Des prélèvements dans l'eau potable pour identifier la source de légionellose.
Les prélèvements effectués dans l'eau potable se sont révéls négatifs et les investigations se poursuivent. ©freepic.diller.jpg

La situation sanitaire en Savoie continue de susciter l’inquiétude. Deux semaines après les premiers signalements de cas groupés de légionellose autour d’Albertville, le mystère reste entier quant à l’origine de la contamination. Au 3 octobre, ce sont désormais 50 personnes qui ont été infectées, dont certaines ont été hospitalisées en réanimation, et deux sont malheureusement décédées. Malgré une vaste enquête environnementale déployée dans la région, aucune source précise de diffusion n’a encore pu être formellement identifiée. Alors que l’Agence régionale de santé poursuit ses investigations, les autorités sanitaires redoublent de vigilance pour éviter une propagation plus large. Où en est vraiment la situation ? Pourquoi est-il si difficile de retrouver l’origine de cette bactérie ?

Depuis le 16 septembre, un nombre croissant de cas de légionellose a été constaté dans le secteur d’Albertville, en Savoie. D’abord isolés, les signalements se sont rapidement multipliés, au point d’être qualifiés de « cluster inhabituel » par les autorités. Au 3 octobre, on dénombre précisément 50 cas confirmés, selon le point de situation publié par l’Agence Régionale de Santé Auvergne-Rhône-Alpes.

Soit 4 de plus que la semaine précédente. Parmi ces patients, plusieurs ont dû être hospitalisés dans des unités de soins intensifs, et deux décès ont été recensés. Ces chiffres, bien qu’en apparence limités, traduisent une véritable alerte sanitaire dans un périmètre géographique relativement restreint.

La légionellose, pour rappel, est une infection pulmonaire grave provoquée par l’inhalation de microgouttelettes d’eau contaminée par la bactérie Legionella. Elle ne se transmet pas de personne à personne, mais peut rapidement devenir problématique lorsqu’elle touche des installations collectives, comme des tours de refroidissement ou des systèmes de brumisation.

Face à cette hausse brutale des cas, une enquête environnementale d’envergure a été déclenchée. Elle mobilise l’Agence régionale de santé (ARS), Santé publique France, la DREAL, la préfecture, la mairie d’Albertville et la communauté d’agglomération Arlysère.

Première piste étudiée, la possibilité d’une contamination domestique. Mais l’ARS se veut rassurante sur ce point : “l’hypothèse d’une contamination par les réseaux d’eau chaude domestique a été écartée à ce stade. En effet, une telle source de contamination aurait des effets très localisés et ne pourrait pas expliquer une diffusion des cas sur un périmètre aussi étendu, couvrant plusieurs kilomètres comme constaté dans la situation actuelle”.

Autre hypothèse, “une source de contamination aérienne extérieure par système de pulvérisation d’eau”. Plus de cinquante sites privés ou publics susceptibles de diffuser des aérosols ont été inspectés : systèmes de refroidissement industriels, réseaux d’arrosage, fontaines, brumisateurs… Rien n’est laissé au hasard.

Pourtant, malgré 22 prélèvements réalisés sur les 10 sites jugés les plus à risque, aucune trace de Legionella n’a été détectée à ce jour. “Ces premiers résultats ne permettent pas néanmoins d’écarter totalement une présence de légionelles antérieure au prélèvement”, précise l’ARS.

Ce résultat négatif, loin de rassurer, complique au contraire la compréhension de l’épisode. Les autorités sanitaires rappellent qu’il est possible que la bactérie ait été présente de manière transitoire, avant les contrôles, ou dans des conditions trop localisées pour être facilement repérées. Ce flou souligne toute la complexité qu’implique la recherche de l’origine d’une contamination de ce type.

Si cet épisode albertvillois est inquiétant par son ampleur et sa durée, il n’est pas isolé. La France a déjà connu ces dernières années plusieurs épisodes de légionellose liés à des sources environnementales.

En 2023, une dizaine de cas avaient été détectés à Périgueux, où une tour de refroidissement avait finalement été identifiée comme source. En 2020, un autre foyer avait été signalé dans le Pas-de-Calais, avec là aussi une contamination liée à des installations industrielles.

Chaque fois, les investigations sont longues, complexes, et parfois infructueuses. La légionelle est une bactérie opportuniste qui prolifère dans des conditions bien spécifiques : eau stagnante, température comprise entre 25 et 45°C, présence de biofilm. Sa détection dépend non seulement du bon ciblage des sites à contrôler, mais aussi du moment et de la technique de prélèvement.

“L’identification des sources à l’origine des contaminations reste difficile. Dans la majorité des clusters de légionellose investigués en France au cours des 15 dernières années, la source de contamination, malgré les investigations réalisées, n’a pas pu être identifiée”, prévient l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes. 

Malgré l’absence d’identification formelle de la source, les autorités sanitaires n’ont pas relâché la pression. Les sites identifiés comme potentiellement à risque restent sous surveillance active, et certaines installations ont été mises à l’arrêt par précaution.

L’ARS appelle aussi les professionnels de santé à rester attentifs à tout nouveau cas suspect. La période d’incubation de la légionellose peut aller jusqu’à dix jours, et de nouveaux patients pourraient encore se déclarer dans les jours à venir.

Pour la population locale, il n’y a pas de recommandation particulière tant que les symptômes ne sont pas présents. En revanche, les personnes fragiles – notamment les fumeurs, les personnes âgées ou immunodéprimées – doivent être particulièrement attentives en cas de fièvre, toux ou essoufflement inhabituel.

À SAVOIR

La légionellose se manifeste d’abord par des symptômes proches de la grippe, comme une forte fièvre, une toux sèche, une fatigue intense et des maux de tête, ce qui peut retarder le diagnostic. Des troubles digestifs ou neurologiques peuvent aussi survenir, notamment chez les personnes âgées. Sans traitement rapide, la maladie peut évoluer en pneumonie grave. Le diagnostic repose sur des tests spécifiques et le traitement comprend des antibiotiques et des soins adaptés.

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Journaliste expert santé / Rédacteur en chef adjoint du Groupe Ma Santé. Journaliste depuis 25 ans, Philippe Frieh a évolué dans la presse quotidienne régionale avant de rejoindre la presse magazine pour mettre son savoir-faire éditorial au service de l'un de ses domaines de prédilection, la santé, forme et bien-être. Très attaché à la rigueur éditoriale, à la pertinence de l'investigation et au respect de la langue française, il façonne des écrits aux vertus résolument préventives et pédagogiques, accessibles à tous les lecteurs.

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