Une femme qui essaie de faire du sport sous une chaleur extrême.
Éviter les efforts intenses pendant les heures les plus chaudes de la journée, généralement entre 12 h et 16 h. © Freepik

Faire du sport, marcher, jardiner ou jouer dehors… Ces gestes pourraient devenir plus difficiles à mesure que la planète se réchauffe. La hausse des températures serait associée à une augmentation de l’inactivité physique. Lorsque les périodes de forte chaleur se multiplient, les populations ont tendance à moins bouger. Une évolution qui pourrait favoriser la sédentarité et ses effets sur la santé.

Un matin d’été caniculaire, la motivation pour aller courir fond comme un glaçon sur le bitume. En effet, la chaleur peut limiter la capacité physique à bouger et, à long terme, influencer la santé publique.

Dans un contexte de réchauffement global, les épisodes de chaleur intense se multiplient. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) souligne dans son sixième rapport d’évaluation publié en 2023 que la fréquence, la durée et l’intensité des vagues de chaleur ont nettement augmenté depuis les années 1950 dans la plupart des régions du monde.

Or le corps humain n’est pas conçu pour fonctionner efficacement sous des températures élevées. Lorsque la chaleur dépasse certains seuils, le corps peine à évacuer la chaleur produite par l’effort physique. La transpiration devient moins efficace, le risque de déshydratation augmente et la température corporelle peut grimper dangereusement.

Mais jusqu’à quel point la chaleur peut-elle réellement modifier nos comportements et notre santé ?

Une étude internationale publiée dans The Lancet Global Health en mars 2026 s’est penchée sur cette question en analysant des données provenant de 156 pays entre 2000 et 2022.

Les chercheurs ont comparé l’évolution des températures avec les niveaux d’activité physique déclarés par les populations. Conclusion, chaque mois supplémentaire avec une température moyenne supérieure à 27,8 °C est associé à une hausse de 1,5 point de l’inactivité physique dans le monde.

Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, l’effet est encore plus marqué, avec une augmentation de 1,85 point de l’inactivité physique.

Les auteurs soulignent que ce phénomène pourrait s’accentuer dans les prochaines décennies si le réchauffement climatique se poursuit.

Selon l’OMS, l’inactivité physique est l’un des principaux facteurs de risque de mortalité dans le monde. Elle est associée à de nombreuses maladies chroniques, notamment :

L’OMS estime qu’en 2022, près d’un tiers (31 %) des adultes dans le monde, soit environ 1,8 milliard de personnes, n’atteignent pas les niveaux d’activité physique recommandés.

Si les températures élevées rendent l’exercice plus difficile, le risque est donc double : 

  • non seulement la chaleur met directement en danger les personnes exposées, 
  • mais elle peut aussi favoriser la sédentarité sur le long terme.

Les chercheurs de l’étude publiée dans The Lancet Global Health ont d’ailleurs tenté de mesurer les conséquences possibles de ce phénomène. Selon leurs projections, la diminution de l’activité physique liée à la chaleur pourrait entraîner environ 500 000 décès prématurés supplémentaires par an  dans le monde d’ici 2050 si aucune adaptation n’est mise en place.

Les effets combinés de la chaleur et de l’humidité ont été étudiés afin de comprendre comment ils influencent les périodes pendant lesquelles l’activité physique en extérieur peut être pratiquée en toute sécurité.

Les scientifiques ont utilisé un indicateur appelé température humide (wet-bulb temperature). Cet indice combine chaleur et humidité afin d’estimer la capacité du corps humain à se refroidir par la transpiration.

Lorsque cet indice dépasse certains seuils, l’effort physique devient dangereux, même pour des personnes en bonne santé, car l’organisme n’arrive plus à évacuer efficacement la chaleur.

Les chercheurs montrent que :

  • les adultes âgés de 18 à 40 ans font désormais face à environ 50 heures par an de conditions climatiques limitant l’activité physique légère, soit près du double par rapport à la période 1950-1979
  • pour les personnes de plus de 65 ans, ce chiffre atteint environ 900 heures par an, soit plus de 10 % de l’année

L’étude souligne également qu’environ 80 % de la population mondiale vit aujourd’hui dans des régions où la chaleur et l’humidité peuvent limiter l’activité physique des personnes âgées pendant une partie de l’année.

Si la chaleur complique l’activité physique pour tout le monde, certaines populations sont plus exposées.

Les personnes âgées sont particulièrement vulnérables, car leur organisme régule moins efficacement la température corporelle. Avec l’âge, la sensation de soif diminue et certaines maladies ou traitements peuvent aussi perturber la transpiration et la capacité du corps à évacuer la chaleur.

Les épisodes de canicule ont déjà un impact significatif sur la mortalité. Selon Santé publique France, les vagues de chaleur de l’été 2022 ont été associées à environ 10 420 décès supplémentaires en France.

La baisse d’activité physique liée à la chaleur ne touche pas tous les territoires de la même manière.

Les régions tropicales et subtropicales sont les plus concernées, car les températures y sont déjà élevées. Dans certaines zones urbaines densément peuplées, l’effet d’îlot de chaleur urbain accentue encore le phénomène.

Selon le GIEC, les populations vivant dans des villes densément construites peuvent subir des températures jusqu’à 4 °C plus élevées que dans les zones rurales environnantes.

Ces conditions rendent plus difficile la pratique d’activités extérieures comme la marche ou le sport. Dans les pays où l’accès aux infrastructures climatisées est limité, cette contrainte peut également toucher les lieux de travail, notamment pour les activités physiques en extérieur.

Face à ces évolutions, plusieurs stratégies d’adaptation sont envisagées. Les chercheurs et les autorités sanitaires recommandent notamment :

  • privilégier les activités physiques aux heures les plus fraîches de la journée
  • adapter l’intensité de l’effort en période de chaleur
  • améliorer l’accès à des espaces verts et ombragés en ville
  • développer des infrastructures sportives adaptées aux températures élevées

L’urbanisme joue également un rôle clé. Planter des arbres, désimperméabiliser les sols ou multiplier les espaces verts permet de réduire la température des villes et de maintenir des conditions favorables à l’activité physique.

À SAVOIR 

Selon l’OMS, les adultes devraient pratiquer au moins 150 à 300 minutes d’activité physique modérée par semaine pour rester en bonne santé. En période de fortes chaleurs, Santé publique France recommande de privilégier l’activité physique tôt le matin ou en soirée et d’éviter les efforts pendant les heures les plus chaudes de la journée.

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Ma Santé

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

1 COMMENTAIRE

  1. Californie, Floride, Australie, Japon…
    Autant de lieux où la température moyenne est largement supérieure à celle de la France !

    Et leur point commun est que le nombre de sportifs réguliers, en extérieur, est nettement supérieur.

    L’ultra-sédentarité, telle que nommée dans le titre de l’article, ne pourrait-elle plutôt avoir pour cause le développement d’une ultra-fainéantise ?
    (La facilité d’excuser une chute de pratique sportive à cause de 0,5 ou 1,0°c supplémentaire en moyenne)

    Ou alors, ne devrions-nous pas positivement nous dire que ce n’est qu’une question de temps pour nous acclimater à ces nouvelles contraintes de températures :
    Ni meilleures, NI pires, mais simplement différentes de nos habitudes ?

    Peut-être faut-il, par exemple, remplacer certains sports en milieu aride par d’autres en milieu aquatique (piscine municipale, rivière, mer…).
    L’aquagym en remplacement d’une séance classique de fitness en salle surchauffée ne permet plus l’excuse du climat pour rester dans son fauteuil 😉

    Restons motivés

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