Un homme attendant sa prise en charge à l'hôpital.
Certaines spécialités, comme la cardiologie avec 42 jours, présentent les délais d'attente les plus élevés. © Drazen Zigic / Magnific

Publiée ce mardi 19 mai par Doctolib et la Fondation Jean-Jaurès, l’édition 2026 des ‘’Cartes de France de l’accès aux soins’’ dresse un nouveau panorama des difficultés rencontrées par patients et soignants dans les différentes régions françaises, notamment en matière de délais. Fondée sur des millions de consultations et des enquêtes auprès de milliers de patients, cette étude met en lumière les écarts d’accès aux soins selon les spécialités, les territoires et les pratiques numériques. Des enseignements loin d’être anodins, à quelques mois des prochaines présidentielles.

En 2026, accéder à un rendez-vous médical reste un défi pour de nombreux Français, malgré une densité de professionnels de santé en apparence stable. C’est ce que révèle la deuxième édition des Cartes de France de l’accès aux soins publiée le 19 mai par Doctolib et la Fondation Jean-Jaurès, sur la base d’une vaste enquête (voir notre À SAVOIR) portant d’une part sur les 234 millions de consultations recensées en 2025, et d’autre part sur un sondage exclusif effectué auprès de 800 patients.

« Pour la première fois, nous avons voulu donner la parole aux patients : leur vécu révèle un renoncement massif et souvent silencieux, qui dépasse largement les seuls déserts médicaux », témoigne Jean-Urbain Hubau, directeur général France de Doctolib.

Cette double perspective, en effet, permet non seulement de quantifier les délais d’accès, mais aussi de comprendre les comportements des patients face à la difficulté d’obtenir un rendez-vous, entre renoncement, recours aux urgences et utilisation des outils numériques.

« Parce qu’il touche aux peurs les plus intimes qu’on a pour soi ou pour ses proches, l’accès aux soins est une préoccupation majeure de la vie des Français », note Roman Bornstein, directeur des études de la Fondation Jean-Jaurès. « Le double défi de la démographie médicale et de l’augmentation des besoins en santé est désormais intégré par la population, et les inégalités d’accès aux soins sont sur le point de devenir un sujet politique majeur ».

L’étude 2026 confirme que l’accès aux soins n’est pas uniforme sur le territoire. Les délais d’accès varient fortement selon les spécialités : les professions de premier recours restent relativement rapides, avec des délais médians de 3 jours pour les médecins généralistes, 6 jours pour les kinésithérapeutes, 8 jours pour les pédiatres, 10 jours pour les chirurgiens-dentistes et 12 jours pour les sage-femmes. En revanche, certaines spécialités médicales connaissent des délais beaucoup plus longs, comme la cardiologie (42 jours) ou la dermatologie (32 jours).

Ces écarts se combinent à des inégalités territoriales marquées. Le Gers, par exemple, présente des délais de 164 jours pour un cardiologue et de 153 jours pour un ophtalmologiste, alors qu’à Paris et en Seine-Saint-Denis, ces rendez-vous sont accessibles respectivement en 16 jours et 5 jours seulement. Cette situation démontre que les tensions d’accès ne se réduisent pas à l’opposition classique ville/rural. Chaque spécialité trace sa propre cartographie des zones en tension, et l’Île-de-France reste la seule région où les délais sont courts pour l’ensemble des professions.

Malgré ces difficultés, les soignants maintiennent une capacité de réponse non programmée pour les urgences en ville. Par exemple, 39 % des rendez-vous en médecine générale et 37 % en pédiatrie peuvent être obtenus en moins de 48 heures. Cette réactivité contribue à réguler la saturation des urgences hospitalières, un enjeu majeur pour le système de santé français.

Depuis la précédente édition en 2023, les trajectoires des différentes spécialités se sont divergées. Les délais ont diminué pour l’ophtalmologie (-4 jours), la dermatologie (-3 jours), la gynécologie (-2 jours) et la chirurgie dentaire (-1 jour). À l’inverse, la cardiologie, la psychiatrie, la pédiatrie et les sage-femmes connaissent une légère augmentation des délais (+1 jour chacune). La médecine générale et la kinésithérapie restent stables.

L’étude souligne que ces évolutions ne s’expliquent pas uniquement par la densité de professionnels. En ophtalmologie, les délais ont été divisés par deux en huit ans grâce à une meilleure organisation et à l’introduction du travail aidé, tandis que la cardiologie voit ses délais s’allonger malgré une densité croissante de spécialistes.

Plusieurs leviers ont été identifiés pour améliorer l’accès aux soins, à commencer par la réorganisation des filières et travail collaboratif avec les équipes de soins spécialisées (ESS) et les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS).

  • La téléconsultation et la téléexpertise, encore sous-utilisées (moins de 3 % de l’activité pour la plupart des spécialités) ont aussi prouvé leur efficaces pour réduire les délais. Exemple : en médecine générale, la téléconsultation permet un accès en 1 jour contre 3 jours en présentiel.
  • Enfin, les outils numériques et notamment l’IA sont de plus en plus utilisés pour orienter les patients vers le canal de soins approprié, permettant de diminuer le recours inutile aux urgences.

Ces innovations montrent qu’au-delà du nombre de praticiens, c’est l’organisation des soins et l’usage du numérique qui conditionnent la rapidité d’accès. « Ce que cette étude démontre avec force, c’est que l’organisation du soin fait la différence, et que des leviers concrets existent déjà là où la volonté de les mobiliser est présente », appuie Jean-Urbain Hubau (Doctolib).

L’enquête auprès des patients révèle des comportements complexes face aux difficultés d’accès :

63 % des patients ont ainsi déjà renoncé à chercher un rendez-vous. Les plus touchés ne sont pas les populations précaires, mais les jeunes adultes (25-34 ans, 75 %) et les cadres (71 %). La différence entre zones urbaines et rurales n’est que de 4 points, confirmant que l’accès aux soins est un défi national.

L’étude révèle aussi que 23 % des patients ont été contraints de se rendre aux urgences faute de rendez-vous disponible, tandis que 20 % ont pu éviter ce recours grâce à la prise de rendez-vous en ligne. Le numérique devient ainsi un véritable régulateur des flux de soins.

Enfin, 45 % des patients ont déjà utilisé une IA conversationnelle pour des questions de santé. Ses effets sont paradoxaux : 25 % ont consulté un professionnel plus rapidement grâce à l’IA, mais 18 % y ont renoncé, particulièrement chez les étudiants, qui cumulent un fort usage et un fort renoncement.

Ces données montrent que l’accès aux soins dépend non seulement de l’offre médicale, mais aussi des comportements des patients et de la capacité des outils numériques à fluidifier le parcours. D’où la nécessité de penser des solutions adaptées aux besoins spécifiques de chaque spécialité et de chaque territoire, plutôt qu’à des réponses uniformes basées uniquement sur la densité médicale… À quelques mois des prochaines élections présidentielles, le message est passé !

À SAVOIR

Doctolib et la Fondation Jean-Jaurès se sont adjoint le concours d’une géographe spécialisée en santé, Joy Raynaud, pour publier la deuxième édition des Cartes de France de l’accès aux soins. Cette étude repose sur l’analyse de 234 millions de consultations réalisées en 2025, ainsi que sur les témoignages de plus de 80 000 professionnels de santé et près de 8 000 patients représentatifs.

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Journaliste expert santé / Rédacteur en chef adjoint du Groupe Ma Santé. Journaliste depuis 25 ans, Philippe Frieh a évolué dans la presse quotidienne régionale avant de rejoindre la presse magazine pour mettre son savoir-faire éditorial au service de l'un de ses domaines de prédilection, la santé, forme et bien-être. Très attaché à la rigueur éditoriale, à la pertinence de l'investigation et au respect de la langue française, il façonne des écrits aux vertus résolument préventives et pédagogiques, accessibles à tous les lecteurs.

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