
Depuis le 5 janvier 2026, un mouvement de grève des médecins libéraux, généralistes et spécialistes, pèse de tout son poids sur l’accès aux soins. Des cabinets fermés, des consultations qui se raréfient, des appels au 15 qui s’envolent… et des urgences hospitalières sous tension. Le feu couve, alors que la mobilisation des grévistes ne faiblit pas.
Au commencement, il y a une décision politique, contestée, du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2026. De nombreux médecins libéraux jugent ce projet trop restrictif pour l’exercice médical en ville. En réponse, plusieurs organisations syndicales ont appelé à un mouvement national du 5 au 15 janvier, entraînant la fermeture de nombreux cabinets médicaux privés. Et cette appel à la mobilisation a été largement entendu.
La preuve ? Selon les données transmises par l’Assurance maladie à la ministre de la Santé, l’activité des généralistes a chuté de près de 20 % et celle des spécialistes d’environ 12 % par rapport à une semaine classique. Quant aux feuilles de soins, elles sont en recul de 13,5% sur une semaine. Une bonne nouvelle pour le déficit de la Sécurité Sociale !!
Les urgences sous pression : mais que se passe-t-il ?
Grèves de médecins libéraux : l’effet domino
Le système de soins repose sur un équilibre fragile entre la médecine de ville, la régulation téléphonique et l’hôpital. En ce moment, cet équilibre vacille. Quand un patient ne trouve pas de rendez-vous chez son médecin traitant, il a deux options :
- appeler le 15 pour être orienté,
- ou se présenter directement aux urgences.
En raison de la grève des libéraux, ces deux portes d’entrée de soins sont massivement sollicitées. Les chiffres sont sans équivoque. Le syndicat Samu-Urgences de France (SUdF) alerte depuis plusieurs jours sur une augmentation de 30 % à 50 % des appels urgents au 15. Un phénomène rare qui rend la régulation parfois difficile à assurer sans retards.
Des retards et même des morts aux urgences
Sur le terrain, des urgentistes évoquent une situation inédite, jamais vue même pendant la pandémie de Covid-19, avec des flux de patients aux urgences bien supérieurs à la normale. Par exemple, au CHU de Toulouse, plus de 540 passages ont été comptabilisés en 24 heures, alors que des dizaines de patients attendent sur un lit ou un brancard.
À l’hôpital Saint-Antoine à Paris, la fréquentation des urgences a dépassé de 40 % le niveau habituel, forçant les équipes à mobiliser des moyens exceptionnels. Aux Hospices civils de Lyon, notamment à l’hôpital Édouard-Herriot, les urgences ont enregistré ces derniers jours une surcharge d’activité. Avec jusqu’à 250 passages en 24 heures, alors que la jauge maximale est de 230 personnes. “Il y a eu jusqu’à 2 heures de retard dans le tri des patients accueillis aux urgences“, note une soignante de l’établissement lyonnais. De quoi attiser la grogne des syndicats locaux qui réclament le déclenchement du Plan Blanc. En vain pour l’instant.
Plus dramatique encore, ce week-end, deux patients sont décédés sur des brancards alors qu’ils attendaient une prise en charge par les services d’urgence du CHU de Rennes. Une enquête est en cours.
Hôpitaux, cabinets, Samu : une conjonction de facteurs
S’il serait simpliste d’attribuer toute la pression actuelle à la seule grève des médecins libéraux, elle agit comme un accélérateur dans un système déjà soumis à rude épreuve.
Trois éléments se conjuguent :
- la saison hivernale, avec une circulation active de virus comme la grippe, qui augmente naturellement la fréquentation des services de soins ;
- un épisode neigeux sur une grande partie du territoire, avec les chutes, fractures et complications qui vont avec ;
- et, évidemment, la grève actuelle qui réduit l’accès aux soins programmés en ville.
Résultat, les services hospitaliers absorbent une charge de soin pour laquelle ils ne sont pas conçus. Surtout lorsque les cabinets libéraux ou les cliniques privent l’hôpital d’un maillon essentiel de la prise en charge.
Pourquoi les urgences deviennent la variable d’ajustement ?
Pour beaucoup de Français, les urgences apparaissent comme une solution de dernier recours mais concrète. À tort ou à raison, ce réflexe se multiplie, alourdissant le travail des équipes d’urgence.
Or les urgences hospitalières ne sont pas faites pour remplacer la médecine de ville. Elles sont dimensionnées pour des prises en charge immédiates et vitales, pas pour des maux du quotidien ou des suivis de maladies chroniques. Leur engorgement rend les délais d’attente plus longs, augmente la fatigue des soignants, et finit par impacter la qualité même de l’accueil.
Tensions du système de soins : que doivent faire les patients ?
Du côté des autorités, on invite les patients à garder leur calme et à user des bons réflexes. A savoir :
- Appeler le 15 en priorité si vous ne savez pas où t’adresser. Le service peut orienter vers des soins adaptés ou une permanence médicale.
- Recourir aux structures de soins non programmés, à la téléconsultation ou à la permanence des soins le week-end et la nuit.
- Réserver les urgences pour les véritables situations graves, comme les troubles respiratoires sévères, les douleurs thoraciques, les hémorragies ou les pertes de connaissance.
Grève des médecins et tensions : combien de temps ça va durer ?
Annoncée jusqu’à la mi-janvier, la grève des médecins libéraux pourrait se prolonger si aucun accord n’est trouvé. Mais au-delà de la durée du mouvement, c’est surtout ce qu’il met en lumière qui compte. En se mobilisant, les médecins alertent sur des conditions d’exercice de plus en plus contraintes. Ils s’inquiètent aussi de choix politiques qui, selon eux, fragilisent la médecine de proximité, pilier de l’accès aux soins.
Quelques jours de ralentissement en médecine de ville suffisent à désorganiser l’ensemble du parcours de soins et à mettre les urgences sous pression. L’épisode actuel dépasse ainsi largement le cadre d’un simple conflit social et révèle une fragilité structurelle que les professionnels connaissent de longue date, mais qui apparaît peu à peu au grand jour.
À SAVOIR
Quand les cabinets tournent au ralenti, la téléconsultation peut dépanner. Pour un avis médical, un renouvellement d’ordonnance ou des symptômes sans gravité, elle permet d’échanger avec un médecin sans se déplacer et évite d’encombrer inutilement les urgences.







