Une adolescente assise par terre, la tête baissée. Elle est repliée sur elle-même, en détresse, comme cela peut arriver en cas de dépression chez les jeunes.
Irritabilité, isolement, troubles du sommeil, pression scolaire ou réseaux sociaux… Chez les adolescents, la dépression s’installe souvent de façon discrète. Pourtant, c’est aujourd’hui un vrai problème de santé publique. ©rawpixel.com / Freepik

Irritabilité, repli sur sоi, baisse des résultats scоlaires․ Chez les adоlescents, ces signes sоnt sоuvent minimisés cоmme une simple “crise d’adоlescence”․ Pоurtant, ils peuvent être le signe d’une dépressiоn. Cоmment identifier les signaux d’alerte et savоir quand il est temps de cоnsulter, avant qu’il ne soit trop tard ? Le pоint․

La dépression chez les adolescents est aujourd’hui un vrai sujet de santé publique. D’après l’Organisation mondiale de la santé, un jeune de 10 à 19 ans sur sept souffre d’un trouble mental. La dépression fait partie des principales causes de souffrance et de handicap à cet âge.

Certaines de ces dépressions aboutissent à des drames, sans que les parents ou les proches n’aient été conscients du danger, en raison des confusions qui sont souvent faites avec d’autres problématiques liées à l’adolescence.

En France, les données de l’Inserm montrent que les troubles psychiques sont en hausse chez les jeunes. Autrement dit, le mal-être adolescent ne se résume pas à une simple période difficile. C’est une réalité médicale, qu’il faut savoir repérer le plus tôt possible.

Chez l’adulte, la dépression se traduit souvent par une grande tristesse. Chez l’adolescent, c’est moins clair. Elle peut être cachée ou difficile à repérer. Le premier signe n’est pas toujours la tristesse, mais plutôt l’irritabilité.

Un adolescent peut devenir plus agressif, plus opposant. À l’inverse, il peut aussi se renfermer sur lui-même. Ce changement ne dure pas quelques jours : il s’installe dans le temps.

Petit à petit, il perd l’envie de faire ce qu’il aimait. Il s’éloigne de ses amis et semble décrocher de son environnement. On observe souvent des troubles du sommeil, des changements d’appétit et une fatigue qui ne passe pas.

La concentration devient plus difficile. La mémoire fonctionne moins bien. Les résultats scolaires peuvent chuter rapidement, ce qui est parfois pris à tort pour un manque de motivation.

D’ailleurs, la Haute Autorité de santé rappelle que chez les adolescents, la dépression s’exprime souvent de façon indirecte. Elle passe par des comportements inhabituels, des douleurs physiques ou un épuisement, plutôt que par une tristesse clairement exprimée.

Au cœur de la dépression, la façon de se voir change. L’adolescent peut se sentir nul, inutile, ou coupable sans vraiment savoir pourquoi. Il a du mal à se projeter et voit souvent l’avenir de façon très négative.

Peu à peu, le plaisir disparaît. Ce qu’il aimait avant ne lui fait plus envie. À la place, il ressent surtout de l’ennui et un vide qui s’installe.

Dans certains cas, cette souffrance peut aller plus loin, avec des idées suicidaires. L’Organisation mondiale de la santé rappelle que le suicide fait partie des principales causes de décès chez les jeunes adultes. C’est pour cela que tout signe de désespoir doit être pris très au sérieux.

Tous les adolescents n’arrivent pas à dire ce qu’ils ressentent. Chez certains, la souffrance passe par le corps.

On parle alors de somatisation. Cela peut se traduire par des maux de ventre à répétition, des migraines ou des vertiges, sans cause médicale claire. Ces douleurs sont bien réelles. Même si leur origine est psychologique, elles ne sont ni “inventées” ni exagérées.

La dépression ne vient jamais d’une seule cause. Elle apparaît souvent à cause d’un mélange de facteurs, à la fois biologiques et liés à l’environnement.

Le cerveau des adolescents est encore en développement. Il est donc plus sensible aux émotions. Certains messagers chimiques, comme la sérotonine, jouent un rôle important. Il s’agit d’une substance qui permet aux neurones de communiquer entre eux. On l’appelle souvent « l’hormone de la bonne humeur », car elle participe à l’équilibre émotionnel.

À cela s’ajoutent des situations de vie difficiles. Il peut s’agir de harcèlement, à l’école ou en ligne, de tensions familiales, de pression scolaire ou d’un sentiment d’isolement. Des événements comme un deuil peuvent aussi fragiliser.

Les réseaux sociaux peuvent aggraver les choses. Ils favorisent la comparaison avec les autres et peuvent renforcer le sentiment de ne pas être à la hauteur ou d’être exclu.

Enfin, la crise liée au COVID-19 a aussi eu un impact. Elle a accentué le mal-être chez certains jeunes, avec une augmentation des troubles anxieux et dépressifs.

La confusion est fréquente. Avoir un coup de blues fait partie de l’adolescence. En général, ça passe. L’humeur change, il y a encore des moments positifs, et le quotidien n’est pas vraiment bouleversé.

La dépression, elle, s’installe dans la durée. Elle change profondément le comportement du jeune. La souffrance devient constante, l’isolement s’installe, et la scolarité comme les relations sont touchées.

Certains signes doivent alerter. Par exemple, une irritabilité permanente, l’arrêt des activités habituelles, des comportements à risque ou des gestes contre soi-même.

Le parcours commence le plus souvent chez le médecin généraliste ou le pédiatre. Il fait un premier bilan pour vérifier qu’il n’y a pas de cause physique, comme un problème de thyroïde. Si besoin, il oriente ensuite l’adolescent vers un spécialiste.

Le psychiatre ou le pédopsychiatre prend alors le relais pour poser le diagnostic. Il regarde plusieurs éléments : depuis combien de temps les symptômes sont présents (au moins deux semaines), leur intensité et leur impact sur la vie quotidienne. Pour mieux comprendre la situation, il s’appuie à la fois sur ce que ressent l’adolescent et sur ce que remarque son entourage. Cela permet de repérer les changements de comportement. Il vérifie aussi qu’aucun autre trouble psychiatrique ne peut expliquer ces signes.

La prise en charge repose d’abord sur un accompagnement psychologique, le plus souvent avec un psychologue. Grâce à la thérapie, le jeune peut mieux comprendre ce qu’il traverse, mettre des mots sur ses émotions et faire évoluer sa manière de penser.

Dans les cas plus sévères, un traitement médicamenteux peut être proposé par le psychiatre. Ce traitement demande une attention particulière, surtout au début, car l’énergie peut revenir avant que l’état moral ne s’améliore. Dans les situations les plus graves, une hospitalisation peut être envisagée pour assurer une prise en charge plus adaptée.

Dans tous les cas, le soutien de la famille joue un rôle essentiel dans le processus de guérison.

Certains changements doivent pousser à consulter rapidement. Au fond, le signe le plus parlant est souvent simple : l’adolescent ne semble plus être lui-même.

Dans ce cas, le premier réflexe est de consulter un médecin généraliste. Plus la prise en charge est rapide, plus les chances de s’en sortir sont élevées.

À SAVOIR

En 1774, en Allemagne, l’écrivain Johann Wolfgang von Goethe publie Les Souffrances du jeune Werther. Le livre raconte l’histoire d’un jeune homme en grande détresse, marqué par un amour impossible. Le succès est immédiat. Partout en Europe, de nombreux jeunes s’identifient au personnage. Ils adoptent son style vestimentaire, avec un frac bleu et un gilet jaune, et affichent une attitude mélancolique. Le phénomène prend une telle ampleur que certaines autorités s’inquiètent. Dans plusieurs régions, comme en Italie, au Danemark ou à Leipzig, le livre est même interdit. Cet épisode a donné naissance à ce qu’on appelle aujourd’hui l’« effet Werther ». Ce terme désigne l’influence que peut avoir une œuvre ou un récit sur des comportements dépressifs ou suicidaires, par effet d’imitation.

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Journaliste pour Ma Santé. Formé au marketing, Pier Paolo s'est tourné vers le journalisme avec l’envie de mieux informer et de donner du sens aux sujets traités. Aujourd’hui, il s’intéresse particulièrement aux questions de santé, qu’il aborde avec un souci de clarté, de pédagogie et de fiabilité, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre des informations parfois complexes.

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