Une immense étude européenne publiée le 27 mai 2026 montre que le dépistage systématique du cancer de la prostate par test sanguin PSA chez les hommes de 55 à 69 ans permettrait de réduire d’environ 13 % la mortalité liée à cette maladie après plus de vingt ans de suivi. Des résultats jugés importants par de nombreux spécialistes, alors que la France refuse toujours un dépistage organisé à grande échelle.
Le cancer de la prostate reste le cancer le plus fréquent chez les hommes en France. Selon l’Institut national du cancer (INCa), près de 60 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année et environ 9 000 hommes en meurent encore. Pourtant, la France refuse toujours de mettre en place un dépistage organisé à grande échelle.
En cause, un paradoxe médical qui embarrasse les spécialistes depuis des années. Car si certains cancers de la prostate sont agressifs et peuvent devenir mortels, beaucoup évoluent au contraire extrêmement lentement, parfois sans jamais provoquer de symptômes ni menacer réellement la vie du patient.
C’est dans ce contexte déjà sensible que les chercheurs de la grande étude européenne ERSPC (European Randomized Study of Screening for Prostate Cancer) ont dévoilé, le 27 mai 2026, de nouveaux résultats après plus de vingt ans de suivi de centaines de milliers d’hommes âgés de 55 à 69 ans.
Selon leurs conclusions, les hommes ayant bénéficié d’un dépistage régulier par dosage sanguin du PSA (une protéine produite par la prostate et mesurée grâce à une simple prise de sang) présentaient un risque de décès lié au cancer de la prostate réduit d’environ 13 % par rapport à ceux n’ayant pas été dépistés. Un résultat jugé important par de nombreux spécialistes. Mais loin de clore le débat.
Le PSA, un test simple… mais très imparfait
Le dépistage du cancer de la prostate repose principalement sur le dosage du PSA, pour « antigène prostatique spécifique ». Cette protéine est fabriquée naturellement par la prostate, une petite glande masculine située sous la vessie, qui participe à la fabrication du sperme.
Une petite quantité de PSA circule normalement dans le sang et peut être mesurée grâce à une simple prise de sang. Sur le papier, le principe paraît simple. Dans la réalité, il l’est beaucoup moins. Car un taux élevé de PSA ne signifie pas forcément qu’un cancer est présent. Cette augmentation peut aussi être provoquée par une infection, une inflammation ou simplement par le vieillissement naturel de la prostate. À l’inverse, certains cancers agressifs peuvent parfois passer inaperçus malgré un PSA considéré comme normal.
Résultat, ce test navigue depuis des années dans une zone grise inconfortable pour les médecins. Suffisamment utile pour détecter certains cancers précocement, mais pas assez précis pour éviter les faux positifs et les diagnostics inutiles.
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Dépistage du cancer de la prostate : le risque du surdiagnostic
Selon la Haute Autorité de santé (HAS), le principal danger du dépistage systématique reste le surdiagnostic. Autrement dit, détecter des cancers qui n’auraient jamais provoqué de symptômes au cours de la vie du patient.
Or, lorsqu’un cancer est découvert, même peu agressif, il est souvent difficile psychologiquement comme médicalement de ne rien faire immédiatement. De nombreux patients se retrouvent alors engagés dans des traitements parfois lourds comme la chirurgie, la radiothérapie ou l’hormonothérapie.
Ces traitements peuvent sauver des vies dans certaines situations. Mais ils peuvent aussi entraîner des effets secondaires importants, parfois durables. Les médecins évoquent notamment des troubles urinaires, des problèmes d’érection, de l’incontinence ou encore une altération durable de la qualité de vie. C’est pour cette raison que la HAS continue de considérer que la balance bénéfices-risques d’un dépistage généralisé reste insuffisamment favorable à l’échelle de toute la population masculine.
Une étude européenne suivie pendant plus de vingt ans
Les nouveaux résultats de l’étude ERSPC pourraient toutefois peser dans les prochaines discussions scientifiques. Lancée dans plusieurs pays européens dans les années 1990, cette étude est l’une des plus vastes jamais réalisées sur le sujet. Des centaines de milliers d’hommes ont été suivis pendant plus de deux décennies afin de comparer la mortalité entre ceux bénéficiant d’un dépistage régulier et ceux sans dépistage organisé.
Selon les chercheurs, le bénéfice du dépistage semble se confirmer avec le temps. Plus la durée de suivi augmente, plus la réduction de mortalité apparaît visible. Mais les spécialistes rappellent également qu’entre le lancement de l’étude et aujourd’hui, la prise en charge médicale a profondément évolué.
Depuis plusieurs années, les médecins ont davantage recours à ce qu’on appelle la “surveillance active” pour les cancers peu agressifs. Concrètement, il s’agit de surveiller très régulièrement l’évolution de la maladie sans traiter immédiatement le patient. Une stratégie qui permet d’éviter certaines opérations ou traitements inutiles.
Cancer de la prostate : pourquoi la France reste prudente sur le dépistage ?
Malgré ces nouvelles données, la France ne semble pas prête à instaurer un dépistage systématique similaire à celui du cancer du sein ou du cancer colorectal. D’abord parce que le bénéfice observé reste considéré comme modéré. Une réduction de mortalité de 13 % représente un gain important à l’échelle d’une population entière, mais elle ne fait pas disparaître les effets indésirables liés aux surdiagnostics et aux traitements excessifs.
Ensuite parce que les spécialistes privilégient désormais une approche plus ciblée. Aujourd’hui, de nombreux urologues défendent un dépistage individualisé, discuté au cas par cas avec le médecin traitant ou le spécialiste. L’âge, les antécédents familiaux, l’état de santé global ou encore certains facteurs de risque sont alors pris en compte.
Selon l’INCa, le risque augmente fortement après 50 ans. Les hommes ayant un père ou un frère touché par un cancer de la prostate présentent également un risque plus élevé.
À SAVOIR
Selon une grande méta-analyse publiée en 2015 dans l’International Journal of Cancer, des autopsies réalisées chez des hommes morts d’autres causes ont montré que près de 6 hommes sur 10 âgés de plus de 79 ans portaient en réalité un cancer de la prostate sans jamais l’avoir su.








