
Après des décennies de recherches infructueuses, un petit sel minéral, déjà connu en psychiatrie, pourrait-il changer la donne contre la maladie d’Alzheimer ? Des chercheurs de Harvard et plusieurs équipes internationales révèlent en 2025 des résultats spectaculaires obtenus… chez la souris. Faut-il y voir une révolution ou un nouvel emballement scientifique ? On fait le point.
La maladie d’Alzheimer touche aujourd’hui environ 1 million de personnes en France et près de 55 millions dans le monde selon l’OMS. Chaque année, 225 000 nouveaux cas sont diagnostiqués dans l’Hexagone, un chiffre qui devrait doubler d’ici 2050 avec le vieillissement de la population selon l’Inserm et Santé publique France.
Les traitements actuels ? Ils restent très limités : quelques médicaments peuvent atténuer certains symptômes, mais aucun traitement curatif n’existe. Et malgré des milliards investis par l’industrie pharmaceutique, plus de 99 % des essais cliniques sur Alzheimer ont échoué depuis 20 ans selon l’Inserm.
Le lithium, ce « vieil ami » de la psychiatrie
Le lithium n’a rien d’une nouveauté en médecine. Il est utilisé depuis les années 1970 dans le traitement des troubles bipolaires, à fortes doses, pour stabiliser l’humeur. Mais en août 2025, une équipe de l’université Harvard et du Massachusetts Institute of Technology a publié dans Nature une étude retentissante. Chez des souris présentant des signes d’Alzheimer, de très faibles doses de lithium orotate ont permis de restaurer la mémoire, réduire les plaques amyloïdes et les dépôts de protéine tau, deux marqueurs caractéristiques de la maladie.
Concrètement, après quelques semaines de traitement, le cerveau des souris semblait « rajeuni », avec des connexions neuronales renforcées. « C’est la première fois que nous observons une inversion quasi complète des symptômes cognitifs dans un modèle murin d’Alzheimer », explique le Pr Bruce Yankner (Harvard Medical School), co-auteur de l’étude.
Lithium : comment cette substance peut changer le traitement de l’alzheimer ?
Pourquoi est-ce différent cette fois-ci ?
D’autres molécules avaient déjà montré des effets encourageants chez la souris, avant de décevoir chez l’humain. Alors, qu’est-ce qui change avec le lithium ?
- Une action multiple : le lithium ne se contente pas d’attaquer un seul mécanisme. Il agit à la fois sur la protéine tau, les plaques amyloïdes et la myéline qui protège les neurones.
- Une sécurité potentielle : les doses utilisées sont 100 à 1 000 fois plus faibles que celles administrées aux patients bipolaires, réduisant le risque d’effets secondaires bien connus (atteintes rénales, thyroïdiennes).
- Un coût dérisoire : le lithium est une molécule ancienne, peu coûteuse, et déjà bien connue des médecins.
Des essais cliniques… mais pas avant plusieurs années
L’enthousiasme doit toutefois être tempéré. Car rappelons-le, ces résultats ne concernent que des modèles animaux. Or, la maladie d’Alzheimer chez l’humain est infiniment plus complexe.
Les chercheurs appellent donc à lancer rapidement des essais cliniques. Selon France 24, plusieurs laboratoires européens et américains sont déjà en discussion avec les agences de régulation pour mettre en place des tests sur des volontaires. Mais le processus prendra des années :
- Phase I (sécurité) : d’ici 2026-2027.
- Phase II (efficacité préliminaire) : vers 2028-2029.
- Phase III (large échelle) : pas avant 2030.
Bref, aucun patient français ne doit se précipiter à prendre du lithium en automédication. À dose non contrôlée, le produit peut être toxique pour les reins et le cœur.
Qu’en est-il des plantes qui « nettoient » le cerveau ?
En parallèle de l’annonce sur le lithium, certains médias grand public ont relayé une étude sur une plante aromatique qui « nettoierait le cerveau » et protégerait contre Alzheimer.
Prudence là encore, il s’agit de tests précliniques sur souris, sans preuve solide chez l’humain. Des plantes comme le curcuma, le ginseng ou la Bacopa monnieri font l’objet de recherches sérieuses, mais leur effet reste marginal comparé aux enjeux colossaux de la maladie selon l’Inserm.
À SAVOIR
Depuis mai 2025, la FDA américaine a validé le premier test sanguin pour aider au diagnostic d’Alzheimer. Baptisé Lumipulse, il mesure deux protéines clés liées à la maladie. Résultat : une simple prise de sang, avec une fiabilité de plus de 90 %, peut désormais remplacer des examens lourds comme la ponction lombaire ou le PET scan.







