Le laboratoire britannique GSK a annoncé, jeudi 28 mai 2026, des résultats jugés historiques contre l’hépatite B chronique. Son traitement expérimental, le bépirovirsen, a permis à près de 19 % des patients traités pendant six mois de ne plus avoir de virus détectable après l’arrêt du médicament. Une avancée majeure pour cette maladie qui oblige aujourd’hui la plupart des malades à prendre un traitement à vie.
L’hépatite B chronique est une infection virale du foie capable de rester présente pendant des années sans symptômes visibles, avant d’endommager progressivement l’organe et de provoquer de graves complications comme une cirrhose, une insuffisance hépatique ou un cancer du foie. Aujourd’hui encore, le virus de l’hépatite B figure parmi les principales causes de maladies hépatiques graves dans le monde.
Selon l’OMS, environ 254 millions de personnes vivaient avec une hépatite B chronique en 2022. Cette même année, près de 1,1 million de décès ont été attribués aux complications liées au virus, principalement des cirrhoses et des cancers du foie.
En France, Santé publique France estime désormais qu’environ 280 000 personnes vivent avec une hépatite B chronique, mais une partie importante d’entre elles ignorent encore être porteuses du virus. Elle peut évoluer silencieusement pendant des années avant d’endommager progressivement le foie et provoquer une cirrhose ou un cancer hépatique.
C’est dans ce contexte que le laboratoire GSK a annoncé, le 28 mai 2026, des résultats qui pourraient marquer un tournant dans la lutte contre l’hépatite B chronique.
Pourquoi l’hépatite B reste si difficile à guérir ?
Contrairement à d’autres infections virales, l’hépatite B est particulièrement doué pour “se cacher” dans les cellules du foie. Même lorsque les traitements actuels parviennent à bloquer sa multiplication, une sorte de mini-réservoir viral peut persister dans l’organisme.
Chez la majorité des patients, les médicaments doivent être poursuivis pendant des années pour empêcher le virus de repartir.
Aujourd’hui, les traitements standards reposent surtout sur des antiviraux appelés analogues nucléosidiques. Ils contrôlent efficacement l’infection, réduisent fortement les risques de complications et permettent souvent une vie quasi normale. Mais ils éliminent rarement totalement l’activité virale.
Les spécialistes parlent alors de “contrôle” plutôt que de guérison.
Selon plusieurs travaux scientifiques récents, les véritables guérisons fonctionnelles sous traitements classiques restent rares, généralement autour de 1 à 4 % des patients selon les profils étudiés.
C’est précisément ce plafond thérapeutique que le bépirovirsen tente aujourd’hui de faire sauter.
Hépatite B : comment marche ce nouveau traitement ?
Un traitement qui cible directement les messages du virus
Le bépirovirsen appartient à une nouvelle génération de traitements capables de bloquer certains mécanismes utilisés par le virus de l’hépatite B pour survivre dans l’organisme.
Concrètement, le médicament agit sur les “messages” biologiques que le virus utilise pour fabriquer ses protéines et continuer à se multiplier dans le foie. En perturbant ce fonctionnement, le traitement réduit fortement la présence de l’antigène de surface de l’hépatite B, un marqueur très important de l’infection chronique.
Lorsque cet antigène disparaît durablement, cela signifie que le système immunitaire parvient enfin à reprendre le contrôle du virus.
Dans les essais cliniques de phase III menés par GSK, les patients ont reçu le traitement pendant six mois. Après l’arrêt du médicament, 19 % d’entre eux ne présentaient toujours plus de virus détectable dans le sang. Chez certains patients ayant une infection moins active au départ, les résultats ont même atteint environ 26 %.
Même si tous les patients ne guérissent pas encore, ces résultats marquent une avancée importante par rapport aux traitements actuels, qui permettent surtout de contrôler le virus sans réellement l’éliminer.
“Guérison fonctionnelle” : attention, cela ne veut pas dire disparition totale du virus
Dans l’hépatite B, les médecins utilisent l’expression “guérison fonctionnelle” plutôt que “guérison complète”. Pourquoi ? Parce que des fragments du virus peuvent parfois rester présents dans certaines cellules du foie, même lorsque les analyses sanguines deviennent négatives.
Concrètement, cela signifie que le virus n’est plus détectable et ne provoque plus d’activité pathologique connue, mais qu’il peut théoriquement persister à très bas bruit.
Pour les patients, la différence reste néanmoins immense :
- arrêt du traitement,
- diminution du risque de complications,
- réduction du risque de transmission,
- amélioration de la qualité de vie.
C’est précisément cet objectif que poursuivent aujourd’hui la plupart des recherches internationales sur l’hépatite B.
Une course mondiale contre un virus encore très actif
Ces dernières années, plusieurs laboratoires ont tenté de développer de nouvelles stratégies thérapeutiques contre l’hépatite B chronique : immunothérapies, ARN interférents, vaccins thérapeutiques ou encore thérapies combinées.
Mais jusqu’ici, peu de candidats avaient obtenu des résultats aussi avancés dans des essais de phase III, l’étape précédant généralement les demandes d’autorisation de mise sur le marché. Le bépirovirsen semble donc prendre une longueur d’avance.
La Food and Drug Administration (FDA) a d’ailleurs accordé une procédure d’évaluation prioritaire au traitement. Une décision est attendue d’ici le 26 octobre 2026 aux États-Unis.
En Europe, aucune autorisation n’a encore été délivrée pour le moment.
En France, le défi du dépistage reste immense
Les autorités sanitaires françaises tentent d’améliorer le dépistage des hépatites virales. Car beaucoup de personnes ignorent encore qu’elles sont porteuses du virus.
Selon l’Institut Pasteur, traiter plus tôt les patients permet pourtant de limiter fortement les dommages hépatiques et de réduire les risques de cancer du foie. Les chercheurs insistent également sur l’importance du dépistage précoce, notamment chez les populations les plus exposées.
La vaccination reste par ailleurs le principal outil de prévention contre l’hépatite B. Obligatoire chez les nourrissons en France depuis 2018, elle permet d’éviter la très grande majorité des infections.
Mais pour les personnes déjà atteintes, l’arrivée éventuelle d’un traitement capable d’obtenir une guérison fonctionnelle durable pourrait profondément changer la vie quotidienne des patients.
Et peut-être, enfin, faire sortir l’hépatite B chronique de cette étrange catégorie des maladies que l’on contrôle… sans vraiment les guérir.
À SAVOIR
Le virus de l’hépatite B est extrêmement résistant à l’extérieur du corps humain. Selon l’Organisation mondiale de la santé, il peut survivre au moins sept jours sur une surface ou un objet contaminé tout en restant capable d’infecter une personne non vaccinée.








