
L’Institut Curie, le CEA et Thales, trois acteurs français de premier plan, ont annoncé, le 22 avril 2026, un partenariat pour construire en France une plateforme de radiothérapie FLASH présentée comme unique au monde. Grâce à des irradiations délivrées en une fraction de seconde, cette machine peut traiter des cancers difficiles d’accès ou résistants. Cette nouvelle radiothérapie FLASH marque-t-elle une avancée majeure dans la lutte contre le cancer ?
Le 22 avril 2026, l’Institut Curie, CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives) et Thales (un groupe d’électronique français spécialisé dans l’aérospatial, la défense, la sécurité et le transport terrestre) ont annoncé la signature d’un partenariat visant à construire, sur le campus d’Orsay (Essonne), une plateforme de radiothérapie FLASH présentée comme unique au monde.
Le projet repose sur le développement d’un équipement utilisant des électrons de très haute énergie pour délivrer une irradiation à très haut débit de dose, en une fraction de seconde.
Cette technologie a pour objectif de traiter des tumeurs profondes, difficiles d’accès ou situées à proximité d’organes sensibles, un champ d’application encore limité avec les dispositifs FLASH actuellement disponibles.
Selon les partenaires, la future plateforme doit permettre de renforcer la recherche française en radio-oncologie, de tester cette approche dans des conditions proches de l’usage hospitalier, puis de préparer de futurs essais cliniques chez l’humain.
Le calendrier communiqué prévoit une mise en service à l’horizon 2029. L’enjeu sera alors de déterminer si cette nouvelle génération de radiothérapie permet d’améliorer l’efficacité des traitements tout en réduisant les effets secondaires liés à l’irradiation des tissus sains.
Lutte contre le cancer : bientôt un nouveau traitement révolutionnaire ?
Radiothérapie FLASH : de quoi parle-t-on exactement ?
La radiothérapie classique est l’un des piliers du traitement du cancer. Selon l’Institut National du Cancer (INCa), plus de la moitié des patients atteints d’un cancer reçoivent une radiothérapie à un moment de leur parcours de soins. Le principe est d’utiliser des rayonnements ionisants pour détruire les cellules tumorales.
La difficulté reste de viser la tumeur tout en préservant au maximum les tissus sains autour.
C’est précisément là que la radiothérapie FLASH suscite l’intérêt. Elle consiste à délivrer la dose de rayonnement à un débit ultra-élevé, généralement en moins d’une seconde, là où une séance conventionnelle prend beaucoup plus de temps.
À dose équivalente, les tissus sains semblent parfois mieux tolérer l’irradiation FLASH, tandis que l’effet sur la tumeur serait maintenu. Les chercheurs parlent d’« effet FLASH ».
Depuis 2022, plusieurs revues scientifiques soulignent que les mécanismes biologiques de l’effet FLASH restent encore débattus : rôle de l’oxygène, chimie des radicaux libres, réponse immunitaire, micro-environnement tumoral… Le puzzle scientifique n’est pas encore totalement assemblé.
Cancer : la machine française va potentiellement changer la donne
Jusqu’ici, la plupart des dispositifs FLASH testés dans le monde concernaient surtout des faisceaux adaptés à des lésions superficielles ou à des indications limitées. Le projet français vise plus ambitieux : utiliser des électrons de très haute énergie, souvent désignés par l’acronyme VHEE (Very High Energy Electrons).
Ces électrons pourraient pénétrer plus profondément dans les tissus, donc viser des tumeurs internes plus complexes à traiter. Concrètement, cela pourrait concerner à terme :
- certains cancers du pancréas ;
- des tumeurs cérébrales ;
- des cancers thoraciques ;
- des tumeurs situées près d’organes sensibles ;
- certaines situations pédiatriques, où limiter les séquelles est un enjeu majeur.
Radiothérapie FLASH : un vrai traitement révolutionnaire ?
Si la radiothérapie FLASH confirme ses résultats, les bénéfices potentiels pourraient être importants :
- séances beaucoup plus courtes ;
- meilleure protection de certains tissus sains ;
- possibilité de traiter des tumeurs aujourd’hui délicates ;
- amélioration de la qualité de vie pendant les soins.
Pour des patients fragilisés par des traitements longs, fatigants et parfois lourds, ce ne serait pas un détail. Ce serait un changement de quotidien.
Traitement contre le cancer : pourquoi Thales entre dans la danse ?
Voir un groupe connu pour l’aéronautique, la défense ou les systèmes critiques arriver sur le terrain du cancer peut surprendre. Mais en réalité, c’est assez logique.
Construire une machine de radiothérapie de pointe exige :
- des compétences en accélérateurs de particules ;
- une électronique extrêmement précise ;
- des systèmes de contrôle en temps réel ;
- une sûreté industrielle irréprochable ;
- une capacité à transformer un prototype scientifique en équipement robuste.
Autrement dit, il faut des chercheurs… et des ingénieurs qui savent faire tourner des machines complexes sans trembler.
L’Institut Curie apporte l’expertise médicale et oncologique, le CEA son savoir-faire technologique et scientifique, et Thales l’industrialisation.
Lutte contre le cancer : une bataille mondiale
Les États-Unis, la Suisse, le Royaume-Uni ou encore certains centres asiatiques travaillent eux aussi sur le FLASH. La compétition est scientifique, médicale… et industrielle.
Car si la technologie tient ses promesses, elle pourrait donner naissance à un nouveau marché mondial d’équipements hospitaliers avancés. Et, surtout, repositionner les pays capables de concevoir ces machines.
Pour la France, l’enjeu dépasse donc le seul symbole national. Il touche à la souveraineté sanitaire, à l’innovation de santé et à la place du pays dans les technologies médicales de demain.
À SAVOIR
Dès 1898, Marie Curie et Pierre Curie isolent le radium, un élément radioactif qui sera rapidement utilisé pour traiter certaines tumeurs. Au début du XXe siècle, l’ancêtre de la radiothérapie moderne reposait déjà sur ces sources radioactives, avec ce que l’on appelait alors la curiethérapie.







