence de presse conjointe de François Bayrou et de Catherine Vautrin, ministre de la santé : la régulation du prix de certains dispositifs médicaux, la refonte des arrêts maladie de courte durée, ou encore la baisse du remboursement de certains médicaments jugés « peu efficaces ». Mais c’est bien le doublement du plafond de la franchise médicale qui a retenu l’attention.

Créée en 2008, la franchise médicale vise à responsabiliser les assurés face à la consommation de soins. Elle s’applique sur certains produits ou prestations remboursés par l’Assurance maladie : les médicaments, les actes paramédicaux, et les transports sanitaires. Elle ne concerne pas les consultations chez le médecin ni les examens biologiques.

Pour chaque boîte de médicament, une somme forfaitaire – aujourd’hui 1€ – est prélevée. Cette somme n’est pas remboursée par la Sécurité sociale, et très rarement par les complémentaires santé. Il en va de même pour les autres postes concernés. Toutefois, certaines personnes en sont exonérées : les enfants de moins de 18 ans, les femmes enceintes à partir du 6e mois, ou encore les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (CSS).

Nous consommons trop de médicaments en France. C’est en tout cas ce qu’a justifié François Bayrou, en expliquant que « nous consommons en France deux fois plus d’antibiotiques qu’en Allemagne ». L’objectif de cette mesure est de contribuer directement à une meilleure régulation de cette consommation, en limitant les excès.

Une franchise plus visible, appliquée au comptoir

Les montants de la franchise médicale avaient déjà doublé en 2024. Actuellement fixée à 1€ (contre 0,50€ auparavant) par boîte de médicament, la franchise médicale concerne également les actes paramédicaux (comme une consultation chez un kinésithérapeute ou une infirmière) ainsi que les transports sanitaires (comme les ambulances ou les VSL).

Jusqu’à présent, cette franchise était déduite automatiquement des remboursements effectués par l’Assurance maladie, de façon assez peu visible pour l’assuré. Mais selon la ministre de la Santé, cela va changer : « Les franchises vont être rehaussées et versées directement au comptoir, pour être tout simplement plus visibles et pour aider chacun à mieux économiser », a déclaré Catherine Vautrin lors de la conférence de presse du 15 juillet.

Autrement dit, les assurés devront désormais régler ce montant de leur poche, directement à la pharmacie, chez leur infirmier, ou au moment d’un transport sanitaire, sans passer par le système de remboursement automatique.

Un plafond annuel doublé : de 50 à 100 euros par personne

Autre changement majeur annoncé par François Bayrou : le plafond annuel des franchises médicales et des participations forfaitaires va doubler, passant de 50 à 100 euros par an. « Nous augmentons les plafonds annuels des franchises et participations forfaitaires, ainsi que les montants payés sur les médicaments et les actes médicaux. Ce plafond va passer de 50 euros à 100 euros par an », a précisé le Premier ministre.

Ce plafond correspond à la somme maximale que chaque assuré peut être amené à payer, au titre des franchises et participations, sur une année. Au-delà, l’Assurance maladie prend le relais. Mais ce doublement du plafond risque de peser lourd, notamment pour les personnes atteintes de maladies chroniques ou nécessitant des traitements réguliers.

« Chaque fois que nous achetons une boîte de médicaments nous en payons une partie et la somme totale que nous déboursons, additionnée, est plafonnée à 50 euros par an. Nous pousserons ce plafond à 100 euros, ce qui signifie pour ceux qui consomment le plus de médicaments une dépense de l’ordre de 8 euros par mois », a illustré le chef du gouvernement.

Une facture qui grimpe pour les malades chroniques

Prenons un exemple concret : une personne souffrant de diabète de type 2, qui prend en moyenne quatre médicaments différents par jour, soit environ 120 boîtes par an. Aujourd’hui, elle paie 60 euros de sa poche au titre de la franchise (c’est-à-dire au-delà du plafond actuel de 50 euros, elle est plafonnée). Demain, avec un plafond porté à 100 euros, elle paiera le double, sans être remboursée.

Pour les malades chroniques, les personnes âgées et les patients en affection de longue durée (ALD), cette mesure risque donc d’être un coup dur, même s’ils ne sont pas les seuls à être concernés.

Un effet psychologique au comptoir

Outre l’aspect financier, cette réforme introduit un changement de perception. En obligeant les assurés à payer directement au comptoir, le gouvernement veut envoyer un signal clair : celui d’une consommation médicale plus maîtrisée.

Mais certains experts s’inquiètent d’un effet de renoncement aux soins, en particulier chez les personnes les plus modestes. Ce phénomène a déjà été observé dans d’autres pays ayant instauré des mécanismes similaires.

Si le gouvernement défend cette mesure comme un levier d’économies « équitable et responsable », plusieurs syndicats de professionnels de santé et associations d’usagers évoquent une réforme injuste, qui pèse sur les patients plutôt que sur les structures.

D’autres mesures, plus structurelles, sont également dans les cartons : développement de la télémédecine, lutte contre les fraudes, recentrage des ALD sur les pathologies les plus lourdes. Mais à court terme, c’est bien la franchise médicaments qui anime les débats. Le sujet sera très certainement au cœur des prochaines discussions parlementaires à l’automne, lors de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026.

À SAVOIR

François Bayrou a dévoilé le 15 juillet les grandes lignes du budget 2026, axé sur 43,8 milliards d’euros d’économies pour ramener le déficit de 5,8 % à 4,6 % du PIB. Outre les efforts en matière de santé, il propose une année blanche : gel des dépenses publiques, des prestations sociales et des retraites au niveau de 2025. Il envisage aussi la suppression de deux jours fériés (ex. : lundi de Pâques et 8 mai) pour stimuler l’activité et rapporter « plusieurs milliards ». Les réductions affecteront également les collectivités, l’assurance chômage et le droit du travail. Une contribution de solidarité sera mise en place pour les hauts revenus, avec un renforcement de la lutte contre la fraude fiscale et sociale. Enfin, le budget prévoit une hausse d’environ 3,5 milliards d’euros de dépenses militaires, exigée par Macron.

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Journaliste expert santé / Rédacteur en chef adjoint du Groupe Ma Santé. Journaliste depuis 25 ans, Philippe Frieh a évolué dans la presse quotidienne régionale avant de rejoindre la presse magazine pour mettre son savoir-faire éditorial au service de l'un de ses domaines de prédilection, la santé, forme et bien-être. Très attaché à la rigueur éditoriale, à la pertinence de l'investigation et au respect de la langue française, il façonne des écrits aux vertus résolument préventives et pédagogiques, accessibles à tous les lecteurs.

2 Commentaires

  1. Si on veut une vraie baisse de la surconsommation médicale il faut agir en amont et empêcher les emprunts toxiques des professionnels de santé avec transparence emprunts qui sont déduits en frais professionnels par les professionnels libéraux de santé responsabilité du secteur bancaire et de l empruntereur c’est concilier exercice libéral de la santé et le dérapage des dépenses de santé le secteur bancaire ne doit pas en être le bénéficiaire. Pour une banque exclusive de la santé

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