Frissons, peau glacée, doigts engourdis… Ces signes peuvent être annonciateurs d’une hypothermie, c’est-à-dire une baisse importante de la température du corps.
Comment reconnaître les symptômes, comprendre ce qui se passe dans le corps et réagir efficacement face à cette situation ? Explications.
Chaque hiver, les services d’urgence font face aux mêmes situations : des personnes vivant dans des logements mal chauffés, des sans-abri exposés au froid, ou encore des victimes d’accidents après une immersion dans une eau glaciale.
Dans ces conditions extrêmes, l’organisme ne parvient plus à maintenir sa température autour de 37 °C. À l’inverse de l’hyperthermie, où le corps surchauffe, il se refroidit progressivement.
S’installe ainsi l’hypothermie, une urgence médicale qui nécessite une prise en charge rapide pour éviter des complications potentiellement graves.
C’est quoi exactement une hypothermie ?
L’hypothermie correspond à une baisse de la température du corps en dessous de 35 °C. Normalement, elle reste autour de 37 °C grâce à un système de régulation contrôlé par le cerveau.
Quand il fait froid, le corps se défend. Les vaisseaux sanguins se resserrent pour conserver la chaleur. Les frissons apparaissent pour produire de la chaleur.
Mais si l’exposition au froid dure trop longtemps, ces mécanismes ne suffisent plus. La température du corps baisse alors progressivement, ce qui perturbe le fonctionnement des organes.
On distingue trois niveaux :
- entre 32 et 35 °C : hypothermie légère
- entre 28 et 32 °C : hypothermie modérée
- en dessous de 28 °C : hypothermie sévère, avec un risque vital immédiat
Quelles sont les causes de l’hypothermie ?
La cause principale est une exposition prolongée au froid, surtout en cas de vent ou d’humidité. Une immersion dans une eau froide peut aussi faire chuter la température très rapidement.
Certains facteurs aggravent la situation. L’alcool donne une fausse sensation de chaleur, mais accélère en réalité la perte de chaleur. Certains médicaments peuvent perturber la régulation du corps. Des maladies comme l’hypothyroïdie ralentissent le métabolisme.
Quels sont les symptômes ?
Les premiers signes d’une hypothermie sont assez faciles à repérer : la personne se met à frissonner, elle a très froid aux mains et aux pieds, et sa peau devient pâle. Avec le temps, les symptômes s’aggravent.
La personne peut avoir du mal à parler, perdre en coordination ou devenir confuse. Dans les cas plus graves, les frissons disparaissent, signe que le corps n’arrive plus à se défendre. La respiration et le cœur ralentissent.
Parfois, un phénomène trompeur apparaît : le « déshabillage paradoxal ». La personne ressent une fausse sensation de chaleur et enlève ses vêtements malgré le froid. Elle peut ensuite s’endormir puis perdre connaissance. Dans les situations les plus graves, un arrêt cardiaque peut survenir.
Quels sоnt les mоyens pоur venir en aide à une persоnne en hypоthermie ?
Les gestes de premiers secоurs
Le premier réflexe est de mettre la personne à l’abri du froid. Il faut enlever les vêtements mouillés et la couvrir avec des couvertures sèches pour conserver la chaleur.
Le réchauffement doit être progressif. Si la personne est consciente, on peut lui donner des boissons chaudes et sucrées.
Attention, certains gestes sont dangereux. Il ne faut jamais frotter la peau ni plonger la personne dans un bain très chaud. Cela peut provoquer un choc et aggraver la situation.
Suivi à l’hôpital
Dans les cas plus graves, une prise en charge médicale est nécessaire. À l’hôpital, des techniques de réchauffement plus avancées peuvent être utilisées, avec une surveillance du cœur.
- Les perfusions intraveineuses chauffées : l’injection directe dans les veines d’un liquide stérile chauffé (autour de 40 °C) pour faire remonter doucement la température sanguine.
- L’inhalation d’oxygène chaud et humidifié : l’administration d’air chauffé via un masque ou une intubation, ce qui permet de transférer la chaleur directement aux poumons et au cœur.
- Le lavage cavitaire (thoracique ou péritonéal) : l’insertion de petits drains permettant de faire circuler en continu de l’eau stérile et chaude directement dans l’abdomen ou le thorax pour baigner les organes vitaux.
- L’ECMO (Circulation extracorporelle) : dans les cas extrêmes ou d’arrêt cardiaque, l’utilisation d’une machine qui pompe le sang hors du corps, le réchauffe et l’oxygène artificiellement avant de le réinjecter, remplaçant ainsi temporairement les fonctions du cœur et des poumons.
Les gestes sont-ils les mêmes pour tous ?
Les principes sont les mêmes, mais certaines personnes sont plus à risque. Chez les nourrissons, l’organisme régule moins bien la température, ce qui augmente le risque d’hypothermie.
Il est donc important de connaître les bons réflexes au quotidien, notamment pour savoir si le bébé a froid et adapter son environnement.
Les personnes âgées, elles, ressentent moins bien le froid et réagissent plus lentement.
Dans ces situations, il faut être encore plus vigilant. Le réchauffement doit rester doux et progressif, dans un environnement chaud et rassurant. Chez un bébé, le contact peau à peau sous une couverture peut aider.
En cas de doute, il ne faut pas hésiter à appeler les secours (le 15 ou le 112). Une intervention rapide peut faire toute la différence.
L’hypothermie peut rapidement devenir grave. Reconnaître les signes tôt et agir vite permet de limiter les risques, chez l’humain comme chez les animaux de compagnie. Il est donc essentiel d’adopter les bons réflexes.
À SAVOIR
En décembre 1980, dans le Minnesota, une jeune Américaine de 19 ans, Jean Hilliard, a un accident de voiture par une nuit à -30 °C. Elle tente de rejoindre la maison d’un ami, mais s’effondre dans la neige à quelques mètres seulement. Elle reste inconsciente pendant près de six heures. Le matin, elle est retrouvée complètement gelée et très rigide. À l’hôpital, les médecins sont dépassés. Son corps est dur, ses pupilles ne réagissent plus, et ils n’arrivent même pas à mesurer sa température. Ils pensent alors qu’elle est morte. Mais contre toute attente, après un réchauffement très progressif, elle recommence à respirer. Peu à peu, elle reprend connaissance. Elle survivra, sans séquelles graves ni amputations. Ce cas reste aujourd’hui l’un des exemples les plus impressionnants de survie à une hypothermie extrême, montrant jusqu’où le corps humain peut ralentir pour se protéger du froid.








