
Et si certaines générations ne pouvaient tout simplement jamais acheter de cigarettes ? Au Royaume-Uni, un projet de loi prévoit d’interdire progressivement la vente de tabac aux personnes nées à partir de 2009. L’objectif est d’empêcher les jeunes d’entrer dans le tabagisme et faire émerger, à terme, une génération sans tabac. Une stratégie de santé publique ambitieuse, qui suscite toutefois débats et interrogations.
La cigarette pourrait-elle disparaître peu à peu de la société ? C’est en tout cas l’objectif affiché par le gouvernement britannique avec un projet de loi ambitieux visant à instaurer une “génération sans tabac”.
L’âge légal pour acheter des cigarettes augmenterait d’un an chaque année. Aujourd’hui fixé à 18 ans au Royaume-Uni, il progresserait progressivement afin que les personnes nées à partir du 1er janvier 2009 ne puissent jamais acheter légalement du tabac au cours de leur vie.
Concrètement, un adolescent né en 2008 pourrait continuer à acheter des cigarettes une fois majeur. Mais une personne née en 2009 ou après n’y aurait jamais accès légalement, même à l’âge adulte.
Cette mesure s’inscrit dans le Tobacco and Vapes Bill, un projet de loi actuellement examiné par le Parlement britannique, qui vise à renforcer la réglementation du tabac et des cigarettes électroniques.
Le tabac, première cause de mortalité évitable
Si le Royaume-Uni envisage une telle mesure, c’est parce que les conséquences sanitaires du tabac restent considérables. Le tabac est impliqué dans de nombreuses pathologies :
- cancers, notamment du poumon, de la gorge ou de la vessie
- maladies cardiovasculaires, comme l’infarctus ou l’AVC
- maladies respiratoires chroniques, dont la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO)
En France, la situation reste préoccupante. Selon Santé publique France (2023), le tabac est responsable d’environ 75 000 décès chaque année, ce qui en fait la première cause de mortalité évitable dans le pays.
Derrière ces chiffres se cache une réalité bien connue des spécialistes : la dépendance à la nicotine s’installe très tôt.
Lutte contre le tabagisme : quelles stratégies pour une « génération sans tabac » ?
Pourquoi cibler les jeunes ?
La majorité des fumeurs commencent avant l’âge adulte. Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT, 2023), la première cigarette intervient souvent avant 18 ans, période durant laquelle le cerveau est particulièrement sensible aux mécanismes de dépendance.
La nicotine agit sur le système de récompense du cerveau et peut entraîner rapidement une addiction durable. Plus l’initiation est précoce, plus le risque de devenir fumeur régulier augmente.
C’est précisément ce phénomène que les autorités britanniques cherchent à enrayer. Si les jeunes ne peuvent jamais acheter légalement de cigarettes, ils auront beaucoup moins de chances de commencer à fumer.
Autrement dit, plutôt que d’encourager les fumeurs à arrêter, la stratégie consiste à empêcher la dépendance de s’installer dès le départ.
Une politique de santé publique déjà très volontariste
Le Royaume-Uni n’en est pas à sa première mesure de lutte contre le tabagisme. Depuis plusieurs années, le pays mène une politique particulièrement active dans ce domaine.
Parmi les principales mesures déjà en place :
- interdiction de fumer dans les lieux publics fermés depuis 2007
- paquets de cigarettes neutres, sans logo ni couleur attractive
- forte taxation du tabac
- campagnes de prévention nationales
- dispositifs d’aide au sevrage tabagique
Ces politiques semblent porter leurs fruits. Selon le National Health Service (NHS, 2023), la proportion de fumeurs adultes au Royaume-Uni est passée d’environ 20 % en 2011 à près de 13 % en 2022.
Le gouvernement britannique veut faire tomber le taux de tabagisme sous les 5 % d’ici 2030, seuil souvent utilisé pour définir une société « sans tabac ».
Lutte anti-tabac : une stratégie inspirée d’autres pays
La Nouvelle-Zélande avait adopté une mesure similaire en 2022, visant à empêcher la vente de cigarettes aux personnes nées après 2008 afin de créer une génération sans tabac. Le gouvernement néo-zélandais est toutefois revenu sur cette réforme en 2023, avant même son entrée en vigueur, notamment pour des raisons économiques et politiques.
D’autres pays s’intéressent néanmoins à cette approche. Les Maldives ont par exemple annoncé vouloir renforcer leur législation anti-tabac en s’inspirant du principe d’une interdiction progressive pour les nouvelles générations, dans l’objectif de protéger les jeunes de l’addiction à la nicotine.
Ces expériences montrent que ce type de mesure, bien qu’ambitieux, reste politiquement sensible. Le Royaume-Uni pourrait néanmoins devenir l’un des premiers grands pays européens à tenter réellement l’expérience.
Une mesure qui suscite aussi des critiques
Malgré ses objectifs sanitaires, la proposition britannique ne fait pas l’unanimité. Plusieurs critiques émergent dans le débat public.
Certains y voient une atteinte aux libertés individuelles, estimant qu’un adulte devrait pouvoir décider librement de fumer. D’autres redoutent un développement du marché noir du tabac, si certaines générations sont légalement exclues de l’achat de cigarettes.
Des questions pratiques se posent également : comment les commerçants pourront-ils gérer un système où l’âge légal change chaque année ?
Enfin, certains experts rappellent que la prévention du tabagisme repose aussi sur des facteurs sociaux, comme les inégalités économiques ou l’environnement familial. La lutte contre le tabac ne peut donc pas se limiter à une seule mesure législative.
Tabagisme : et la France dans tout ça ?
En France, aucune interdiction générationnelle du tabac n’est envisagée pour le moment. La stratégie nationale repose plutôt sur un ensemble de mesures visant à réduire le tabagisme dans la population. Parmi elles figurent notamment :
- l’augmentation progressive du prix du paquet de cigarettes,
- les campagnes de prévention,
- le remboursement des traitements de sevrage tabagique,
- l’interdiction de la publicité pour le tabac,
- le développement des espaces sans tabac dans certains lieux publics.
Selon Santé publique France (2023), environ 31 % des adultes de 18 à 75 ans fument, dont 24 % quotidiennement, des chiffres qui restent élevés malgré une baisse ces dernières années.
Dans cette perspective, le Programme national de lutte contre le tabac 2023-2027, porté par le ministère de la Santé, vise l’émergence d’une génération quasiment non-fumeuse d’ici 2032. L’objectif n’est pas d’interdire la cigarette, comme le propose le Royaume-Uni, mais de réduire fortement l’entrée dans le tabagisme chez les jeunes, en rendant le tabac moins accessible, moins visible et moins attractif.
À SAVOIR
Dans le monde, le tabagisme provoque plus de 8 millions de décès chaque année, dont environ 1,3 million liés au tabagisme passif, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).







