
Certains diraient même qu’il faudrait… le proscrire. Chaque jour, nous sommes des millions à utiliser un coton-tige pour nettoyer nos oreilles. Pourtant, introduit trop profondément dans le conduit auditif, ce petit bout de plastique ou de bois peut favoriser des bouchons de cérumen, des vertiges ou même provoquer une perforation du tympan. Le coton-tige est-il vraiment dangereux ? Quels sont les risques et les bonnes pratiques pour préserver son audition ? Le point pour éviter les erreurs les plus fréquentes.
Petit, léger, peu coûteux, le coton-tige fait partie des objets d’hygiène les plus répandus dans les salles de bain. Son usage semble intuitif : un passage rapide dans l’oreille pour enlever ce que l’on pense être une impureté. Pourtant, ce réflexe repose sur une idée fausse.
Le conduit auditif n’a pas besoin d’être “nettoyé” en profondeur. Il fonctionne en autonomie. Le cérumen, produit naturellement par les glandes du conduit externe, protège la peau de l’oreille et participe à son équilibre.
Avant de choisir entre coton-tiges en bois, en silicone ou réutilisables, il faut donc d’abord se poser la bonne question : faut-il vraiment s’introduire quoi que ce soit dans l’oreille ? Le conduit auditif a-t-il vraiment besoin de ces pratiques qui, bien que courantes, ne sont pas sans conséquences ?
Coton-tige : bois, bambou, silicone… quelles options choisir ?
Dans les années 1920, un inventeur a créé le coton-tige non pas pour nettoyer les oreilles, mais pour appliquer des soins aux bébés. Il s’agit d’une simple tige munie d’un embout en coton aux extrémités.
Pendant longtemps, les fabricants ont produit ces bâtonnets avec des tiges en plastique. Face à l’urgence environnementale et à la pollution des océans, de nombreux pays ont ensuite interdit les produits en plastique à usage unique. En effet, des millions de tiges en plastique ont fini dans les mers et les rivières, après que des utilisateurs les ont jetées dans les toilettes.
Aujourd’hui, pour réduire les déchets, le marché propose plusieurs alternatives au plastique jetable. On trouve des cotons-tiges avec une tige en bois ou en papier cartonné biodégradable. Les embouts sont souvent en coton bio ou coton biologique.
Pour les adeptes du zéro déchet, il existe aussi des modèles réutilisables. Certains sont en silicone lavable, à essuyer avec une serviette ou à rincer à l’eau savonneuse tiède. D’autres options plus durables sont proposées, comme l’oriculi, une tige en bioplastique conçue pour remplacer le bâtonnet classique, ou encore des versions en inox qui s’apparentent à une petite curette.
Certaines personnes utilisent également des bougies auriculaires, ou bougies d’oreilles, même si les spécialistes déconseillent généralement cette pratique.
Coton-tige : pourquoi le danger vient de son utilisation ?
Le danger ne vient pas de l’objet lui-même, mais de la façon dont nous l’utilisons. Nettoyer ses oreilles en insérant un bâtonnet dans le conduit auditif externe est une erreur fréquente.
Le cérumen, ou cire d’oreille, n’est pas une saleté. C’est une sécrétion naturelle produite par les glandes sébacées de la partie externe du conduit. Ce sébum jaunâtre joue un rôle protecteur : il lubrifie la peau, empêche les bactéries, les poussières et les impuretés de pénétrer plus profondément, et aide à repousser l’eau.
Les mouvements de la mâchoire permettent d’ailleurs au cérumen de s’évacuer naturellement vers l’extérieur. L’utilisation devient dangereuse lorsque l’on va trop loin. En introduisant un coton-tige, au lieu de retirer le bouchon ou la cire, on risque de les repousser vers le fond de l’oreille. Le cérumen peut alors se tasser contre le tympan et favoriser la formation de bouchons de cérumen.
Si l’on pousse trop fort ou en cas de mouvement brusque, le risque est plus grave : une perforation du tympan, blessure douloureuse de l’oreille moyenne pouvant endommager l’audition. De plus, le frottement répété du coton sec peut retirer le film protecteur, provoquer des micro-lésions, des démangeaisons ou de l’eczéma, et favoriser l’apparition d’otites externes douloureuses.
Coton-tige : oreille bouchée, vertiges, douleur… que faire ?
Coton-tige : quels risques en cas d’usage excessif ?
Si vous avez forcé avec un cure-oreille ou un coton-tige, votre corps peut envoyer des signaux d’alerte. Le symptôme le plus fréquent d’une accumulation ou d’un bouchon de cire est une sensation d’oreille bouchée, souvent accompagnée d’une baisse d’audition, voire d’une perte auditive temporaire, comme si vous étiez sous l’eau.
Vous pouvez aussi ressentir des bourdonnements (acouphènes), des vertiges ou avoir l’impression que le bouchon bouge lorsque vous mâchez. En cas d’otite externe provoquée par une irritation, la douleur est vive, parfois pulsatile, avec un possible écoulement jaunâtre ou clair et une sensation de chaleur dans le canal auditif. Si le tympan est perforé, la douleur est brutale, suivie d’une perte de l’ouïe et parfois d’un léger saignement.
Extraction d’un bouchon : les méthodes utilisées en cabinet
En cas de douleur intense ou de suspicion de perforation, consultez rapidement un médecin ou un ORL. Il examine le tympan avec un otoscope. Cet examen permet de vérifier la présence d’un bouchon, d’en évaluer la taille et d’écarter une otite.
Si le bouchon est ancien ou très dur, le praticien ne l’enlève pas toujours immédiatement. Il peut prescrire des gouttes auriculaires afin de ramollir la cire pendant quelques jours. Si vous suspectez un bouchon, n’essayez pas de l’aspirer ni de l’extraire avec un objet pointu. Évitez également les jets d’eau puissants. La poire ou la seringue doivent être utilisées uniquement par un professionnel.
Au cabinet, le médecin choisit la méthode la plus adaptée à votre conduit auditif. Le lavage à l’eau tiède reste la technique la plus courante. Le liquide est injecté avec une pression contrôlée pour décoller puis évacuer la cire. Si l’eau est déconseillée, notamment en cas d’antécédent de tympan perforé, l’ORL privilégie une extraction mécanique. Il utilise alors une curette ou un micro-crochet.
Autre option : la micro-aspiration. Cette technique sûre retire la cire en douceur grâce à un petit aspirateur médical. Une fois le conduit libéré, la sensation d’oreille bouchée disparaît rapidement et l’audition redevient normale.
Nettoyage des oreilles : les bons gestes à domicile
Pour enlever le cérumen ou ramollir un bouchon à domicile, vous pouvez utiliser un spray nettoyant auriculaire à base d’eau de mer ou de sérum physiologique. Il est également possible d’instiller quelques gouttes d’huile minérale pour ramollir et dissoudre l’excès de cérumen. Laissez agir la tête penchée, puis essuyez l’entrée du conduit et le pavillon de l’oreille avec un mouchoir ou un coin de serviette.
Si le bouchon persiste, le médecin pourra procéder à son extraction par lavage doux (irrigation) ou à l’aide d’une micro-curette. Le nettoyage des oreilles doit se limiter au pavillon et à l’orifice. Le reste du conduit auditif se nettoie naturellement, sans intervention. Le coton-tige n’est donc pas dangereux en soi, mais son usage inadapté peut perturber un mécanisme naturel pourtant efficace.
N’oublions pas l’essentiel : nettoyer uniquement l’entrée de l’oreille, éviter d’introduire des objets dans le conduit et consulter en cas de douleur ou de gêne persistante suffisent dans la majorité des situations.
À SAVOIR
Selon l’Assurance Maladie, les gouttes auriculaires peuvent être utilisées contre un bouchon de cérumen ou une otite externe. Le liquide est appliqué directement dans le conduit auditif afin d’agir localement. Attention : elles ne doivent pas être utilisées en cas de tympan perforé. Il est recommandé de demander conseil à votre médecin avant toute utilisation.







