Un homme atteint de la maladie de Parkinson.
Un adulte sur 50 sera touché en 2050, contre un adulte sur 259 aujourd'hui, alerte France Parkinson. © Freepik

À quelques jours de la Journée mondiale de la maladie de Parkinson, le 11 avril, l’association France Parkinson tire la sonnette d’alarme. Le nombre de personnes touchées par cette pathologie neurodégénérative a augmenté de 274 % en France entre 1990 et 2021, et pourrait doubler d’ici 2050. La maladie, en outre, frappe des patients de plus en plus jeunes, parfois avant 50 ans. Une tendance inquiétante qui interroge sur les causes de cette explosion et les moyens d’y faire face.

La maladie de Parkinson, longtemps perçue comme une pathologie du grand âge, devient aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique. En France, plus de 270 000 personnes vivent déjà avec cette maladie neurodégénérative qui affecte le système moteur, mais aussi, dans de nombreux cas, les fonctions cognitives et le bien-être psychique. Et leurs rangs ne cessent de grossir.

Ce 3 avril 2025, l’association France Parkinson a en effet énuméré lors d’une conférence de presse des chiffres qui font froid dans le dos : une augmentation impressionnante du nombre de cas entre 1990 et 2021, et des projections alarmantes pour les prochaines décennies. Comment expliquer une telle hausse ? Quels sont les facteurs de risque ? La France, surtout, est-elle prête à faire face à ce défi sanitaire ?

Entre 1990 et 2021, le nombre de personnes atteintes de la maladie de Parkinson en France a bondi de 274 %, selon les données présentées par France Parkinson. Aujourd’hui, 270 000 Français sont concernés, un chiffre qui pourrait doubler d’ici 2050 si rien n’est fait. Une évolution qui suit une courbe mondiale, puisque “12 millions de personnes sont concernées par la maladie à travers le monde, chiffre initialement prévu pour 2040. D’ici 2050, le nombre de cas devrait atteindre 25,2 millions, soit une hausse de 100 % par rapport à 2024 !”

La France n’est donc pas un cas isolé : à l’échelle mondiale, Parkinson est désormais la pathologie neurologique à la croissance la plus rapide, devant Alzheimer, selon une étude du Lancet Neurology de 2022.

La cause exacte de la maladie de Parkinson reste inconnue, mais plusieurs pistes sont aujourd’hui largement documentées. Le vieillissement reste un facteur majeur, la maladie touchant principalement les personnes de plus de 60 ans. Mais ce facteur ne suffit plus à expliquer l’ampleur de la hausse et, surtout, des cas détectés chez des patients de plus en plus jeunes, parfois avant 50 ans.

Selon France Parkinson, l’exposition à certains pesticides (notamment le paraquat ou le glyphosate), les solvants industriels, et certains métaux lourds sont désormais considérés comme des contributeurs probables de la pathologie. Ces substances pourraient favoriser la dégénérescence des neurones dopaminergiques, à l’origine des symptômes moteurs caractéristiques.

Le lien entre Parkinson et environnement est aujourd’hui reconnu par plusieurs agences sanitaires. L’Inserm, dans son expertise collective de 2021, évoquait une “forte présomption” de lien entre exposition professionnelle à certains pesticides et risque accru de maladie de Parkinson, ce qui a d’ailleurs conduit la France à reconnaître Parkinson comme maladie professionnelle chez les agriculteurs exposés (décret du 7 mai 2012).

Face à cette explosion des cas, le système de santé français peine à s’adapter. De nombreux patients rencontrent des difficultés d’accès à des neurologues spécialisés, à des programmes de rééducation adaptés ou à un accompagnement psychologique.

France Parkinson insiste sur le manque de structures dédiées, en particulier en milieu rural. Or, la maladie nécessite un suivi pluridisciplinaire régulier, associant neurologue, kinésithérapeute, orthophoniste, ergothérapeute et parfois psychologue. L’association alerte également sur le coût croissant de la maladie pour les familles : entre médicaments, soins de rééducation, aides techniques et adaptation du domicile, les dépenses peuvent rapidement devenir un fardeau.

L’association France Parkinson appelle les pouvoirs publics à adopter un plan national Parkinson, sur le modèle de ceux qui ont été mis en place pour Alzheimer. Un tel plan devrait permettre de structurer l’offre de soins, de renforcer la recherche, d’améliorer la formation des professionnels de santé, et surtout d’accompagner les patients et leurs proches de façon plus coordonnée.

L’enjeu est considérable : selon les projections actuelles, 500 000 Français pourraient être concernés par la maladie d’ici 2050. Soit un adulte sur 50, contre un sur 257 aujourd’hui, selon la directrice générale de France Parkinson, Amandine Lagarde. Et si aucune mesure d’envergure n’est prise, le système de santé pourrait se retrouver débordé.

Enfin, France Parkinson rappelle que la maladie reste très mal connue du grand public, malgré sa fréquence. Trop souvent, les symptômes sont assimilés à un simple tremblement ou à une lenteur des mouvements. Or, la maladie est bien plus complexe : elle peut débuter par une dépression, des troubles du sommeil, une constipation chronique, voire une perte d’odorat.

Une meilleure connaissance de ces signes précoces pourrait permettre une prise en charge plus rapide et améliorer la qualité de vie des patients. La recherche progresse, notamment sur des traitements de fond, mais pour l’heure, aucun médicament ne permet de stopper ou ralentir durablement la progression de la maladie.

À SAVOIR

Créée en 1984, l’association France Parkinson est reconnue d’utilité publique et agit au service des personnes touchées par la maladie de Parkinson et leurs proches. Elle œuvre pour l’accompagnement des malades, le soutien à la recherche, et la sensibilisation du grand public. Présente dans toute la France grâce à un réseau de bénévoles, elle organise des actions d’information, des groupes de parole et des ateliers thérapeutiques. Elle milite aussi activement pour une meilleure reconnaissance de la maladie et un accès équitable aux soins.

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Journaliste expert santé / Rédacteur en chef adjoint du Groupe Ma Santé. Journaliste depuis 25 ans, Philippe Frieh a évolué dans la presse quotidienne régionale avant de rejoindre la presse magazine pour mettre son savoir-faire éditorial au service de l'un de ses domaines de prédilection, la santé, forme et bien-être. Très attaché à la rigueur éditoriale, à la pertinence de l'investigation et au respect de la langue française, il façonne des écrits aux vertus résolument préventives et pédagogiques, accessibles à tous les lecteurs.

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