La manière dont nous marchons fait pourtant partie de notre langage corporel. Tête haute ou regard rivé au sol, nos gestes quotidiens traduisent parfois un état d’esprit. La posture et la direction du regard en marchant peuvent refléter certaines dispositions émotionnelles, comme la timidité, l’introspection ou la confiance en soi. Alors, que raconte votre façon de marcher ?
La démarche est une forme de communication non verbale. Le psychologue américain Albert Mehrabian, spécialiste de la communication non verbale, soulignait dès les années 1970 que les attitudes corporelles participent fortement à la perception que les autres ont de nous.
La psychologie sociale s’intéresse depuis longtemps à ces signaux corporels. Posture fermée ou ouverte, regard fuyant ou direct… Autant d’indices qui peuvent traduire un état émotionnel ou une disposition psychologique à un moment donné.
Regarder le sol en marchant, par exemple, peut apparaître comme un détail. Mais pour les spécialistes du langage corporel, cette habitude peut parfois traduire un élément de votre personnalité.
Communication non verbale : le langage discret de la posture
En psychologie, le corps est souvent considéré comme un prolongement de l’état intérieur. Les émotions influencent nos mouvements, mais l’inverse est aussi vrai. Certaines postures peuvent renforcer ou atténuer un état émotionnel.
Des recherches en psychologie expérimentale suggèrent que la posture corporelle peut influencer la manière dont nous traitons les émotions. Une étude publiée dans la revue Journal of Behavior Therapy and Experimental Psychiatry (Michalak et al., 2009) a notamment montré que le fait d’adopter une démarche voûtée, avec le regard orienté vers le bas, pouvait favoriser le rappel de souvenirs négatifs.
Les chercheurs ont ainsi mis en évidence un lien possible entre la posture de marche et la façon dont le cerveau traite certaines informations émotionnelles.
Les chercheurs ont également montré que modifier volontairement la posture pouvait influencer l’humeur et la perception des souvenirs.
Regarder le sol en marchant : que révèle cette habitude sur vous ?
Dans la vie quotidienne, regarder le sol en marchant peut parfois être associé à une certaine réserve sociale. Les psychologues parlent souvent de posture fermée, c’est-à-dire une attitude corporelle qui limite le contact visuel ou la communication avec les autres.
Le regard joue ici un rôle central. En psychologie sociale, le contact visuel est considéré comme un marqueur d’engagement. Selon plusieurs travaux synthétisés par l’American Psychological Association, les personnes qui évitent le regard direct peuvent être perçues comme plus réservées ou plus anxieuses socialement.
Chez certaines personnes, regarder le sol peut donc refléter :
- une timidité ou une gêne dans les interactions sociales
- une volonté d’éviter le regard des autres
- un manque momentané de confiance en soi
Il s’agit cependant d’interprétations possibles, et non de règles absolues. Une personne peut simplement regarder le sol par habitude ou par distraction.
Une posture tournée vers l’introspection
Lorsque nous marchons en pensant intensément à quelque chose, notre attention se détourne souvent de l’environnement. Le regard se fixe alors vers le bas, presque machinalement.
Les psychologues expliquent ce phénomène par la limitation des ressources attentionnelles. Le psychologue cognitif Daniel Kahneman a montré, dans ses travaux sur l’attention (Attention and Effort, 1973), que le cerveau dispose d’une capacité d’attention limitée.
Lorsqu’une tâche mentale mobilise fortement notre concentration, une plus grande part de ces ressources est mobilisée par la réflexion, ce qui peut réduire l’attention portée aux stimulations extérieures. Dans ce cas, regarder le sol peut simplement signifier que l’on est absorbé par ses pensées.
Quand la posture influence aussi l’humeur
La manière de marcher est également liée à l’humeur. Plusieurs travaux en psychologie ont montré que les personnes ayant un état émotionnel négatif adoptent plus souvent une posture fermée.
Une étude publiée dans Cognitive Therapy and Research (Riskind & Gotay, 1982) a par exemple montré que les participants marchant avec une posture voûtée et un regard vers le bas rapportaient davantage de pensées négatives que ceux marchant avec une posture droite.
Ce type de résultat illustre ce que les chercheurs appellent parfois la boucle posture-émotion :
- les émotions influencent la posture
- la posture peut renforcer certaines émotions
Ainsi, une démarche plus fermée peut être associée à un état d’esprit plus introspectif, mélancolique ou préoccupé.
Attention aux interprétations hâtives !
Malgré ces observations, les psychologues insistent sur un point essentiel : on ne peut pas déduire la personnalité d’une personne à partir d’un seul comportement.
La personnalité est un ensemble complexe de traits relativement stables, étudiés notamment à travers le modèle des Big Five (Costa & McCrae, 1992), qui décrit cinq grandes dimensions :
- extraversion,
- agréabilité,
- ouverture,
- conscience,
- stabilité émotionnelle.
La manière de marcher ne permet évidemment pas, à elle seule, de déterminer ces traits. Elle peut simplement donner des indices contextuels sur l’état émotionnel du moment.
Une personne très extravertie peut très bien marcher tête baissée un jour de fatigue ou de préoccupation. À l’inverse, quelqu’un de réservé peut adopter une démarche très assurée dans certaines situations.
À SAVOIR
La personnalité évolue avec l’âge. Une analyse publiée dans Psychological Bulletin montre que certains traits, comme la conscienciosité et l’agréabilité, tendent à augmenter au fil des années, tandis que le neuroticisme (une tendance à la dépression, au doute de soi et à d’autres sentiments négatifs) diminue souvent.








