
Le réchauffement climatique peut-il influencer le sexe des bébés à la naissance ? Certaines études suggèrent que les fortes chaleurs pourraient légèrement réduire le nombre de garçons qui naissent. Mais quel lien entre chaleur et génétique ? On vous explique.
À première vue, la naissance d’un garçon ou d’une fille semble relever du hasard biologique. Pourtant, les démographes observent depuis longtemps que ce hasard suit un schéma étonnamment stable.
En France comme dans la plupart des pays du monde, il naît légèrement plus de garçons que de filles. Selon l’Insee, le ratio naturel est d’environ 105 garçons pour 100 filles à la naissance. Cette différence s’explique en partie par la mortalité un peu plus élevée des garçons au cours de l’enfance et de la vie adulte. La nature « compense » en quelque sorte ce déséquilibre.
Mais ce ratio n’est pas totalement immuable. Les scientifiques savent qu’il peut varier légèrement en fonction de facteurs biologiques, sociaux ou environnementaux. Depuis quelques années, un nouveau suspect attire l’attention des chercheurs : le réchauffement climatique.
Alors que les températures élevées et les vagues de chaleur se multiplient, certains travaux scientifiques suggèrent qu’elles pourraient influencer la proportion de garçons et de filles à la naissance.
Naissances : pourquoi pourrait-il y avoir plus de filles que de garçons ?
La fragilité des fœtus masculins
Les fœtus masculins semblent biologiquement plus fragiles pendant la grossesse.
De nombreuses études en périnatalité montrent que les grossesses avec un fœtus masculin présentent légèrement plus de complications. Les garçons sont aussi davantage exposés aux fausses couches tardives et aux naissances prématurées.
Selon l’Inserm, plusieurs mécanismes pourraient expliquer cette vulnérabilité :
- une croissance fœtale souvent plus rapide ;
- des besoins énergétiques plus élevés ;
- une adaptation moins efficace aux situations de stress physiologique.
Autrement dit, lorsque l’organisme de la mère est soumis à des conditions difficiles (infection, malnutrition, stress ou chaleur extrême) les fœtus masculins pourraient être plus susceptibles de ne pas arriver à terme.
Le rôle possible du stress environnemental
Les chercheurs parlent souvent de stress environnemental pour décrire les pressions exercées par l’environnement sur l’organisme : pollution, catastrophes naturelles, crises économiques… ou encore températures extrêmes.
Par exemple, certaines études démographiques ont mis en évidence une baisse temporaire des naissances de garçons après des catastrophes naturelles ou des crises majeures.
Le chercheur Ralph Catalano, de l’Université de Californie à Berkeley, a notamment étudié l’évolution des naissances aux États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001. Dans une étude publiée en 2008 dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences, son équipe a observé une légère diminution de la proportion de garçons nés quelques mois après ces attaques.
Selon les chercheurs, le stress collectif provoqué par cet événement aurait pu entraîner davantage de pertes de grossesse impliquant des fœtus masculins, réputés biologiquement plus vulnérables pendant la grossesse.
Le réchauffement climatique, un contexte inédit
L’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée, avec une température moyenne mondiale d’environ +1,6 °C par rapport à l’ère préindustrielle (1850-1900), selon le rapport de l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Cette hausse s’accompagne d’une multiplication des épisodes de chaleur extrême, désormais observés sur tous les continents.
L’Europe fait partie des régions qui se réchauffent le plus rapidement. Selon le programme scientifique Copernicus Climate Change Service (C3S), les vagues de chaleur y deviennent plus fréquentes et plus intenses, avec des records de température régulièrement battus ces dernières années.
En France, Météo-France confirme que les vagues de chaleur sont aujourd’hui plus longues et plus nombreuses qu’au milieu du XXᵉ siècle, et leur fréquence pourrait encore doubler d’ici la fin du siècle si les émissions de gaz à effet de serre restent élevées.
Ces évolutions climatiques ne concernent pas seulement l’environnement ou les écosystèmes. Elles soulèvent aussi des questions de santé humaine, notamment pendant la grossesse. Car l’exposition à des températures élevées représente un stress physiologique important pour l’organisme : elle peut perturber la régulation thermique, favoriser la déshydratation et modifier certains équilibres hormonaux.
Comment la chaleur agit-elle sur la grossesse ?
Les températures élevées peuvent affecter l’organisme de la femme enceinte de différentes façons :
- augmentation du stress thermique ;
- déshydratation ;
- modification de la circulation sanguine ;
- perturbation hormonale.
Ces facteurs peuvent influencer l’environnement du fœtus dans l’utérus. Or, selon plusieurs travaux en biologie reproductive, les fœtus masculins semblent moins capables de s’adapter aux variations physiologiques importantes.
Cette différence pourrait expliquer pourquoi certains stress environnementaux, dont la chaleur, entraînent une sélection naturelle légèrement défavorable aux fœtus masculins.
Réchauffement climatique : un impact réel… mais très limité
Faut-il pour autant s’attendre à une disparition progressive des garçons ? Certainement pas.
Les spécialistes insistent sur un point essentiel : l’effet observé reste extrêmement faible. Même dans les études qui détectent une influence de la température, le ratio garçons-filles varie de manière minime.
Le ratio naturel reste donc très stable. Selon les données de l’Insee, la proportion de garçons à la naissance en France oscille depuis des décennies autour de 51 à 52 %, avec seulement de légères fluctuations annuelles.
Ces variations peuvent être liées à de nombreux facteurs :
- âge des parents,
- conditions sanitaires,
- événements sociaux ou économiques.
Le climat n’est qu’un élément parmi d’autres.
À SAVOIR
Le sexe d’un bébé est déterminé dès la fécondation : l’ovule apporte toujours un chromosome X, tandis que le spermatozoïde apporte soit un X (fille), soit un Y (garçon).







