Une ville confrontée aux chaleurs extrêmes liées au réchauffement climatique.
Nous vivons déjà dans un monde environ 1,4 °C plus chaud qu’avant l’industrialisation. © Freepik

Canicules plus fréquentes, allergies qui s’éternisent, moustiques vecteurs de maladies en progression, nuits trop chaudes pour récupérer… Publié ce 22 avril 2026, le rapport du Lancet Countdown Europe dresse un constat sans détour : le changement climatique n’abîme pas seulement les glaciers ou les forêts. Il fragilise déjà la santé des Européens. Et la France n’est pas en marge du phénomène. Le point. 

Pendant longtemps, le changement climatique a semblé se mesurer en tonnes de CO₂, en records de température ou en banquise qui fond au loin. Des données essentielles, bien sûr. Mais il manque parfois la question la plus concrète : qu’est-ce que cela change pour notre santé, ici et maintenant ?

C’est précisément l’objet du Lancet Countdown Europe 2026, publié ce 22 avril. Cette initiative scientifique, adossée à la revue médicale internationale The Lancet, suit année après année les liens entre climat et santé sur le continent européen. Elle rassemble des chercheurs de plusieurs disciplines : médecine, épidémiologie, environnement, économie, santé publique.

Et en Europe,cle dérèglement climatique est déjà un facteur de risque sanitaire mesurable. Ce n’est donc plus un sujet réservé à 2050. Il concerne déjà les urgences, les cabinets médicaux, les personnes fragiles… et parfois nos propres étés.

La chaleur extrême : un danger sous-estimé

Une canicule n’est pas seulement une période inconfortable où l’on cherche un ventilateur ou une climatisation. C’est un épisode pouvant entraîner 

Selon Santé publique France, l’été 2022 reste à ce jour le plus meurtrier depuis la canicule historique de 2003 en matière de mortalité liée à la chaleur. L’agence sanitaire estime que plus de 10 000 décès ont été associés aux épisodes de chaleur survenus entre juin et septembre 2022, toutes périodes confondues. 

Qui sont les plus touchés par ces vagues de chaleur ? 

Si les personnes âgées demeurent les plus exposées, les impacts concernent l’ensemble de la population, y compris des adultes plus jeunes, notamment en cas de maladie chronique, de travail physique, d’isolement ou de logement mal adapté à la chaleur.

Le rapport du Lancet Countdown Europe rappelle que l’exposition des populations européennes aux vagues de chaleur augmente. Et les villes chauffent davantage que les zones rurales. Béton, bitume, manque de végétation, bâtiments qui stockent la chaleur… ce que l’on appelle les “îlots de chaleur urbains” peuvent maintenir des températures élevées jusque tard dans la nuit.

La nuit aussi peut devenir une épreuve. Dormir dans un logement trop chaud empêche le corps de récupérer correctement. Quand les nuits étouffantes se répètent, l’organisme s’épuise, les personnes fragiles vacillent et même les plus solides finissent par s’user.

Les allergies respiratoires : la saison qui n’en finit plus

Yeux qui piquent, gorge irritée, éternuements en rafale… Pour des millions d’Européens, le printemps ressemble de plus en plus à une épreuve d’endurance. Car là aussi, le climat change la donne.

Selon le Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA), les saisons polliniques tendent à commencer plus tôt et peuvent durer plus longtemps selon les espèces végétales et les conditions météorologiques. Des températures plus douces, des hivers moins marqués et une concentration plus élevée de CO₂ peuvent favoriser la croissance de certaines plantes et la production de pollen.

Concrètement, cela signifie que des personnes allergiques peuvent souffrir plus tôt dans l’année, plus longtemps, voire plus intensément. Et certains qui n’étaient jusque là pas allergique, le deviennent.

L’ambroisie en est un bon exemple. Cette plante invasive, très allergisante, progresse dans plusieurs régions françaises. Selon l’Observatoire des ambroisies, piloté par FREDON France, son pollen peut provoquer rhinite, conjonctivite, toux, asthme ou aggravation de maladies respiratoires existantes.

Dengue, chikungunya : des maladies autrefois “lointaines” se rapprochent

Le principal acteur s’appelle Aedes albopictus, plus connu sous le nom de moustique tigre. Selon Santé publique France, il s’est implanté dans 81 départements français depuis son introduction au début des années 2000.

Pourquoi sa progression ? Les échanges internationaux jouent un rôle majeur, mais les conditions climatiques influencent aussi sa capacité à s’installer, survivre et se reproduire.

Le moustique tigre peut transmettre, dans certaines conditions, des virus comme :

  • la dengue ;
  • le chikungunya ;
  • le Zika.

En France métropolitaine, des cas dits autochtones, c’est-à-dire contractés localement sans voyage à l’étranger, ont déjà été signalés ces dernières années. Selon Santé publique France, plusieurs épisodes de transmission locale de dengue ont été documentés depuis 2010.

Nous ne sommes pas face à une explosion généralisée. Mais le rapport du Lancet Countdown Europe souligne que les conditions favorables à ces transmissions progressent dans certaines régions européennes. 

Pollution de l’air et climat : le duo toxique

Le changement climatique n’agit pas seul. Il interagit avec d’autres facteurs, notamment la pollution atmosphérique.

Selon l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), la pollution de l’air reste l’un des principaux risques environnementaux pour la santé en Europe. Les particules fines, le dioxyde d’azote ou l’ozone sont associés à des maladies cardiovasculaires, respiratoires et à une mortalité prématurée.

Or les épisodes de chaleur peuvent favoriser certains polluants, notamment l’ozone troposphérique, irritant pour les voies respiratoires. Les incendies de forêt, plus probables lors de sécheresses intenses, dégradent eux aussi la qualité de l’air sur de vastes zones.

Autrement dit, air plus chaud, parfois air plus sale, donc organisme plus sollicité.

Comme souvent en santé publique, les risques ne se répartissent pas équitablement. Sont particulièrement exposés :

  • les personnes âgées ;
  • les nourrissons et jeunes enfants ;
  • les personnes souffrant de maladies chroniques ;
  • les travailleurs en extérieur ;
  • les habitants de logements mal isolés ;
  • les personnes précaires ou isolées socialement.

Même en bonne santé, personne n’est totalement hors de portée. Fatigue liée à la chaleur, sommeil dégradé, baisse de concentration, stress, aggravation d’un asthme léger ou d’une allergie saisonnière… les effets peuvent être diffus, progressifs, banalisés.

La France dispose déjà d’outils : 

  • plans canicule, 
  • systèmes d’alerte, 
  • surveillance du moustique tigre, 
  • recommandations sanitaires, 
  • rénovation thermique de certains bâtiments, 
  • végétalisation urbaine dans plusieurs villes.

Mais les experts de santé environnementale insistent régulièrement sur la nécessité d’aller plus loin : 

  • adapter les logements, 
  • repenser l’urbanisme, 
  • protéger les travailleurs exposés, renforcer la prévention, 
  • améliorer la surveillance épidémiologique,
  • réduire les émissions de gaz à effet de serre.

En clair, s’adapter ne suffira pas si le réchauffement se poursuit rapidement.

À SAVOIR 

La chaleur peut aussi perturber certains médicaments. Selon l’ANSM, des traitements comme les diurétiques, antihypertenseurs ou antidépresseurs peuvent augmenter le risque de déshydratation ou de malaise en période de canicule. Il ne faut jamais les arrêter seul, mais demander conseil à un professionnel de santé.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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