Une jeune fille qui se maquille avec des produits cosmétiques de contrefaçons achetés sur des sites chinois douteux.
Certains dupes contiennent des niveaux de phtalates 229 fois supérieurs aux limites européennes et du plomb signalé à 11 fois la dose tolérée. © Freepik

Séduisants sur TikTok, craquants sur Temu, les “dupes” cosmétiques font fureur chez les jeunes. Mais derrière le mascara à 3 €, c’est une autre histoire : substances toxiques, contrefaçons déguisées, traçabilité aux abonnés absents… La FEBEA tire la sonnette d’alarme. Explications.

“Dupe” vient de l’anglais “duplicate”. Sur les réseaux, c’est la nouvelle chasse au trésor : trouver la copie d’un parfum de luxe ou d’un rouge à lèvres iconique… pour dix fois moins cher. Sauf que ces “bons plans” ne sont pas sans conséquences.

Selon une étude menée par le cabinet C-Ways pour la FEBEA (Fédération des Entreprises de la Beauté), 31 % des Français ont acheté au moins un dupe cosmétique en 2024. Et 96 % d’entre eux ignorent les risques sanitaires associés. Autrement dit, beaucoup se maquillent les yeux… sans vraiment ouvrir les leurs.

Le piège des plateformes douteuses

Les dupes pullulent sur des sites comme Temu, Shein ou AliExpress. Ils arrivent directement de pays hors Union européenne, sans aucun contrôle sanitaire digne de ce nom. Résultat : ces produits ne respectent pas les réglementations européennes, 

Les dupes cosmétiques envahissent des plateformes de vente en ligne très populaires comme Temu, Shein ou AliExpress. Ces sites, bien connus pour leurs prix ultra-compétitifs, fonctionnent souvent en direct avec des fournisseurs situés hors Union européenne, notamment en Asie. Les produits sont expédiés individuellement, sans passer par les circuits traditionnels d’importation.

Contrairement aux cosmétiques vendus en France ou dans l’UE, ces dupes ne sont soumis à aucune vérification réglementaire sérieuse avant leur arrivée sur le territoire.

Résultat : beaucoup échappent aux normes strictes imposées par la réglementation européenne (le règlement cosmétique CE n°1223/2009, pour les plus pointilleux), pourtant parmi les plus strictes au monde selon la  FEBEA. Ce vide réglementaire rend tout contrôle quasiment impossible, sauf une fois le produit déjà entre les mains du consommateur. Et là, il est souvent trop tard.

Une composition inquiétante

Sous leurs emballages soignés et leur prix mini, les dupes cosmétiques cachent parfois de véritables bombes chimiques. En l’absence de réglementation claire ou de contrôle préalable, il n’est pas rare que ces produits ne mentionnent pas tous leurs ingrédients, ou qu’ils présentent une liste partielle, parfois traduite approximativement, voire totalement absente. 

La FEBEA signale que plusieurs contrôles menés par les autorités françaises ont conduit au rappel de produits vendus sur des plateformes comme Temu, qui contenaient des substances interdites en Europe, ou présentaient des concentrations dangereuses de composants actifs. Parmi eux, des allergènes puissants, des conservateurs non autorisés, ou encore des perturbateurs endocriniens.

L’absence totale de traçabilité ajoute une couche d’opacité supplémentaire. Aucun moyen de savoir où, comment, ni dans quelles conditions ces cosmétiques ont été fabriqués. Et quand une réaction allergique ou un autre effet indésirable survient, il devient impossible d’identifier le produit en cause, de remonter jusqu’au fabricant ou d’enclencher un rappel sanitaire efficace.

Un phénomène générationnel

Boostés par la crise du pouvoir d’achat et la montée en puissance de TikTok depuis la pandémie, les dupes séduisent surtout la génération Z et les Millennials. Nés avec un smartphone dans la main et habitués aux achats rapides en ligne, ils sont les premiers exposés à la promesse alléchante des produits « comme les grands mais moins chers ».

Aussi, depuis la pandémie, les tutoriels beauté pullulent, avec des influenceurs qui comparent des produits à 100 € avec leur version à 5 €. L’effet viral est immédiat, et les plateformes de vente en ligne surfent sur cette tendance pour proposer des alternatives toujours plus nombreuses.

Selon l’étude C-Ways pour la FEBEA, l’intérêt pour les dupes grimpe en flèche pendant les fêtes de fin d’année, une période où la tentation du cadeau abordable est à son comble. Mais ce qui se veut un achat malin peut vite virer à la mauvaise surprise, tant en termes de qualité que de sécurité.

Un achat pas si anodin

Ce qui inquiète les professionnels du secteur, ce n’est pas seulement l’impact économique, c’est aussi la banalisation d’un comportement à risque. Beaucoup de jeunes ne perçoivent pas l’achat d’un dupe comme problématique. Et pourtant, ces copies relèvent souvent de la contrefaçon pure et simple, une infraction passible de sanctions en France.

“Acheter un dupe, ce n’est pas juste faire une économie, c’est aussi financer potentiellement un réseau criminel”, prévient Christian Peugeot, président de l’Unifab (Union des Fabricants), qui s’est associé à la FEBEA pour alerter sur les dangers des contrefaçons cosmétiques.

“Il est urgent d’encadrer ces pratiques et d’informer le public”, insiste Emmanuel Guichard, Délégué général de la FEBEA. À l’occasion de la Journée mondiale anti-contrefaçon le 4 juin dernier, la fédération appelle tous les acteurs (plateformes, marques, influenceurs, pouvoirs publics et consommateurs) à faire bloc.

La solution ne passe pas par l’interdiction pure et simple, mais par une vraie pédagogie. Oui, il existe des marques françaises abordables, des innovations (formats rechargeables, versions concentrées) qui rendent la beauté accessible sans renier la qualité.

À SAVOIR

Selon l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), 6 % des cosmétiques analysés en Europe contiennent des PFAS, des substances chimiques suspectées d’être cancérigènes et perturbatrices endocriniennes. Alors imaginez ce que l’on peut retrouver dans des dupes non contrôlés, vendus hors de toute réglementation… Un vrai risque pour la santé.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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