Une femme présentant les symptômes de la maladie d'Alzheimer.
En France comme dans le monde, les projections annoncent un triplement du nombre de malades d'Alzheimer et maladies apparentées d'ici 2050. © Depositphotos_aletia

Alors que la France a lancé à l’automne une nouvelle stratégie nationale dédiée aux maladies dégénératives, la question de la flambée des cas dans le monde sera au cœur de la conférence planétaire sur la maladie d’Alzheimer organisée en avril à Lyon par l’ADI (Alzheimer’s Disease International), la fédération mondiale des associations de lutte contre la maladie d’Alzheimer. Sa présidente, Paola Barbarino, explique les principales raisons de cette explosion tout en soulignant l’optimisme suscité par les nombreux essais cliniques en cours pour tenter de ralentir, voire de vaincre la maladie.

Conséquence du vieillissement de la population et d’une amélioration des techniques de diagnostic, la maladie d’Alzheimer et ses pathologies apparentées progressent dans le monde entier. Mais la recherche fait aussi des pas de géant, laissant espérer une issue à ce que l’on a longtemps qualifié de rivière sans retour.

Alors que les meilleurs experts de la planète ont rendez-vous à Lyon du 14 au 16 avril pour un grand congrès international, la présidente de l’Alzheimer’s Disease International, la Fédération mondiale des associations de lutte contre la maladie d’Alzheimer, détaille les grands enjeux qui animeront les débats de l’événement. Des enjeux au sein desquels la France, pour Paola Barbarino, a clairement un rôle moteur à jouer.

Pourquoi avoir choisi la France et Lyon pour ce congrès mondial 2026 ?

Parce que le moment était parfait pour que la France soit le pays hôte. En septembre dernier, la France a lancé une nouvelle stratégie dédiée aux maladies neurodégénératives et nous souhaitons qu’elle soit concrètement mise en œuvre.

Pendant trop longtemps, il n’y a pas eu de plan national pluriannuel dédié à la maladie d’Alzheimer et aux maladies apparentées en France. Je rappelle que, selon notre rapport « From Plan to Impact VIII » publié lors de l’Assemblée mondiale de la santé en mai, seuls 45 États membres de l’OMS ont mis en place des plans nationaux de lutte contre la maladie d’Alzheimer. C’est insuffisant.

Dans quelle mesure la France affiche-t-elle un retard ?

Paola Barbarino, présidente de l'ADI, fédération mondiale des associations de lutte contre la maladie d'Alzheimer.
Paola Barbarino © ADI

De 2014 à 2019, la France a intégré la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées dans le « Plan maladies neurodégénératives ». Mais avant le 4 septembre dernier, elle n’avait pas mis en place de plan pluriannuel spécifique, financé et véritablement déployé.

Il est extrêmement important, en particulier dans un contexte d’arrivée de traitements innovants, d’innovations diagnostiques et de nécessité de mieux soutenir les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, de disposer d’un plan national.

Il est impératif d’attirer l’attention de la France sur la priorité de santé publique qu’est la maladie d’Alzheimer dans ce pays, car il ne fait aucun doute que les besoins des citoyens en matière de soutien vont augmenter à mesure que celle-ci se répand.

En quoi le congrès mondial de Lyon va-t-il favoriser la mobilisation française ?

Nous espérons également que l’ensemble des parties prenantes en France sera mobilisé. Les yeux du monde entier seront braqués sur la volonté politique française de répondre à cet enjeu majeur de santé publique.

La France a l’honneur et l’opportunité de se présenter comme un des principaux acteurs mondiaux dans le domaine des soins, du soutien et du traitement des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, de leurs aidants, et de leurs familles.

Quels sont les derniers chiffres sur l’impact de la maladie d’Alzheimer à travers le monde ?

On estime qu’à l’heure actuelle, plus de 55 millions de personnes dans le monde sont atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée. L’OMS prévoit que ce nombre atteindra malheureusement 78 millions de personnes d’ici 2030 et 139 millions d’ici 2050.

Si on considère les chiffres de l’Institut pour la mesure et l’évaluation de la santé (IHME), en France, on constate que plus de 1,4 million de personnes vivent actuellement avec la maladie d’Alzheimer ou une maladie apparentée et ils estiment que ce chiffre dépassera 2,3 millions d’ici 2050.

On évoque un triplement de ces chiffres à l’horizon 2050. Comment expliquer un tel phénomène ?

Nous observons un vieillissement de la population à l’échelle mondiale. Selon les estimations de l’ONU, entre 2015 et 2050, la proportion de la population mondiale âgée de plus de 60 ans va presque doubler, passant de 12 % à 22 %. De plus, comme nous le savons, l’âge est le principal facteur de risque de développement de la maladie Alzheimer. Il n’est donc pas surprenant que le nombre de cas de cette maladie augmente également.

Nous constatons aussi une augmentation des technologies et des capacités de diagnostic à l’échelle mondiale, ce qui laisse présager une augmentation du nombre de cas dans le monde entier.

Certaines zones géographiques ou certaines populations sont-elles plus exposées à cette accélération de la maladie ?

Selon les données recueillies en 2022 par l’Institute for Health Metrics and Evaluation, les régions qui connaîtront la plus forte augmentation en pourcentage des cas de maladie d’Alzheimer et de maladies apparentées entre 2020 et 2050 sont l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient avec 367 % de hausse, l’Afrique subsaharienne centrale avec 332 %, l’Afrique subsaharienne orientale avec 357 % et l’Afrique subsaharienne occidentale avec 348 %.

Comme publié par l’ADI dans notre rapport de 2015 sur l’impact mondial de la maladie d’Alzheimer, nous observons également une tendance indiquant que les pays à faible revenu connaîtront une augmentation de la prévalence plus importante que leurs homologues à revenu élevé.

Comment explique-t-on ce phénomène ?

Selon un rapport d’ADI publié en 2021, bien que la majorité des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer soient originaires de pays à revenu faible ou intermédiaire, jusqu’à 90 % d’entre elles ne reçoivent pas de diagnostic.

De plus, la stigmatisation et le manque de sensibilisation restent un obstacle majeur au diagnostic à l’échelle mondiale. C’est pourquoi l’amélioration de la sensibilisation, la promotion de capacités de recherche accrues et l’amélioration de l’accès au diagnostic à l’échelle mondiale restent certains des principaux objectifs opérationnels d’ADI.

L’âge moyen de déclaration de la maladie a-t-il tendance à baisser ?

Avec l’amélioration des capacités de diagnostic à l’échelle mondiale, on peut s’attendre à une augmentation des diagnostics présymptomatiques et à ce que davantage de personnes soient diagnostiquées comme amyloïdes positives à un stade plus précoce.

Cela ouvre la voie à davantage de recherches et d’études sur ces cas présymptomatiques et sur les options, les traitements et le soutien qui pourraient être proposés à l’avenir aux personnes concernées. 

De nombreux experts internationaux seront présents à Lyon. Où en est la recherche ?

Ces dernières années, nous avons constaté d’énormes progrès dans la recherche, les essais cliniques et les avancées concernant la maladie d’Alzheimer. Nous constatons notamment des avancées prometteuses dans les domaines des biomarqueurs sanguins et du diagnostic.

Le développement de biomarqueurs sanguins peut aider à détecter précocement la maladie d’Alzheimer et avoir un impact significatif sur son évolution, en permettant des interventions opportunes susceptibles de ralentir sa progression et d’améliorer la qualité de vie. Ils sont généralement conçus pour être utilisés chez les patients âgés de 55 ans et plus présentant des signes ou des symptômes de troubles cognitifs légers.

En quoi l’intelligence artificielle révolutionne-t-elle la recherche ?

Dans le domaine du diagnostic, nous assistons en effet à l’émergence de nouvelles technologies d’intelligence artificielle, parallèlement à d’autres technologies telles que les technologies mobiles et portables, qui peuvent offrir une opportunité unique de détecter les maladies neurodégénératives de manière rapide et économique.

L’IA peut faciliter l’analyse des images diagnostiques de la maladie d’Alzheimer, en particulier lorsque les changements sont plus difficiles à détecter, et aider à la gestion des dossiers médicaux et à l’organisation médicale se mettant en place post-diagnostic.

Parviendra-t-on un jour à vaincre cette maladie ?

Comme pour toute maladie, il faut toujours garder espoir qu’un jour, un remède sera disponible. Les progrès récents en matière de diagnostic, de traitements, d’essais cliniques et de sensibilisation mondiale à la maladie d’Alzheimer et aux maladies apparentées ont renforcé cet espoir.

Nous en sommes à un stade où un nombre impressionnant de médicaments contre ces pathologies sont en cours de développement : en 2025, 182 essais cliniques et 138 nouveaux médicaments étaient en cours d’études (Cummings, et.al, 2025).

Nous constatons des progrès dans le domaine des biomarqueurs sanguins, de l’utilisation de l’IA pour aider à diagnostiquer la maladie d’Alzheimer, ainsi que de nombreuses autres avancées.

Nous devons donc garder espoir qu’un jour, nous vaincrons ces maladies, et les progrès que nous observons confirment que cet espoir est fondé sur les avancées scientifiques actuelles.

À défaut de la vaincre, peut-on l’éviter ou freiner son avancée ?

Des recherches suggèrent que jusqu’à 45 % des cas pourraient être retardés, réduits, voire évités en luttant contre 14 facteurs de risque modifiables, notamment le tabagisme, la pollution, la perte auditive, la priorité accordée à l’activité physique quotidienne, etc.

Bon nombre des facteurs de risque sont également des facteurs de risque d’autres maladies non transmissibles telles que les maladies cardiovasculaires, le diabète, etc.

La liste complète des facteurs de risque modifiables est disponible sur le site web d’ADI.

La France a été précurseur dans la lutte contre la maladie avec le « Plan Alzheimer 2008-2012 ». Ce plan a-t-il été suivi d’effets ?

Le Plan Alzheimer 2008-2012 a été déterminant par son ambition, le budget qui lui a été alloué et le soutien politique dont il a bénéficié. Il a été le Plan qui a véritablement marqué la structuration d’une réponse adaptée aux besoins des personnes vivant avec la maladie d’Alzheimer en France, leurs aidants, et leurs proches. Ce plan a permis la création de structures et de dispositifs adaptés aux besoins et un maillage de grande qualité en centres experts et consultations mémoire.

Il a d’ailleurs eu un écho européen et international et a longtemps été cité comme modèle de plans dans le domaine, pour structurer une réponse à la hauteur des enjeux. Son héritage est encore aujourd’hui très important mais malheureusement, depuis 2012, la volonté politique s’est essoufflée et les plans ou feuilles de route qui ont suivi n’ont pas été à la hauteur. Nous espérons que la nouvelle Stratégie maladies neurodégénératives 2025-2030 le sera avec une volonté politique réaffirmée et un budget ambitieux pour relever le défi posé par ces pathologies à la société française tout entière.

La situation des aidants, eux aussi bien souvent en souffrance, sera-t-elle également abordée lors du congrès de Lyon ?

Bien sûr que oui. Nous plaidons pour consolider l’accès aux soins et l’accompagnement des personnes vivant avec la maladie d’Alzheimer ou une maladie apparentée, mais aussi pour améliorer le soutien à leurs proches aidants et leurs familles. Les aidants sont des acteurs essentiels dans le parcours de soins de leur proche et ils doivent être soutenus dans cet engagement quotidien.

Le fait d’être aidant auprès d’une personne vivant avec la maladie Alzheimer ou une maladie apparentée peut avoir des répercussions sur la santé mentale, physique et sociale de l’aidant. Les aidants sont confrontés à la stigmatisation liée à la maladie au même titre que les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Il est donc extrêmement important de donner la priorité au soutien des aidants, au même titre que celui apporté aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Le Plan d’action mondial de santé publique contre la démence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) priorise sept domaines d’action, dont le cinquième est le « Soutien aux aidants ». Notre programme de conférence sera basé sur ces sept domaines d’action, et nous proposerons plusieurs sessions concernant les besoins des proches aidants et des familles.

À SAVOIR

La 7eme conférence internationale sur la maladie d’Alzheimer, organisé par l’ADI (Alzheimer’s Disease International) et l’association France Alzheimer, aura lieu du 14 au 16 avril 2026 au Centre de Congrès de Lyon. Le plus grand événement consacré à la maladie dans le monde réunit tous les deux ans un millier d’experts et délégués issus de toute la planète.

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Enfant des radios locales, aujourd'hui homme de médias, il fait partager son expertise de la santé sur les supports print, web et TV du groupe Ma Santé AuRA.

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