Un nid de frelons.
En 2022, le nombre de nids de frelons asiatiques découverts en Auvergne-Rhône-Alpes a presque doublé, passant de 1 983 en 2021 à 3 833 en 2022. © Adobe Stock

Face à la prolifération du frelon asiatique, une espèce invasive qui menace les abeilles et l’agriculture, un grand plan d’action 2025 est lancé dans le Rhône. Objectif : capturer un maximum de reines fondatrices dès le printemps pour limiter l’apparition de nouveaux nids. Un combat collectif qui mobilise apiculteurs, collectivités et citoyens.

Le frelon asiatique (Vespa velutina) s’est imposé comme un prédateur redoutable en France depuis son apparition en 2004. Responsable d’une forte mortalité chez les abeilles, il met en danger la biodiversité et pèse sur l’apiculture et l’agriculture.

Dans le Rhône, la section apicole du GDS 69, le GDSA 69 et le GASAR lancent une vaste campagne de lutte, avec un axe majeur : le piégeage sélectif de printemps. Cette méthode, éprouvée et encadrée par des experts, permet de capturer les reines fondatrices avant qu’elles ne bâtissent leur nid, freinant ainsi l’expansion de cette espèce envahissante. Un enjeu crucial pour l’environnement et l’économie locale.

Un prédateur redoutable pour les abeilles et la biodiversité

Le frelon asiatique (Vespa velutina) s’est discrètement installé en France en 2004, probablement arrivé dans des cargaisons en provenance de Chine. Depuis, son expansion a été fulgurante, colonisant une grande partie du territoire en moins de deux décennies. Aujourd’hui, il est présent dans plus de 70 départements et continue de s’étendre vers le nord et l’est du pays.

Sa classification en tant qu’espèce exotique envahissante n’est pas anodine : ce frelon a peu de prédateurs naturels en Europe, ce qui lui permet de prospérer sans régulation efficace. Sa capacité d’adaptation lui permet de construire des nids aussi bien en hauteur (arbres, bâtiments) qu’au ras du sol (haies, serres, jardins), ce qui complique son repérage et sa destruction.

Mais son impact le plus préoccupant concerne les abeilles domestiques (Apis mellifera). Chaque nid de frelon asiatique consomme en moyenne 11 kg d’insectes par an, et les abeilles représentent une part importante de leur régime alimentaire. Une seule colonie de frelons asiatiques peut décimer plusieurs ruchers en une saison.

Les apiculteurs sont en première ligne face à cette menace. Chaque année, de nombreux professionnels et amateurs constatent des pertes de colonies importantes, menaçant non seulement la production de miel, mais aussi l’équilibre général des écosystèmes.

Un impact alarmant sur l’agriculture et l’économie

Si le frelon asiatique s’attaque aux abeilles, il ne s’arrête pas là. Cet insecte opportuniste se nourrit également d’autres pollinisateurs (bourdons, papillons, mouches), réduisant leur présence dans les vergers et les cultures. Or, une pollinisation efficace est essentielle pour assurer de bonnes récoltes dans de nombreux secteurs agricoles.

Les vergers, vignes et cultures fruitières sont particulièrement impactés :

  • Moins d’abeilles = moins de pollinisation = moins de fruits et de rendements.
  • Certaines exploitations subissent des baisses de production significatives, ce qui affecte directement leur rentabilité.
  • Dans les vignobles, les frelons asiatiques peuvent aussi s’attaquer aux raisins, en perforant les fruits et facilitant ainsi leur pourrissement.

Les pertes économiques liées au frelon asiatique sont encore mal évaluées, mais les professionnels alertent sur un phénomène qui s’aggrave d’année en année.

Un danger sous-estimé pour la population

Au-delà des abeilles et des cultures, le frelon asiatique représente aussi un risque pour la population. Contrairement au frelon européen (Vespa crabro), qui niche principalement en hauteur et évite les interactions avec l’homme, le frelon asiatique se rapproche de plus en plus des habitations. En 2024, on estime que 30 % des nids sont situés à moins de trois mètres du sol, dans des endroits fréquentés par l’homme :

  • Dans les haies, rendant le jardinage risqué.
  • Sous les pergolas et les abris de jardin, où ils passent souvent inaperçus.
  • Dans les serres, compliquant le travail des maraîchers et jardiniers.

Si une piqûre isolée est généralement sans gravité pour une personne non allergique, une attaque groupée peut être très dangereuse. Les frelons asiatiques sont connus pour être particulièrement agressifs lorsque leur nid est menacé, et leurs piqûres peuvent entraîner :

  • Des réactions allergiques sévères (chocs anaphylactiques).
  • Des douleurs intenses et un gonflement important.
  • Des complications respiratoires, surtout en cas de piqûres multiples.

Chaque année, plusieurs hospitalisations sont recensées en raison d’attaques de frelons asiatiques, et quelques décès sont malheureusement à déplorer.

Le piégeage sélectif de printemps : capturer les fondatrices avant la construction des nids

Pour freiner cette invasion, le GDS 69, le GDSA 69 et le GASAR ont élaboré une stratégie en trois axes : piégeage, destruction et protection. Le piégeage sélectif est l’une des solutions les plus efficaces pour limiter la prolifération des frelons asiatiques. Il consiste à attraper les reines fondatrices au début du printemps, période où elles sortent d’hibernation pour fonder une nouvelle colonie.

Ce piégeage repose sur :

  • L’installation de pièges sélectifs avec des appâts spécifiques pour éviter de capturer d’autres insectes bénéfiques.
  • Un maillage territorial dense, avec des référents locaux et des équipes de piégeurs formés.
  • Un suivi rigoureux des captures pour ajuster les stratégies en temps réel.

La destruction des nids : une action ciblée et sécurisée

Le piégeage de printemps permet de limiter la prolifération du frelon asiatique, mais il ne suffit pas à éradiquer les colonies déjà établies. Dès l’été et jusqu’à l’automne, les nids de frelons asiatiques deviennent de plus en plus visibles et actifs, nécessitant une intervention rapide et sécurisée.

Les nids peuvent atteindre des tailles impressionnantes, certains dépassant un mètre de diamètre et abritant plusieurs milliers d’individus. Ils sont souvent accrochés en hauteur (arbres, bâtiments, greniers), mais aussi de plus en plus proches du sol (haies, garages, cabanes de jardin). Cette proximité avec les habitations et les espaces publics augmente le risque d’accidents.

La protection des ruchers : préserver les colonies d’abeilles

Face aux attaques répétées du frelon asiatique, les apiculteurs doivent adapter leurs pratiques pour protéger leurs ruches et limiter les pertes. Plusieurs dispositifs spécifiques ont été développés pour aider les abeilles à se défendre.

  • Les grilles anti-frelons : elles se placent à l’entrée des ruches et ont une ouverture suffisamment large pour laisser passer les abeilles, mais trop étroite pour que les frelons puissent entrer. Elles permettent ainsi de réduire la prédation en empêchant les frelons asiatiques de capturer les butineuses directement à la sortie de la ruche.
  • Les filets de protection : certains apiculteurs installent des filets de protection tout autour de leurs ruchers. Ces filets, placés à une certaine hauteur, perturbent le vol des frelons et limitent leur accès aux abeilles. Bien que cette méthode ne soit pas infaillible, elle réduit la pression de prédation et donne un répit aux colonies.
  • Les dispositifs de surveillance : grâce aux nouvelles technologies, il est désormais possible de suivre l’activité des frelons asiatiques en temps réel autour des ruches. Des capteurs et caméras sont installés pour détecter une augmentation du nombre de frelons dans la zone, alerter les apiculteurs en cas de forte pression de prédation et adapter les stratégies de défense en fonction du comportement des frelons.

Ce grand plan d’action 2025 est porté par une vaste mobilisation locale impliquant :

  • Les apiculteurs, en première ligne pour protéger leurs ruchers.
  • Les collectivités locales (métropole, communautés de communes) qui coordonnent les actions sur le terrain.
  • Les citoyens, invités à participer à la pose de pièges et à signaler les nids.

Des réunions d’information et de formation sont actuellement organisées dans chaque commune pour sensibiliser et former les participants. La lutte contre le frelon asiatique est l’affaire de tous ! Pour participer à la régulation de ces nuisibles, retrouvez les protocoles de piégeage sur le site FRGDS Auvergne-Rhône-Alpes.

À SAVOIR

Depuis 2012, le frelon asiatique est classé comme danger sanitaire de deuxième catégorie pour l’abeille domestique en France (arrêté du 26 décembre 2012). Cette classification permet aux autorités locales de mettre en place des mesures de surveillance et de lutte plus strictes pour protéger les ruchers et limiter son expansion.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

2 Commentaires

  1. Bonjour .

    Très beau discours mais :
    Ou se procurer les pièges ?
    A quel prix ?
    Avec quoi appâter ?
    Ou les positionner ?

    Du concret s’il vous plait .
    Merci et Bonne journée

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