Une patiente atteinte d’un cancer du sang rare et agressif teste le nouveau traitement approuvé aux États-Unis.
Le nouveau traitement contre le BPDCN est administré par perfusion à l’hôpital, généralement une fois toutes les trois semaines. © Magnific

La Food and Drug Administration (FDA), l’autorité sanitaire américaine, a approuvé le 27 mai 2026 un nouveau traitement développé par le laboratoire AbbVie contre le BPDCN, un cancer du sang extrêmement rare et agressif. Cette thérapie ciblée, autorisée après des résultats encourageants chez des patients en rechute, pourrait ouvrir une nouvelle voie face à une maladie encore peu connue et souvent diagnostiquée tardivement.

Le BPDCN, ou néoplasme à cellules dendritiques plasmacytoïdes blastiques, est l’un des cancers du sang les plus rares et les plus agressifs. Longtemps, les patients atteints de cette maladie n’ont eu que très peu d’options thérapeutiques, avec des rechutes fréquentes et un pronostic souvent sombre.

Mais ce cancer méconnu vient peut-être de franchir un cap important. Le 27 mai 2026, la Food and Drug Administration (FDA), l’autorité sanitaire américaine, a annoncé l’approbation d’un nouveau traitement ciblé développé par le laboratoire AbbVie pour les patients atteints de BPDCN. 

Le médicament, baptisé pivekimab sunirine-pvzy, a obtenu une autorisation accélérée après des essais cliniques ayant montré des rémissions chez plusieurs patients, y compris chez des personnes déjà en échec thérapeutique.

Derrière cette annonce scientifique et réglementaire, il y a surtout l’espoir de mieux prendre en charge des malades confrontés à une pathologie fulgurante, souvent diagnostiquée tardivement et particulièrement difficile à traiter.

Un cancer du sang aussi rare qu’agressif

Le BPDCN est une forme très rare de cancer hématologique. Selon le National Cancer Institute américain, il représente moins de 1 % des cancers du sang diagnostiqués chaque année. En France, il n’existe pas de registre national précis tant les cas sont peu nombreux, mais les hématologues le considèrent comme une maladie exceptionnelle.

Le BPDCN se développe à partir de cellules immunitaires appelées « cellules dendritiques plasmacytoïdes ». En pratique, ces cellules participent normalement à la défense immunitaire de l’organisme. Lorsqu’elles deviennent cancéreuses, elles peuvent envahir rapidement la peau, le sang, la moelle osseuse ou encore les ganglions.

La maladie touche surtout les hommes âgés, souvent après 60 ans, même si des cas plus jeunes existent. L’un des signes les plus fréquents reste l’apparition de lésions cutanées violacées ou bleuâtres, parfois confondues avec des hématomes ou des problèmes dermatologiques banals. C’est aussi ce qui complique le diagnostic.

Et malheureusement, le BPDCN a la réputation d’aller vite. Très vite. Selon des données publiées dans la revue scientifique Blood, la survie médiane des patients restait historiquement inférieure à deux ans avec les traitements classiques. Même lorsque la chimiothérapie fonctionne initialement, les rechutes sont fréquentes.

Une thérapie ciblée qui agit comme un « missile guidé »

Le nouveau traitement approuvé par la FDA repose sur le principe des thérapies ciblées, une approche de plus en plus utilisée aujourd’hui en cancérologie.

Contrairement à une chimiothérapie classique, qui attaque de nombreuses cellules sans distinction, cette stratégie vise spécifiquement une anomalie présente sur les cellules cancéreuses.

Dans le cas du BPDCN, les cellules malades expriment massivement une protéine appelée CD123 à leur surface. Le médicament développé par AbbVie agit un peu comme un « missile guidé ». Il repère cette protéine, s’accroche à la cellule cancéreuse puis délivre directement une substance toxique destinée à la détruire.

Techniquement, il s’agit d’un « anticorps conjugué », une technologie qui associe un anticorps ciblant la tumeur à une molécule anticancéreuse très puissante.

Ce type de traitement représente aujourd’hui l’un des grands axes de développement de l’oncologie moderne. Plusieurs cancers du sein, du poumon ou du sang utilisent déjà des médicaments de cette famille.

Des résultats encourageants chez des patients en rechute

L’autorisation accordée par la FDA repose sur les résultats de l’essai clinique international CADENZA, mené chez 84 patients atteints de BPDCN.

Selon les données présentées par AbbVie et publiées dans le Journal of Clinical Oncology, le traitement a montré des résultats particulièrement encourageants chez les patients traités dès les premiers stades de la maladie. Environ 70 % d’entre eux ont obtenu une rémission complète ou quasi complète.

Chez les patients en rechute ou résistants aux traitements précédents, les résultats restent plus modestes mais jugés encourageants dans cette maladie très agressive, avec environ 14 % de rémissions complètes observées. La durée médiane des réponses atteignait environ neuf mois.

L’autorisation reste toutefois une « approbation accélérée », un dispositif utilisé par la FDA pour les maladies graves disposant de peu d’alternatives thérapeutiques. Concrètement, cela signifie que le laboratoire devra encore fournir des données complémentaires afin de confirmer durablement le bénéfice clinique du médicament.

Autrement dit, l’espoir est réel, mais la prudence scientifique reste de mise. D’autant que le traitement peut provoquer des effets secondaires parfois sévères.

Des effets secondaires parfois sévères

Comme souvent avec les thérapies anticancéreuses puissantes, la FDA a assorti son autorisation d’avertissements renforcés concernant certains effets secondaires potentiellement graves.

Parmi les complications surveillées figurent notamment des atteintes du foie, des réactions inflammatoires pendant les perfusions, des rétentions de liquide ou encore des anomalies sanguines importantes. Ces traitements nécessitent donc un suivi hospitalier spécialisé et une surveillance étroite.

Les hématologues rappellent aussi qu’aucun médicament ne constitue aujourd’hui une guérison garantie du BPDCN. Chez certains patients, une greffe de moelle osseuse peut encore être envisagée après obtention d’une rémission.

Depuis une dizaine d’années, les grands laboratoires pharmaceutiques investissent massivement dans les traitements ciblés et l’immunothérapie. Le principe est toujours le même : attaquer plus précisément les cellules tumorales afin d’améliorer l’efficacité tout en limitant certains dégâts sur les tissus sains. Selon l’Institut national du cancer (INCa), les thérapies ciblées représentent désormais une part croissante des traitements anticancéreux utilisés en France, notamment dans les cancers du sein, du poumon, du rein ou certaines leucémies.

Reste la question de l’accès aux traitements. Car ces médicaments figurent souvent parmi les plus coûteux du marché. Plusieurs thérapies ciblées en oncologie atteignent aujourd’hui plusieurs dizaines, voire centaines de milliers d’euros par patient et par an.

Avant une éventuelle utilisation en France, le traitement devra encore être évalué par l’Agence européenne des médicaments (EMA), puis par la Haute Autorité de santé (HAS) concernant son remboursement et son intérêt thérapeutique.

À SAVOIR 

Le BPDCN peut parfois commencer par de simples taches violettes ou bleutées sur la peau, souvent prises au départ pour des bleus ou des problèmes dermatologiques bénins. Selon les hématologues, ce cancer rare est d’ailleurs fréquemment diagnostiqué tardivement, car ses premiers signes peuvent facilement passer inaperçus.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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