Un biologiste effectue des prélèvements de sang pour déterminer la présence de Pfas dans l'organisme.
Les prélèvements des 300 habitants sélectionnés dans l'étude seront effectués d'ici la fin de l'année. © DC Studio / Freepik

C’est une première à l’échelle métropolitaine : 300 habitants du Grand Lyon vont participer à une vaste étude épidémiologique pour mesurer concrètement leur exposition aux PFAS, ces “polluants éternels” qui suscitent une vive inquiétude dans la vallée de la chimie. Le sud de l’agglomération lyonnaise est en effet l’un des territoires les plus touchés de France. Cette campagne inédite de prélèvements sanguins, qui débutera d’ici la fin 2025, vise à comprendre dans quelle mesure les populations locales sont imprégnées par ces substances chimiques persistantes et d’évaluer leur impact réel sur leur santé.

Une nouvelle étape vient d’être franchie dans la lutte contre les PFAS à Lyon. Ce vendredi 3 octobre, la Métropole de Lyon a annoncé le lancement de la phase opérationnelle du projet PERFAO, une étude épidémiologique ambitieuse destinée à mesurer l’exposition réelle des habitants aux substances per- et polyfluoroalkylées.

Ces composés chimiques, présents dans de nombreux produits du quotidien, sont aujourd’hui pointés du doigt pour leur toxicité potentielle et leur extrême persistance dans l’environnement. Et le scandale sanitaire dépasse largement les frontières françaises.

Le sud de Lyon est l’un des principaux “hotspots” hexagonaux. 300 habitants du Grand Lyon – adultes et enfants – seront sélectionnés dans les prochaines semaines pour participer à une campagne de prélèvements sanguins couplée à un questionnaire épidémiologique approfondi. L’objectif est clair : caractériser les niveaux d’imprégnation aux PFAS, comprendre les vecteurs de contamination (air, eau, alimentation) et évaluer d’éventuels effets sur la santé.

Une démarche construite avec les habitants

Ce projet ne sort pas de nulle part. Entre octobre 2023 et janvier 2025, huit ateliers participatifs ont été organisés sur le territoire métropolitain. Ces sessions ont permis aux chercheurs de construire la méthodologie avec les citoyens eux-mêmes.

Les habitants ont contribué à l’élaboration du questionnaire épidémiologique, en s’appuyant sur la trame de l’étude nationale ALBANE menée par Santé Publique France et l’ANSES, adaptée localement.

Cette approche de science participative est l’une des fondamentaux du projet PERFAO. En impliquant directement les populations concernées – notamment celles du sud de la métropole, à proximité de la plateforme chimique des communes de Pierre-Bénite, ainsi qu’à Givors, Grigny et Solaize –, l’étude gagne en légitimité scientifique et en pertinence territoriale.

3 000 courriers pour recruter 300 participants

La sélection du panel est en cours. D’ici novembre, près de 3 000 courriers personnalisés seront envoyés à des habitants présélectionnés par un institut de sondage. Ceux-ci devront appeler un numéro dédié pour confirmer leur souhait de participer. Les critères sont précis : âge, sexe, ancienneté de résidence, et absence de contre-indications médicales.

Au final, 300 personnes seront retenues : 150 vivant à proximité immédiate de la plateforme chimique, et 150 issues des communes voisines, dans un souci de représentativité géographique et sociale. Les premiers prélèvements sanguins sont attendus avant la fin 2025.

Pourquoi s’inquiéter des PFAS dans la région lyonnaise ?

Les PFAS – surnommés les “polluants éternels” – sont des substances particulièrement préoccupantes. Utilisés dans l’industrie pour leurs propriétés antiadhésives ou imperméabilisantes, on les retrouve dans des mousses anti-incendie, les textiles, les revêtements de poêles, et même certains emballages alimentaires.

Leur problème principal ? Ils ne se dégradent quasiment pas et s’accumulent dans l’environnement… mais aussi dans l’organisme humain.

La vallée de la chimie, au sud de Lyon, fait partie des zones les plus concernées en France. Des analyses ont révélé la présence de PFAS dans les nappes phréatiques, les rivières comme le Rhône, l’air ambiant, et jusqu’au robinet. Plusieurs enquêtes journalistiques et alertes d’associations environnementales ont tiré la sonnette d’alarme depuis 2022, pointant les rejets industriels et l’absence de réglementation stricte jusqu’alors.

Des risques sanitaires encore mal connus

Les PFAS sont suspectés de provoquer de nombreux effets délétères sur la santé. Certaines études les associent à des troubles hormonaux, une baisse de la fertilité, une altération du système immunitaire, ou encore un risque accru de certains cancers, comme le cancer des testicules ou du rein. Mais les données restent encore parcellaires et souvent issues de recherches internationales.

C’est justement pour documenter ces risques à l’échelle locale que le projet PERFAO a vu le jour. Grâce aux analyses biologiques, les chercheurs pourront mesurer la concentration de 32 molécules de PFAS dans le sang des participants et croiser ces données avec leur état de santé, leurs habitudes de vie et leur exposition environnementale.

Une stratégie régionale de lutte contre les PFAS

Face à cette pollution invisible mais persistante, les pouvoirs publics commencent à agir. En juin 2025, la préfecture d’Auvergne-Rhône-Alpes a présenté ses priorités pour réduire la pollution aux PFAS, dans le cadre de la feuille de route régionale santé-environnement.

Parmi les actions phares annoncées : le renforcement des contrôles environnementaux, l’accélération des mesures de surveillance des eaux, l’appui aux recherches scientifiques indépendantes, et surtout, la réduction des rejets industriels à la source. Des discussions sont également en cours pour restreindre l’usage de certains PFAS non essentiels, en lien avec les négociations européennes.

Des attentes fortes de la part des habitants

Sur le terrain, la mobilisation citoyenne ne faiblit pas. De nombreux collectifs locaux, parents d’élèves, médecins ou élus locaux, à l’image du député Cyrille Isaac-Sibille qui en a fait l’un de ses chevaux de bataille, réclament des réponses concrètes et rapides. L’étude PERFAO, bien que scientifique, est perçue comme une première étape essentielle vers une prise de conscience collective.

Comme l’indique la Métropole de Lyon dans son communiqué, « cette campagne vise à mieux comprendre les transferts entre l’environnement et l’humain, et à adapter les politiques publiques à la réalité des expositions constatées ». En d’autres termes, il s’agit de sortir du flou et de passer à une action fondée sur des données précises et locales.

Alors que la question des PFAS s’impose de plus en plus dans le débat sanitaire et environnemental, Lyon fait aujourd’hui figure de laboratoire à ciel ouvert, avec l’ambition de répondre à une préoccupation devenue majeure pour des milliers de Français exposés.

À SAVOIR

Le projet est piloté par l’Institut Écocitoyen pour la Connaissance des Pollutions de Fos-sur-Mer en partenariat avec la Métropole de Lyon, l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes, mais également les Hospices Civils de Lyon, le Laboratoire d’Étude des Résidus et Contaminants dans les Aliments, Sciences Po Lyon ou encore l’École Nationale des Travaux Publics de l’État.

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Journaliste expert santé / Rédacteur en chef adjoint du Groupe Ma Santé. Journaliste depuis 25 ans, Philippe Frieh a évolué dans la presse quotidienne régionale avant de rejoindre la presse magazine pour mettre son savoir-faire éditorial au service de l'un de ses domaines de prédilection, la santé, forme et bien-être. Très attaché à la rigueur éditoriale, à la pertinence de l'investigation et au respect de la langue française, il façonne des écrits aux vertus résolument préventives et pédagogiques, accessibles à tous les lecteurs.

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