Un apiculteur inquiet de la menace des insecticides.
Les apiculteurs sont les premiers à s'inquiéter du retour de l'acétamipride, jugé particulièrement néfaste pour les abeilles, dans l'arsenal des insecticides autorisés. © Freepik / azerbaijan_stockers

Adoptée début juillet 2025, la loi Duplomb prévoit de réintroduire, sous conditions strictes, l’usage de l’acétamipride, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes, pourtant banni en France depuis plusieurs années, mais toujours massivement utilisé en Europe. En moins de deux semaines, une pétition citoyenne lancée pour son abrogation a franchi le million de signatures sur le site de l’Assemblée nationale, preuve des inquiétudes suscitées par les effets de ce pesticide sur la santé, sur les pollinisateurs et sur l’environnement. Le point.

Un million de signatures en quelques jours… Le succès de la pétition relayée par une étudiante suite à l’adoption de la loi Duplomb par l’Assemblée nationale révèle à quel point les inquiétudes sont vives quant aux effets potentiels des pesticides sur la santé.

En autorisant, sous conditions, l’usage de l’acétamipride – un insecticide de la famille des néonicotinoïdes –, ce texte de loi remet en effet en question les garde-fous mis en place ces dernières années pour limiter l’exposition de la population à des substances chimiques suspectées d’effets neurotoxiques. Plusieurs travaux scientifiques alertent sur la persistance de ces molécules dans l’environnement et sur leur possible impact sur le développement neurologique, en particulier chez les enfants.

Ces interrogations sont-elles légitimes ? Quels sont les objectifs de la loi Duplomb ? Et, surtout, à quoi sert le pesticide incriminé ?

Adoptée par l’Assemblée nationale le 8 juillet 2025, la loi Duplomb vient répondre à des préoccupations économiques exprimées par certaines filières agricoles (betterave sucrière, noisette, colza…). Elle autorise à nouveau, de manière encadrée, l’utilisation de l’acétamipride, un insecticide appartenant à la famille des néonicotinoïdes. Ces substances sont reconnues pour leur efficacité contre certains insectes ravageurs, mais également pour leur toxicité envers les pollinisateurs et leur impact environnemental durable.

La France avait interdit tous les néonicotinoïdes en 2018, puis renforcé cette interdiction en 2023 à la suite d’une décision du Conseil d’État annulant les dérogations accordées pour la culture de la betterave sucrière.

La loi prévoit un cadre restrictif : l’utilisation de l’acétamipride ne peut être autorisée qu’en l’absence d’alternatives efficaces, après évaluation annuelle, et sous réserve d’un réexamen complet tous les trois ans. Malgré ces garde-fous, la mesure est jugée par de nombreux acteurs comme un recul par rapport aux engagements environnementaux précédemment pris par la France.

Dans les jours qui ont suivi l’adoption de la loi, une pétition a été déposée par une étudiante de 23 ans, Éléonore Pattery, sur la plateforme officielle de l’Assemblée nationale, demandant son abrogation pure et simple.

Dimanche, elle a dépassé le million de signatures. Et alors que celles-ci continuent de s’envoler, cette mobilisation inédite a poussé Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale, à se prononcer en faveur de l’organisation d’un débat dans l’hémicycle, conformément aux usages en cas de dépassement de 500 000 signatures.

Si cela ne préfigure pas de l’assurance d’une abrogation du texte par les débutés, cette mobilisation exprime en tout cas toute l’inquiétude partagée par une part croissante de la population française vis-à-vis de l’usage des pesticides et de leurs conséquences sur la santé publique, la biodiversité et le modèle agricole.

L’acétamipride est aujourd’hui le seul néonicotinoïde encore autorisé dans l’Union européenne. Sa substance active bénéficie d’une approbation européenne jusqu’en 2033. Cette autorisation repose sur une évaluation de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), mais les États membres peuvent, s’ils le jugent nécessaire, appliquer des restrictions supplémentaires sur leur territoire. C’est ce qu’avait fait la France, jusqu’à l’entrée en vigueur de la loi Duplomb.

L’argument avancé par les défenseurs de la loi est celui de l’harmonisation européenne et de la compétitivité agricole. Plusieurs cultures, sont fortement exposées à des ravageurs contre lesquels les alternatives disponibles manquent d’efficacité, ce qui menace la viabilité économique de ces filières. L’acétamipride est, selon eux, une solution ponctuelle et encadrée pour faire face à cette impasse. Le produit est utilisé pour lutter contre divers insectes nuisibles, notamment les pucerons, les cicadelles ou encore les aleurodes qui ravagent la betterave sucrière, le colza, les arbres fruitiers et certaines cultures maraîchères.

L’acétamipride est un insecticide dit “systémique”, c’est-à-dire qu’il est absorbé par la plante et se diffuse dans tous ses tissus, assurant une protection prolongée contre les insectes qui s’en nourrissent. Cette caractéristique rend le produit efficace, mais soulève aussi des inquiétudes quant à sa persistance dans l’environnement et à sa capacité à contaminer les sols, les eaux et les pollinisateurs.

Les données disponibles sur l’acétamipride montrent une forte toxicité chronique pour les abeilles et d’autres insectes pollinisateurs. Même à très faible dose, il peut perturber leur orientation, leur mémoire ou leur capacité à retrouver la ruche. Sa demi-vie dans l’eau atteint en moyenne 420 jours, ce qui signifie qu’il peut rester présent dans les milieux naturels pendant plus d’un an, exposant durablement la faune et la flore.

Sur le plan sanitaire, plusieurs études ont détecté des traces d’acétamipride ou de ses métabolites dans l’organisme humain, notamment chez des nourrissons au Japon et chez de jeunes enfants en Suisse. Ces résultats, bien que préliminaires, ont conduit l’EFSA à reconnaître en 2024 des “incertitudes majeures” quant à ses effets potentiels sur le développement neurologique.

Enfin, la dérogation accordée par la loi Duplomb contourne en partie les évaluations rigoureuses de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), dont les recommandations ne sont plus contraignantes dans ce cadre. Cette orientation est vivement critiquée par la communauté scientifique, qui y voit un affaiblissement de l’expertise indépendante.

Un débat parlementaire officiel devrait donc s’ouvrir dans les semaines à venir, avec la possibilité d’un examen d’une proposition de loi visant à abroger ou modifier le texte. Reste à savoir dans quelle mesure la pression citoyenne, voire scientifique et politique, ouvrira la voie à une révision anticipée…

À SAVOIR

L’usage des pesticides est désigné comme le premier responsable du déclin continu des abeilles, avant la perte de biodiversité, le changement climatique, la menace de parasites comme le varroa ou l’appauvrissement des ressources florales. En France, environ 30 % des colonies d’abeilles domestiques disparaissent chaque année, selon les chiffres rapportés par l’Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE). Ce taux de mortalité est trois fois supérieur au seuil considéré comme acceptable par les apiculteurs, qui est d’environ 10 %. Ce phénomène s’observe également à l’échelle mondiale, avec des baisses importantes de populations d’abeilles sauvages et domestiques, menaçant jusqu’à 75 % des cultures dépendantes de la pollinisation.

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Journaliste expert santé / Rédacteur en chef adjoint du Groupe Ma Santé. Journaliste depuis 25 ans, Philippe Frieh a évolué dans la presse quotidienne régionale avant de rejoindre la presse magazine pour mettre son savoir-faire éditorial au service de l'un de ses domaines de prédilection, la santé, forme et bien-être. Très attaché à la rigueur éditoriale, à la pertinence de l'investigation et au respect de la langue française, il façonne des écrits aux vertus résolument préventives et pédagogiques, accessibles à tous les lecteurs.

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