Un homme sédentaire relevant le défi de courir un trail en dix huit mois.
Les participants du projet 0 to 100 ont dix-huit mois pour se transformer en sportifs de haut-niveau. ©shutterstock_Studio Romantic

Quarante candidats, sélectionnés pour leur mode de vie totalement sédentaire et inactif, ont accepté de relever un incroyable défi : courir un trail de 100 kilomètres autour du Mont Blanc à l’été 2027. Initié par des chercheurs de l’Université de Saint-Étienne, le projet 0 to 100 entend démontrer que l’activité physique, même la plus spectaculaire, est à la portée de tous et qu’elle est l’un des éléments fondamentaux pour vivre en bonne santé. Les explications de Guillaume Millet, professeur de physiologie et principal instigateur de ce challenge hors normes.

Depuis début mars, quarante runners bien particuliers sillonnent les chemins de la Loire. Pour certains, il s’agit de leurs toutes premières foulées depuis les cours d’éducation physique, à l’école. Ces quarante coureurs amateurs prendront pourtant bientôt le départ de l’une des courses d’ultra-endurance les plus exigeantes du monde : la CCC, l’une des épreuves reines de l’Ultra Trail du Mont Blanc.

Leur objectif : terminer la course, dix-huit mois après avoir délaissé les écrans et canapés qui cadraient jusqu’ici leur temps libre. La performance est de taille. Elle illustre toute l’ambition du projet 0 to 100, porté par l’Université de Saint-Étienne pour valoriser de manière scientifique toute l’importance de l’activité physique sur la santé. Coordinateur du projet, Guillaume Millet, professeur de physiologie de l’exercice à l’Université de Saint-Étienne, en détaille les enjeux.

En quoi consiste le projet 0 to 100 ?

L'objectif du projet 0 to 100 est de courir l'une des épreuves de l'UTMB, dans le massif du Mont Blanc.
L’objectif du projet 0 to 100 est de courir l’une des épreuves de l’UTMB, dans le massif du Mont Blanc. © bublikhaus_Freepik

Ce projet consiste à sélectionner des personnes sédentaires et inactives, qui n’ont l’habitude de courir ou marcher le moindre kilomètre, pour partir de zéro et les mener en dix-huit mois à 100.

100 correspond au nombre de kilomètres de la CCC, une course de l’Ultra Trail du Mont-Blanc. Avec, cerise sur le gâteau, 6000 mètres de dénivelé positif et négatif.

Quelle est la genèse de ce projet fou ?

Inciter les gens à bouger. L’idée est de montrer à quel point des gens sédentaires sont capables de faire des choses qui peuvent paraître extraordinaires. Et de conduire à cette réflexion : si eux sont capables de faire 100 km, alors pourquoi, moi, ne pourrais-je pas en faire au moins 20 ou 30. Le tout dans de beaux paysages, pour que cela donne vraiment envie.

Et il s’agit aussi d’une étude scientifique, dont l’objectif est d’apporter une documentation sur ce qui se passe dans les organismes lorsque l’on passe de 0 à 100 km en dix-huit mois.

Cette base scientifique aurait donc une valeur promotionnelle de l’activité physique ?

On sait depuis longtemps que l’activité physique est absolument indispensable pour être en bonne santé. Mais ce projet dépasse les simples recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé : nous voulons emmener les participants à un niveau d’entraînement bien supérieur à celui de la plupart des gens, potentiellement considéré comme déraisonnable, y compris par certains scientifiques ou médecins, pour démontrer les bienfaits spectaculaires induit sur la santé physique, bien sûr, mais également mentale.

Le projet associe sédentarité et inactivité, pourquoi ?

La sédentarité correspond en gros au temps que l’on passe assis chaque jour. L’inactivité, elle, correspond au fait de ne pas être assez en mouvement et de ne pas respecter les 150 minutes d’activités physiques recommandées par l’OMS. On peut donc tout à fait être à la fois actif et sédentaire, ce qui est mon cas par exemple : je fais du sport, mais je passe trop de temps assis devant mon ordinateur. L’étude 0 to 100 s’intéresse aux gens qui sont à la fois sédentaires et inactifs, qui ne font vraiment aucun sport depuis 10-20 ans, avec comme conséquence des impacts négatifs sur le corps, physiques et mentaux.

Comment avez-vous sélectionné les candidats ?

Le premier critère d’inclusion était donc d’être à la fois sédentaire et inactif, et ce depuis plusieurs années. Une personne allant au travail en vélo, par exemple, aurait été disqualifié. Il fallait aussi avoir entre 25 et 50 ans. Plus jeune, tout le monde fait plus ou moins du sport à l’école et, plus vieux, courir 100 kilomètres devient plus dur pour tout le monde.

Nous avons, à des fins de comparaison, 20 hommes et 20 femmes. Les candidats, enfin, ne devaient pas avoir de pathologies avérées. Nous avons eu tout type de profils en termes d’indices de masse corporelle, l’idée étant de montrer que le défi est possible chez tout le monde, y compris en obésité légère ou en situation de maigreur constitutionnelle.

Avez-vous eu beaucoup de candidats ?

Oui, nous avons reçu 900 pré-candidatures. Le nombre s’est vite restreint, car beaucoup pensaient être éligibles, parce qu’ils ne faisaient qu’une seule fois du sport par semaine par exemple. Au final, sur 240 participants, nous en avons sélectionnés 40 candidats.

Quelles étaient leurs motivations ?

Les motivations sont assez variées, mais le point commun est de réaliser la nécessité de faire quelque chose. On sait qu’être sédentaire, être inactif, ce n’est pas bon pour la santé. Le comportement sédentaire est le comportement par défaut, et il est compliqué d’en sortir. Beaucoup voyaient dans ce projet une opportunité pour changer de vie. On espère effectivement qu’ils ne vont pas s’arrêter d’être actifs après avoir réussi ce défi : ce serait une cruelle désillusion.

Comment passe-t-on d’un canapé à un trail de 100 kilomètres, en dix-huit mois ?

Le plus compliqué, c’est de passer de 0 à 10 km. Au début, ils vont s’entraîner très souvent, mais sur des petits volumes d’entraînement pour habituer leur squelette et leur organisme aux impacts de la course à pied. En six mois, on espère les emmener à courir une heure ou 10 km. Et ensuite, il nous restera un an pour passer de 10 à 100 km. C’est un pari. Mais on se donne toutes les chances d’y parvenir, à travers un suivi personnalisé, scientifique et médical.

Comment est organisé le suivi des candidats ?

Les candidats accompagnés au gré d'un suivi personnalisé.
Un suivi personnalisé est mis en place pour aider les candidats à se transformer en trailers. © @artphotostudio / Freepik

Notre préoccupation première est qu’ils restent en bonne santé. Chaque coureur est suivi par un coach certifié École de Trail®. Ils suivent un plan d’entraînement fixant le nombre et le contenu des séances, avec une progression bien définie. Ils donnent leur feedback sur une plateforme d’entraînement, à distance. On recueille la moindre douleur, la moindre blessure, pour pouvoir ajuster la charge d’entraînement et faire intervenir le cas échéant un kiné de la Clinique du Coureur, un autre de nos partenaires.

Les entraînements sont en solo, mais nous organisons également des week-ends de regroupement pour des formations spécifiques, notamment autour de l’alimentation, de la préparation mentale. Il y a des choses à savoir, il ne s’agit pas de courir bêtement !

Sur quels éléments allez-vous établir l’analyse scientifique du projet ?

Au cours des 18 mois, en plus du suivi par les coachs et des trois regroupements que l’on organise avec l’ensemble des participants, les coureurs vont venir cinq fois dans notre laboratoire universitaire, situé au sein du CHU de Saint-Étienne, pour faire différentes mesures. Les mesures principales portent évidemment sur l’endurance cardio-respiratoire, la fonction neuromusculaire, la biomécanique de la locomotion. On va s’intéresser à la masse musculaire, aux tissus osseux, à l’architecture de l’os, à la masse totale d’hémoglobine dans le corps. On va aussi s’intéresser à la fonction cognitive, au bien-être et à la fatigue subjective. Il y a vraiment un grand nombre de paramètres scientifiques.

Si le suivi est à distance, comment être certain de leur assiduité ?

Effectivement, on peut dire qu’on a fait la séance alors qu’on ne l’a pas faite. On peut aussi dire qu’on était sédentaire alors qu’en réalité, on faisait du sport. C’est aussi une affaire de confiance. On fait certifier sur l’honneur aux participants que leur engagement est vrai et qu’ils sont réellement totalement sédentaires et inactifs. Un des participants a été notamment éliminé lorsque l’on a trouvé des résultats de courses sur Internet !

Et de leur motivation ?

Pour l’instant, notre crainte, c’est qu’ils en fassent trop plutôt que pas assez. Ils sont tellement impatients, maintenant qu’ils se sont lancés dans cette aventure de changer de vie, qu’ils ont tendance à vouloir en faire un petit peu trop. Peut-être que dans six mois, quand il s’agira d’aller courir sous la pluie dans la pénombre, il en ira différemment !

Un trail n’est pas une simple course à pied : pourquoi avoir choisi ce niveau de difficulté ?

Pour deux raisons. La première, c’est que je suis convaincu que le trail a des vertus particulières. La course se déroule en pleine nature, qui a des vertus bénéfiques sur la santé. Et puis, pourquoi 100 kilomètres plutôt qu’une distance plus raisonnable ?

Parce que plus on court, plus c’est bon pour la santé. Si on s’entraîne 10, 12, 15 heures par semaine, on est en meilleure santé que quand on ne s’entraîne que quelques heures par semaine. C’est un des objectifs du projet de le démontrer. Enfin, on ne doit pas cacher qu’il y a un petit côté spectaculaire : cela permet d’attirer les médias et de faire parler du projet !

C’est aussi une source de motivation supplémentaire pour les participants ?

Ça ne veut pas dire qu’on conseillerait à tout le monde chez soi de faire la même chose. Mais si on arrive à montrer qu’en dix-huit mois, dans les conditions de l’étude, avec un suivi personnalisé, scientifique, médical, on arrive à emmener ces volontaires à être finishers d’un trail de 100 kilomètres, cela voudra dire que la plupart des gens sont capables de le faire, pour ne pas dire tout le monde.

À SAVOIR

Parallèlement au projet O to 100, les chercheurs de l’Université de Saint-Étienne ont lancé un défi annexe, réservé à des candidats porteurs de pathologies (maladies chroniques, handicaps…) S’il ne s’agit pas d’une étude scientifique, le projet 0 to 40 prépare des candidats à courir une autre course de l’UTMB, la MCC, en dix-huit mois également, dans les mêmes conditions de suivi (coaching, équipement, tests…) Parmi les participants figurent deux personnes amputées tibiaux, deux personnes souffrant de sclérose en plaques, deux personnes en traitement post-cancer, deux personnes atteintes d’un trouble autistique de type Asperger…

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Journaliste expert santé / Rédacteur en chef adjoint du Groupe Ma Santé. Journaliste depuis 25 ans, Philippe Frieh a évolué dans la presse quotidienne régionale avant de rejoindre la presse magazine pour mettre son savoir-faire éditorial au service de l'un de ses domaines de prédilection, la santé, forme et bien-être. Très attaché à la rigueur éditoriale, à la pertinence de l'investigation et au respect de la langue française, il façonne des écrits aux vertus résolument préventives et pédagogiques, accessibles à tous les lecteurs.

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