
Des chercheurs américains de la Northwestern University Feinberg School of Medicine ont publié, le 20 mai 2026 dans la revue Nature Cancer, une étude montrant qu’un médicament très utilisé contre l’asthme, le montélukast, pourrait aider certaines immunothérapies à mieux fonctionner contre des cancers agressifs, notamment le cancer du sein triple négatif.
Alors que les immunothérapies ont révolutionné la prise en charge de certains cancers ces dernières années, une partie des tumeurs parvient encore à contourner les défenses immunitaires et à résister aux traitements. C’est précisément sur ce mécanisme que se sont penchés des chercheurs de la Northwestern University Feinberg School of Medicine, aux États-Unis.
Dans une étude publiée le 20 mai 2026, les chercheurs montrent qu’un médicament bien connu des médecins pourrait peut-être changer la donne. Il s’agit du montélukast, un traitement utilisé depuis la fin des années 1990 contre l’asthme allergique et certaines allergies respiratoires. Selon leurs travaux, ce médicament pourrait aider certaines immunothérapies à mieux fonctionner face à des cancers agressifs, notamment le cancer du sein triple négatif.
Au cœur de cette découverte se trouve une protéine appelée CysLTR1. Déjà connue pour son rôle dans l’inflammation liée à l’asthme, elle serait aussi utilisée par certaines tumeurs pour « brouiller » le système immunitaire et empêcher les cellules de défense d’attaquer efficacement le cancer. En bloquant cette protéine grâce au montélukast, les chercheurs ont observé, sur des cellules humaines et chez la souris, une meilleure réponse immunitaire contre les tumeurs.
Cancer : comment certaines tumeurs « trompent » le système immunitaire ?
Depuis une dizaine d’années, les immunothérapies ont profondément changé la prise en charge de plusieurs cancers. Contrairement à la chimiothérapie classique, qui attaque directement les cellules cancéreuses, ces traitements cherchent à stimuler les défenses naturelles de l’organisme pour qu’elles reconnaissent puis détruisent les tumeurs. Mais, problème, certains cancers deviennent particulièrement habiles pour échapper à cette surveillance immunitaire.
Dans leurs travaux, les chercheurs américains expliquent que certaines tumeurs activent une voie inflammatoire impliquant les leucotriènes, des molécules déjà bien connues dans l’asthme. Ces leucotriènes vont alors stimuler la protéine CysLTR1, présente sur certaines cellules immunitaires.
Ainsi, au lieu de combattre la tumeur, certaines cellules immunitaires deviennent paradoxalement des alliées du cancer. Et c’est précisément là que le montélukast intervient.
Ce médicament contre l’asthme pourrait renforcer les traitements contre le cancer
Le montélukast, un médicament déjà très connu des médecins
Commercialisé depuis la fin des années 1990, ce médicament est utilisé chez des millions de patients dans le monde pour prévenir certaines crises d’asthme ou limiter les symptômes allergiques. En France, il est notamment commercialisé sous le nom de Singulair.
Selon la Base de données publique des médicaments du ministère de la Santé, le montélukast bloque l’action des leucotriènes, des molécules inflammatoires impliquées dans le rétrécissement et l’inflammation des bronches.
Mais ces mêmes mécanismes inflammatoires pourraient aussi jouer un rôle bien plus large dans l’organisme. Les chercheurs américains ont en effet découvert que certaines tumeurs exploiteraient cette voie biologique pour affaiblir les défenses immunitaires et mieux échapper aux traitements anticancéreux.
Des résultats prometteurs… mais encore loin d’un traitement miracle
Pour le moment, les résultats concernent essentiellement des expériences réalisées sur des cellules humaines et sur des souris. Les chercheurs ont observé que le montélukast ralentissait la croissance tumorale et améliorait la réponse aux immunothérapies dans plusieurs modèles expérimentaux. Mais aucune preuve n’existe encore chez des patients atteints de cancer.
Les chercheurs estiment néanmoins que des essais cliniques pourraient être lancés relativement rapidement. Et pour cause, contrairement à une nouvelle molécule totalement inconnue, le montélukast est déjà autorisé depuis longtemps et son profil de sécurité est bien documenté. C’est ce qu’on appelle le « repositionnement thérapeutique », c’est-à-dire utiliser un médicament déjà existant pour une autre maladie.
Un nouvel espoir contre l’un des cancers du sein les plus difficiles à traiter
L’un des cancers mis en avant dans l’étude est le cancer du sein triple négatif. Ce type de cancer représente environ 10 à 15 % des cancers du sein, selon Institut national du cancer. Il touche souvent des femmes plus jeunes et se révèle généralement plus agressif que d’autres formes de cancer du sein.
Ce cancer ne possède pas certains récepteurs hormonaux ciblés par les traitements classiques. Les options thérapeutiques sont donc plus limitées. Ces dernières années, les immunothérapies ont permis certaines avancées, mais tous les patients n’y répondent pas. Beaucoup développent même des résistances.
C’est précisément ce verrou que les chercheurs espèrent contourner grâce au montélukast. Selon leurs travaux, le médicament pourrait empêcher certaines cellules immunitaires suppressives de neutraliser l’action des lymphocytes chargés de détruire les cellules cancéreuses.
Cancers résistants : l’immunothérapie progresse vite
Ces dernières années, les immunothérapies ont marqué un tournant dans la lutte contre certains cancers. Ces traitements, qui stimulent le système immunitaire pour qu’il attaque lui-même les cellules cancéreuses, ont permis d’améliorer nettement le pronostic de certains patients atteints de mélanomes, de cancers du poumon ou encore de cancers du rein.
En France, selon Institut national du cancer, plusieurs dizaines de milliers de patients reçoivent désormais ces traitements chaque année. Mais malgré ces progrès, les immunothérapies ne fonctionnent pas chez tout le monde. Certaines tumeurs résistent dès le départ. D’autres finissent par contourner les défenses immunitaires après quelques mois de traitement.
Alors, dans cette course mondiale contre les cancers résistants, le montélukast attire désormais l’attention parce qu’il cible un mécanisme biologique déjà identifié par les chercheurs. Et surtout parce qu’il s’agit d’un médicament déjà utilisé depuis longtemps, dont les effets sont bien connus des médecins.
À SAVOIR
Le montélukast est utilisé depuis plus de vingt-cinq ans contre l’asthme et les allergies respiratoires. Mais aux États-Unis comme en Europe, les autorités sanitaires rappellent aussi qu’il peut provoquer, dans de rares cas, des effets neuropsychiatriques (anxiété, troubles du sommeil, changements d’humeur), ce qui a conduit à renforcer les mises en garde ces dernières années.







