Longtemps considéré comme très faible, le risque de développer un méningiome sous certains contraceptifs progestatifs est désormais suffisamment documenté pour conduire les autorités sanitaires européennes à faire évoluer leurs recommandations. Le 9 juillet 2026, le Comité pour l’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (PRAC) de l’Agence européenne des médicaments (EMA) a validé de nouvelles mesures concernant deux molécules largement prescrites : le désogestrel, présent dans certaines pilules contraceptives, et l’étonogestrel, utilisé notamment dans l’implant contraceptif.
Ces décisions s’appuient sur plusieurs années de données de pharmacovigilance, dont une importante étude française menée par le groupement EPI-PHARE, associant l’Assurance maladie et l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). L’objectif n’est pas d’inquiéter les utilisatrices, mais de mieux identifier les situations où le risque devient significatif.
Tumeur cérébrale : quels sont les contraceptifs à risque ?
Pilule, implant… où trouve-t-on le désogestrel et l’étonogestrel ?
Le désogestrel et l’étonogestrel sont deux hormones de synthèse appartenant à la famille des progestatifs, des substances qui reproduisent l’action de la progestérone, une hormone naturellement produite par les ovaires. Leur rôle est d’empêcher l’ovulation, d’épaissir la glaire cervicale pour freiner le passage des spermatozoïdes et de rendre la muqueuse de l’utérus moins favorable à une grossesse.
Le désogestrel est principalement utilisé dans les pilules contraceptives progestatives, souvent appelées « mini-pilules », tandis que l’étonogestrel est la substance active de l’implant contraceptif, un petit bâtonnet inséré sous la peau du bras qui assure une contraception pendant trois ans. Ces deux progestatifs peuvent également être prescrits dans certaines situations où les contraceptifs contenant des œstrogènes sont contre-indiqués, par exemple chez certaines femmes présentant un risque cardiovasculaire ou pendant l’allaitement.
Tumeur au cerveau : un risque rare, mais désormais confirmé
Le méningiome est une tumeur qui se développe à partir des méninges, les membranes qui entourent le cerveau et la moelle épinière. Dans environ neuf cas sur dix, il s’agit d’une tumeur bénigne, c’est-à-dire non cancéreuse. En revanche, lorsqu’elle grossit, elle peut comprimer le cerveau ou certains nerfs et provoquer des symptômes parfois importants, nécessitant une intervention chirurgicale.
Depuis plusieurs années déjà, plusieurs progestatifs sont connus pour favoriser l’apparition de ces tumeurs lorsqu’ils sont utilisés longtemps ou à fortes doses. C’était notamment le cas de l’acétate de cyprotérone, de l’acétate de nomégestrol ou encore de l’acétate de chlormadinone, qui avaient déjà fait l’objet de restrictions d’utilisation. Les nouvelles recommandations concernent cette fois le désogestrel et l’étonogestrel. Selon le PRAC de l’EMA, les données disponibles montrent désormais qu’ils sont eux aussi associés à une augmentation du risque de méningiome, même si celui-ci reste rare.
Le risque augmente avec la durée du traitement
Si les autorités européennes renforcent aujourd’hui leurs recommandations, c’est parce que plusieurs études, notamment françaises, ont permis de mieux mesurer ce risque. Les travaux d’EPI-PHARE, le groupement d’intérêt scientifique associant l’Assurance maladie et l’ANSM, ont analysé les données de plusieurs millions de femmes afin d’évaluer le lien entre les différents progestatifs et le risque de méningiome. Et le risque reste très faible, mais il augmente avec la durée d’utilisation. Selon EPI-PHARE, environ une femme sur 67 000 traitée par désogestrel est opérée d’un méningiome. Après plus de cinq ans de traitement, cette fréquence passe à une femme sur 17 000. Autrement dit, le risque demeure rare, mais il devient suffisamment important pour justifier une vigilance renforcée chez les utilisatrices de longue durée.
Les données concernant l’étonogestrel, utilisé notamment dans l’implant contraceptif, sont encore plus limitées. Elles vont toutefois dans le même sens et suggèrent elles aussi une augmentation du risque. C’est pourquoi le Comité pour l’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (PRAC) de l’Agence européenne des médicaments a choisi d’appliquer les mêmes recommandations de précaution aux deux molécules.
Tumeur au cerveau : pourquoi les hormones peuvent-elles favoriser un méningiome ?
La plupart des méningiomes portent à leur surface des récepteurs à la progestérone, l’hormone naturellement produite par les ovaires. Les progestatifs de synthèse, comme le désogestrel ou l’étonogestrel, peuvent se fixer sur ces récepteurs et stimuler certaines cellules. Les spécialistes estiment toutefois que ces hormones ne créent pas la tumeur. Elles favoriseraient plutôt la croissance de méningiomes déjà présents mais invisibles, parfois depuis des années, à un stade microscopique.
Plus l’exposition au traitement est longue, plus cette stimulation pourrait devenir importante, ce qui expliquerait pourquoi le risque augmente après plusieurs années d’utilisation. Tous les contraceptifs hormonaux ne sont cependant pas concernés de la même manière. Selon les connaissances actuelles, le risque varie en fonction de la molécule utilisée, de la dose administrée et de la durée du traitement.
Faut-il arrêter sa contraception ?
La réponse est clairement non. Malgré cette augmentation du risque, le rapport bénéfice-risque demeure favorable pour la très grande majorité des femmes utilisant ces contraceptifs. Autrement dit, ces traitements restent des méthodes contraceptives efficaces et sûres dans la plupart des situations. Le risque de méningiome demeure exceptionnel et ne justifie pas un arrêt systématique du traitement.
Les autorités sanitaires déconseillent donc toute interruption sans avis médical. Une grossesse non désirée représente elle aussi des conséquences importantes pour la santé et la vie personnelle des femmes. Si une utilisatrice est concernée par un traitement de longue durée, approche de la ménopause ou présente des facteurs de risque particuliers, son médecin pourra discuter avec elle d’une éventuelle alternative contraceptive.
Nouvelles recommandations : ce qui change concrètement
Le PRAC recommande désormais plusieurs évolutions importantes qui devraient progressivement être intégrées dans les notices et les résumés des caractéristiques des médicaments dans toute l’Union européenne. Les contraceptifs contenant du désogestrel ou de l’étonogestrel devront désormais être contre-indiqués chez les femmes présentant un méningiome ou ayant des antécédents de cette tumeur.
Les professionnels de santé devront également informer les patientes sur ce risque rare, réévaluer régulièrement la poursuite du traitement, notamment lorsqu’il est prescrit pendant plusieurs années, et être attentifs à l’apparition de symptômes pouvant évoquer un méningiome. Parmi ces signes figurent notamment :
- des maux de tête inhabituels ou persistants ;
- des troubles de la vision ;
- une baisse de l’audition ou des bourdonnements d’oreille ;
- une perte de l’odorat ;
- des crises d’épilepsie ou des troubles neurologiques inexpliqués.
En présence de tels symptômes, une consultation médicale est recommandée afin d’évaluer la nécessité d’examens complémentaires.
À SAVOIR
Le désogestrel et l’étonogestrel sont les derniers progestatifs à rejoindre la liste des hormones faisant l’objet d’une surveillance renforcée. Depuis 2020, l’ANSM a déjà restreint l’utilisation des médicaments contenant de l’acétate de cyprotérone (Androcur et génériques), puis, en 2023, de l’acétate de nomégestrol (Lutényl et génériques) et de l’acétate de chlormadinone (Lutéran et génériques), après la mise en évidence d’un risque accru de méningiome en cas d’utilisation prolongée.




