Deux nourrissons sont décédés à Angers et à Pessac, quarante signalements ont été enregistrés et onze bébés ont été hospitalisés pour des symptômes de salmonellose, dont cinq après avoir consommé un lait infantile contaminé qui aurait dû être retiré des rayons depuis longtemps. Le point sur les différents cas, pour éviter les amalgames et prévenir les nouveaux cas éventuels.
En ce début février, la France rejoue presque trait pour trait le scénario catastrophe de l’affaire Lactalis. En 2017, cette crise majeure avait ébranlé le pays, quand une contamination massive à la salmonelle dans l’usine de Craon, en Mayenne, avait touché trente-sept nourrissons.
Ce drame avait entraîné un rappel planétaire et révélé des failles béantes dans les contrôles industriels. Neuf ans et des promesses de “réforme totale” plus tard, le script semble se répéter. Une bactérie invisible, la Salmonella, s’invite à nouveau dans les laits infantiles.
Le bilan clinique confirmé par Santé publique France rapporte deux nourrissons décédés à Angers et à Pessac, et l’hospitalisation de onze nourrissons en urgence pour des symptômes de gastro-entérite aiguë. Parmi eux, cinq ont consommé des produits issus de lots pourtant officiellement bannis des rayons.
Intoxication des bébés : quelle bactérie est en cause ?
La Salmonelle : c’est quoi exactement cette bactérie ?
La Salmonelle (ou Salmonella) est une bactérie responsable de la salmonellose. Si pour un adulte en bonne santé, cela se résume souvent à une grosse intoxication alimentaire avec quelques jours au lit… chez un nourrisson, l’affaire est tout autre.
Le système immunitaire d’un bébé est encore en “chantier”. Comme le rappelle Santé publique France, une infection à la salmonelle chez les tout-petits provoque des gastro-entérites aiguës :
- diarrhées parfois sanglantes,
- vomissements,
- fièvre.
Le vrai danger, c’est la déshydratation, qui arrive beaucoup plus vite qu’on ne le pense à cet âge. Sur les onze cas signalés, tous ont dû passer par la case hôpital pour être réhydratés par voie intraveineuse et surveillés de près.
Attention : ne pas confondre avec le Bacillus cereus
Il ne faut pas confondre les onze cas de salmonellose avec les deux enquêtes pour décès ouverts à Pessac et Angers. Dans ces derniers dossiers, ce n’est pas la Salmonelle qui est traquée, mais une bactérie bien plus résistante : le Bacillus cereus.
Contrairement à la Salmonelle qui est une bactérie « simple », le Bacillus cereus est capable de produire une toxine chimique (la céréulide) qui attaque le foie et le système nerveux. Cette toxine est thermorésistante, ce qui signifie que chauffer le biberon ne suffit pas à l’éliminer.
Là où la Salmonelle provoque une infection, le Bacillus cereus peut causer un empoisonnement foudroyant.
Le bilan s’alourdit : deux décès suspectés d’être liés au lait contaminé
Le bilan de la crise actuelle prend une dimension tragique avec l’ouverture de deux enquêtes judiciaires pour “recherche des causes de la mort”. Le premier drame concerne un nourrisson né fin décembre, décédé le 8 janvier à l’hôpital Haut-Lévêque de Pessac après avoir présenté des troubles digestifs. Entre le 5 et le 7 janvier, l’enfant avait été alimenté avec un lait de marque Guigoz (groupe Nestlé), issu de lots rappelés précisément le 5 janvier pour une suspicion de contamination par la bactérie Bacillus cereus.
Le second cas nous mène à Angers, où une petite fille de 27 jours s’est éteinte le 23 décembre. Sa mère a récemment signalé aux enquêteurs avoir utilisé une boîte de lait Guigoz faisant désormais l’objet de la procédure de rappel. Si le procureur de la République de Bordeaux évoque une “piste sérieuse”, les autorités sanitaires appellent à la prudence.
À ce stade, aucun lien de causalité scientifique n’a été formellement établi entre la consommation du lait et ces décès. Des analyses toxicologiques sont en cours pour détecter la présence éventuelle de “céréulide”, une toxine redoutable produite par certaines souches bactériennes.
Lait infantile contaminé : comment en est-on arrivé là ?
Intoxication : pourquoi le lait est-il resté en rayon ?
En théorie, le protocole est censé être une machine bien huilée :
- L’industriel détecte un risque.
- La DGCCRF (la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) valide le rappel.
- Les distributeurs (supermarchés, pharmacies, sites de vente en ligne) reçoivent l’ordre de retirer les lots des rayons et de bloquer les codes-barres en caisse.
Sauf que dans la vraie vie, la machine a grippé. On parle ici de produits vendus plusieurs jours après l’alerte officielle. Parfois, c’est une erreur humaine en rayon, parfois un bug informatique où le code-barre du lot contaminé n’a pas été correctement blacklisté dans le logiciel du magasin. Dans tous les cas, le résultat est le même : une faille de sécurité majeure qui met des vies en danger.
RappelConso : le nouvel indispensable pour faire ses courses !
En théorie, le portail RappelConso devrait déjà s’être imposé comme un réflexe citoyen. Ce site gouvernemental a été conçu pour centraliser toutes les alertes, du fromage au plomb à la voiture aux freins capricieux, afin d’offrir une boussole fiable dans la jungle de la consommation.
Le nœud du problème réside dans la démarche même d’information. Pour être alerté, il faut encore faire l’effort de se connecter et de chercher. À moins d’être un passionné de sécurité sanitaire, l’information cruciale finit trop souvent noyée dans le flux incessant des actualités numériques.
Le système actuel repose sur un citoyen qui s’informe de manière proactive, là où l’urgence vitale exigerait que l’alerte frappe directement à sa porte ou s’affiche sur son smartphone. Tant que le lien entre le ticket de caisse et l’alerte sanitaire ne sera pas automatisé, RappelConso restera une bibliothèque de risques que personne ne lit au moment où il le faudrait vraiment.
Lait infantile contaminé : un air de déjà-vu qui ne passe pas
En 2017 déjà, des centaines de nourrissons avaient été touchés et plus de douze millions de boîtes de lait avaient été rappelées dans quatre-vingts pays. On nous avait promis, juré, que les procédures seraient renforcées.
Le bilan français s’était arrêté à trente-sept nourrissons contaminés par la même souche de salmonelle. Ce fiasco avait révélé que l’usine de Craon, en Mayenne, était devenue un foyer infectieux persistant malgré les auto-contrôles de l’industriel qui n’avaient étrangement rien décelé.
Mais aujourd’hui, a-t-on vraiment appris la leçon ? Certes, la réactivité pour identifier la bactérie semble s’être améliorée, mais la phase de retrait physique des produits, elle, semble toujours aussi archaïque par certains aspects. La traçabilité reste le parent pauvre de l’industrie agroalimentaire dès qu’il s’agit de gérer l’urgence à grande échelle.
Lait contaminé : que faire si vous avez un doute ou une boîte suspecte ?
Inutile de paniquer et de vider tous vos placards, mais une petite vérification s’impose. Voici la marche à suivre pour garder l’esprit tranquille :
- Identifiez le lot : le numéro de lot est généralement inscrit sous la boîte, à côté de la date de péremption. C’est votre plaque d’immatriculation.
- Vérifiez la source : direction le site rappel.conso.gouv.fr. Tapez le nom de votre lait. Si votre marque apparaît, cliquez sur la fiche du produit. Vous y trouverez la liste des lots concernés.
- Ne jetez pas tout de suite : gardez la boîte pour demander un remboursement, mais surtout, pour pouvoir donner le numéro précis aux autorités si votre enfant devait tomber malade.
- Observez votre bébé : une fièvre inexpliquée ? Un changement radical de comportement ou de transit ? Appelez votre pédiatre sans attendre. Mieux vaut une consultation “pour rien” qu’une hospitalisation en urgence.
Certains réclament déjà des sanctions pénales plus lourdes pour les enseignes qui laissent passer des produits rappelés en caisse. D’autres suggèrent des notifications obligatoires via les cartes de fidélité ou les applications bancaires pour prévenir directement les acheteurs identifiés.
Mais, en attendant que la technologie vienne au secours de l’organisation humaine, la vigilance reste notre meilleure arme.
À SAVOIR
En cas de rappel officiel, comme c’est le cas ici, vous avez droit au remboursement intégral ou à l’échange de votre produit, même si la boîte de lait est déjà entamée ou si vous avez égaré votre preuve d’achat. Si un commerçant refuse cette procédure, vous pouvez le signaler immédiatement sur la plateforme SignalConso.








