Publiée le 7 avril 2026 dans la revue Environment International et présentée le 22 avril par l’Inserm, une étude menée avec l’Université Grenoble Alpes et le CNRS montre qu’en réduisant fortement l’usage des cosmétiques pendant cinq jours, l’exposition à plusieurs substances chimiques, dont le bisphénol A et certains parabènes, diminue rapidement.
Le matin, tout va vite. Gel douche, shampoing, dentifrice, crème hydratante, déodorant, parfois maquillage ou parfum… En quelques minutes, plusieurs produits se succèdent dans la salle de bain, souvent sans y penser. Pris séparément, ils paraissent anodins. Additionnés chaque jour, les cosmétiques constituent pourtant une source d’exposition chimique non négligeable.
C’est ce qu’ont voulu évaluer des chercheurs de l’Inserm, de l’Université Grenoble Alpes et du CNRS, réunis au sein de l’Institut pour l’avancée des biosciences.
Dans une étude publiée le 7 avril 2026 dans la revue scientifique Environment International, puis présentée le 22 avril 2026 par l’Inserm, les chercheurs montrent qu’une forte réduction de l’usage des cosmétiques pendant cinq jours suffit à faire baisser rapidement les traces urinaires de plusieurs substances chimiques, dont certaines suspectées de perturber le système hormonal.
Perturbateurs endocriniens : de quoi parle-t-on exactement ?
Les perturbateurs endocriniens sont des substances capables d’interférer avec le système hormonal. Le système endocrinien pilote de nombreuses fonctions vitales :
- croissance,
- fertilité,
- métabolisme,
- sommeil,
- humeur,
- puberté,
- grossesse,
- développement cérébral.
Les hormones agissent comme des messagers chimiques. Lorsqu’une substance extérieure mime, bloque ou dérègle ces signaux, elle peut perturber cet équilibre.
Selon l’Inserm, les données scientifiques suggèrent que certains perturbateurs endocriniens peuvent être associés à des effets sur la reproduction, le métabolisme, le neurodéveloppement ou certaines pathologies hormonodépendantes, même si les niveaux de preuve varient selon les substances.
Tous ne se valent donc pas. Certains sont avérés, d’autres seulement suspectés, d’autres encore en cours d’évaluation.
Perturbateurs endocriniens : les cosmétiques à l’étude !
Comment l’étude a-t-elle été menée ?
Les chercheurs ont recruté une centaine d’étudiantes grenobloises âgées de 18 à 30 ans. Pendant cinq jours, elles ont dû limiter fortement le nombre de produits cosmétiques utilisés au quotidien.
Le protocole prévoyait également le remplacement de certains produits d’hygiène habituels (savon, dentifrice ou autres soins de base) par des alternatives fournies par les chercheurs, formulées sans plusieurs familles de substances recherchées :
- phénols synthétiques,
- parabènes,
- phtalates,
- éthers de glycol.
Durant l’expérience, de nombreux prélèvements urinaires ont été réalisés afin de mesurer l’évolution des concentrations chimiques. Beaucoup de ces composés sont éliminés rapidement par l’organisme, ce qui permet de suivre les variations à court terme.
Exposition chimique : des baisses rapides, parfois marquées
Après seulement cinq jours de réduction de l’usage des cosmétiques, les chercheurs ont observé une baisse d’environ 40 % des concentrations urinaires de bisphénol A (BPA).
Ce composé, classé comme substance « très préoccupante » par les autorités européennes, est reconnu comme perturbateur endocrinien avéré et également suspecté d’effets nocifs sur la reproduction.
Le BPA n’est pas le seul concerné. Selon l’Inserm, d’autres substances chimiques ont également diminué au cours de l’expérience, parmi lesquelles certains parabènes, utilisés comme conservateurs, des phtalates, parfois employés comme plastifiants ou fixateurs de parfum, ainsi que des phénols synthétiques et des éthers de glycol.
Ces composés peuvent être présents dans divers produits du quotidien (crèmes hydratantes, déodorants, parfums, maquillage, shampoings ou gels douche) mais aussi dans les flacons, tubes plastiques et emballages qui les contiennent.
Pourquoi les cosmétiques sont concernés ?
Un produit cosmétique n’est pas forcément « toxique ». Il répond à une réglementation européenne stricte. Mais certains ingrédients ou contaminants peuvent contribuer à l’exposition globale. On retrouve notamment, selon les formulations :
- des conservateurs (certains parabènes) ;
- des solvants ;
- des plastifiants ;
- des filtres UV dans certains soins ou maquillages ;
- des parfums de synthèse ;
- des composés issus aussi de l’emballage.
Une leçon très concrète : la sobriété cosmétique
Le grand mérite de cette étude est peut-être là : elle rend visible ce qui semblait abstrait. Réduire l’exposition ne passe pas forcément par des achats coûteux ou des produits miracles. Parfois, cela consiste simplement à utiliser moins de choses.
En pratique, cela peut vouloir dire :
- limiter le nombre de produits utilisés chaque jour ;
- éviter les doublons (trois crèmes pour une même fonction, par exemple) ;
- privilégier les formules simples ;
- réserver certains produits occasionnels à un usage occasionnel ;
- aérer les pièces où l’on utilise sprays et aérosols.
Une forme de minimalisme sanitaire.
Perturbateurs endocriniens : la France en première ligne sur le sujet
La France figure parmi les pays européens les plus engagés sur la question des perturbateurs endocriniens. Elle a notamment interdit le bisphénol A dans les contenants alimentaires dès 2015, avant plusieurs voisins européens, et lancé en 2014 sa première Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens, pilotée par les pouvoirs publics.
Mais les autorités reconnaissent elles-mêmes que le chantier reste ouvert. Dans un rapport publié en 2023, l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable estimait que des progrès restaient nécessaires, notamment sur la surveillance des expositions réelles de la population et la réduction des sources du quotidien.
À SAVOIR
Selon l’ANSES, la mention « parfum » sur l’étiquette d’un cosmétique peut regrouper plusieurs dizaines de substances. Elles ne sont pas forcément des perturbateurs endocriniens, mais certaines peuvent être allergisantes, irritantes ou simplement ajouter à l’exposition chimique globale liée à l’usage quotidien de nombreux produits.








