Un fabricant de médicaments qui tient entre ses mains des médicaments génériques.
Même principe actif, même dosage, même mode d’administration... le médicament générique est l'équivalent du médicament d’origine © Freepik

Moins chers, encadrés, largement utilisés chez nos voisins… et pourtant encore boudés en France. Selon l’Alliance des médicaments abordables (Alma), le pays pourrait économiser environ 800 millions d’euros par an en augmentant le recours aux médicaments génériques et biosimilaires. Alors, pourquoi ce retard ? Explications.

Faire des économies en santé sans fermer de lits, sans réduire les remboursements, sans demander aux patients de payer davantage… L’idée a de quoi séduire. Même si elle semble illusoire. C’est pourtant le raisonnement avancé par l’Alliance des médicaments abordables (Alma), qui regroupe des acteurs du secteur du médicament générique et biosimilaire.

Selon cette organisation, si la France atteignait le niveau d’utilisation observé en Allemagne pour les médicaments génériques, l’Assurance maladie pourrait économiser près de 800 millions d’euros par an.

Rappelons que lorsqu’un brevet tombe dans le domaine public, d’autres laboratoires peuvent commercialiser des versions équivalentes du médicament initial. Ces traitements dits “génériques” coûtent généralement moins cher, car les dépenses de recherche initiales ont déjà été amorties par le laboratoire d’origine.

En fait, un médicament dit générique contient la même substance active, au même dosage, avec la même efficacité attendue que le médicament dit “princeps”, c’est-à-dire la version originale.

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) rappelle qu’un générique doit démontrer sa bioéquivalence, c’est-à-dire qu’il agit dans l’organisme de manière comparable au médicament de référence. Les différences concernent surtout :

  • le nom commercial ;
  • la couleur ou la forme du comprimé ;
  • certains excipients (composants non actifs du médicament).

Les biosimilaires, eux, concernent des médicaments biologiques complexes (par exemple certains traitements du cancer, de maladies inflammatoires ou du diabète). Ils ne sont pas des copies strictement identiques mais des versions très proches, validées selon des exigences strictes par l’Agence européenne du médicament (EMA).

A ce jour, malgré une politique de promotion engagée depuis plus de vingt ans, la France reste moins performante que plusieurs pays comparables en matière de consommation de médicaments génériques.

Selon les données relayées par Alma en 2026 :

  • la part des génériques en France serait d’environ 44 % ;
  • en Allemagne, elle atteindrait 84 % ;
  • au Royaume-Uni, 80 % ;
  • au Canada, 79 %.

Même constat pour les biosimilaires, même si l’écart de la France avec les autres pays est moins significatif :

  • France : 52 %
  • Canada : 85 %
  • Italie : 79 %
  • Royaume-Uni : 66 %

Que l’on soit clair, ces écarts ne signifient pas que les Français consomment moins de médicaments. Au contraire ! Ils traduisent surtout un recours moins fréquent à des versions moins coûteuses lorsque c’est possible. D’où la préconisation de l’Alma.

Le poids des habitudes

Quand un patient prend depuis des années “son” médicament, un changement de boîte ou de nom peut générer de l’inquiétude. C’est humain, on accorde plus facilement sa confiance à ce que l’on connaît déjà. 

Une pratique particulièrement répandue chez les personnes atteintes de maladies chroniques.

L’effet visuel

On sous-estime souvent l’importance de l’apparence d’un médicament. Pourtant, une gélule plus grosse, un comprimé d’une autre couleur ou une boîte au design différent peuvent suffire à troubler certains patients. 

Chez les personnes âgées, qui prennent parfois plusieurs traitements par jour, ces repères visuels sont essentiels pour éviter les confusions. Modifier l’aspect d’un médicament peut alors susciter de l’inquiétude, voire entraîner des erreurs de prise ou une moindre observance du traitement.

Des messages parfois contradictoires

Le discours autour des génériques n’a pas toujours été parfaitement lisible. Pendant plusieurs années, certains médecins, pharmaciens ou patients ont émis des doutes sur leur efficacité ou leur tolérance. 

Même si ces réserves restaient minoritaires et souvent nuancées, elles ont parfois brouillé le message général. 

Des situations particulières réelles

Il existe, en effet, certaines situations médicales où la substitution doit être encadrée avec davantage de vigilance. C’est le cas de médicaments dits à marge thérapeutique étroite, pour lesquels de très faibles variations de dosage peuvent avoir un impact clinique. 

Certains antiépileptiques, traitements thyroïdiens ou anticoagulants sont régulièrement cités. Dans ces cas précis, le médecin peut préférer maintenir une continuité stricte. Le fameux principe de précaution. Mais ces exceptions ont parfois contribué à alimenter une méfiance plus large envers l’ensemble des génériques, alors qu’elles ne concernent qu’un nombre très limité de traitements.

Les recommandations des experts de l’Alma paraissent d’autant plus fondées que les comptes de la Sécurité sociale restent sous tension. Ainsi, selon la Commission des comptes de la Sécurité sociale (2025), la branche maladie supporte une progression durable des dépenses, liée à plusieurs facteurs conjoncturels et structurels. Sont notamment en cause :

Dans le même temps, certains nouveaux traitements affichent des prix très élevés, parfois plusieurs dizaines de milliers d’euros par patient et par an. De quoi creuser le gouffre de la sécu !!

Faire progresser l’usage des génériques ne consiste pas simplement à imposer un changement aux patients. Les professionnels de santé soulignent au contraire l’importance d’une approche plus progressive, fondée sur la confiance, la lisibilité et la continuité des traitements. Parmi les principales pistes à explorer :

  • Mieux informer les patients : rappeler qu’un générique répond aux mêmes exigences de qualité, de sécurité et d’efficacité que le médicament d’origine.
  • Parler d’une seule voix : quand médecin, pharmacien et patient partagent une information claire et cohérente, l’adhésion progresse.
  • Limiter les changements inutiles : éviter de modifier sans cesse fabricant, boîte ou apparence du médicament, surtout chez les patients fragiles.
  • Miser sur les biosimilaires à l’hôpital : ils concernent souvent des traitements coûteux et offrent un fort potentiel d’économies.

La confiance se construit dans le temps. Répondre aux questions, écouter les réticences et adapter les explications au profil du patient reste souvent plus efficace qu’un simple argument économique. 

Les sommes dégagées sur des médicaments arrivés à maturité peuvent être réinvesties dans des traitements plus récents, souvent beaucoup plus coûteux :

  • thérapies ciblées, 
  • médicaments biologiques,
  • traitements personnalisés.

En pratique, choisir un générique lorsque cela est possible peut aussi contribuer à rendre accessibles les traitements de demain lorsqu’ils deviennent indispensables. Bref, une pratique vertueuse qu’il faudra bien finir par adopter sous peine de mettre en péril tout notre système de santé.

À SAVOIR 

Les Français restent de gros consommateurs de médicaments du quotidien. Un exempl ? Entre juin 2023 et juin 2024, plus de 300 millions de boîtes de Doliprane ont été prescrites, selon les données de l’Assurance maladie publiées en 2024.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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