
Refusé hier, remboursé aujourd’hui. Le médicament Qalsody, destiné à une forme génétique rare de la maladie de Charcot (SLA) liée au gène SOD1, vient d’obtenir un avis favorable de la Haute Autorité de santé pour une prise en charge en France. En 2024, les preuves étaient jugées trop fragiles ; en 2026, de nouvelles données cliniques ont changé la donne. Explications.
La Haute Autorité de santé (HAS) vient de donner un avis favorable au remboursement de Qalsody (tofersen), un médicament destiné à une forme rare et héréditaire de la maladie de Charcot, ou sclérose latérale amyotrophique (SLA), liée à une mutation du gène SOD1.
En 2024, la HAS avait refusé sa prise en charge, estimant que les preuves disponibles ne permettaient pas de conclure à un bénéfice clinique suffisant pour ouvrir la voie au remboursement.
Depuis, de nouvelles données issues du suivi des patients traités ont été examinées. Elles ont conduit l’autorité sanitaire à revoir sa position. Qalsody, développé par le laboratoire Biogen, peut désormais entrer dans le parcours de remboursement en France, une décision particulièrement attendue dans une maladie grave, évolutive et sans solution curative.
Selon l’Inserm, la maladie de Charcot touche environ 8 000 personnes en France, avec près de 2 000 nouveaux cas chaque année. La majorité des formes surviennent sans cause identifiée, mais environ 10 % sont dites familiales, c’est-à-dire liées à une anomalie génétique transmise ou survenant dans une lignée familiale. Il n’existe, à ce jour, aucun traitement curatif.
Maladie de Charcot : Qalsody, un traitement “de précision”
Qalsody n’est pas un traitement destiné à tous les patients atteints de la maladie de Charcot. Il cible uniquement les personnes souffrant d’une forme génétique rare de la SLA liée à une mutation du gène SOD1, impliquée dans environ 2 % de l’ensemble des cas, selon les données scientifiques disponibles.
Ce gène produit une enzyme appelée superoxyde dismutase 1. Lorsqu’il est muté, il peut entraîner la fabrication d’une protéine anormale, toxique pour les neurones moteurs.
Le tofersen appartient à la famille des oligonucléotides antisens, des molécules conçues pour bloquer la production d’une protéine ciblée. Le médicament agit ainsi à la source, en réduisant la fabrication de la protéine SOD1 anormale.
Administré par injection intrathécale (dans le liquide céphalo-rachidien, via ponction lombaire), il nécessite un suivi spécialisé.
Qalsody : refusé puis accepté, que s’est-il passé ?
Pourquoi la HAS avait dit non en 2024 ?
Le refus initial n’était pas un rejet de principe, mais une question de niveau de preuve. En France, pour qu’un médicament soit remboursé, il doit démontrer un bénéfice médical jugé suffisant au regard des données disponibles.
Or, en 2024, la HAS considérait que les essais cliniques n’apportaient pas encore de démonstration claire d’un ralentissement de la progression de la maladie.
Le principal essai clinique, publié dans The New England Journal of Medicine, portait sur des patients atteints de SLA liée à SOD1. Son critère principal n’avait pas été atteint de manière statistiquement significative à 28 semaines sur l’échelle fonctionnelle ALSFRS-R, utilisée pour mesurer l’évolution de la maladie.
Les signaux étaient encourageants, mais pas assez solides pour convaincre pleinement.
Ce qui a changé en 2026
Entre-temps, de nouvelles données ont été produites, notamment issues du suivi prolongé des patients inclus dans les essais.
Ces analyses complémentaires ont suggéré qu’un traitement plus précoce et poursuivi dans le temps pourrait ralentir davantage l’évolution clinique. Elles ont aussi montré une baisse durable du taux de neurofilaments, des biomarqueurs sanguins ou neurologiques associés à la destruction neuronale.
Les chercheurs ont rapporté que les patients traités plus tôt présentaient une progression fonctionnelle plus lente que ceux ayant commencé plus tard. Ce type de données n’efface pas toutes les zones grises, mais il modifie la balance bénéfices-risques dans une maladie grave, rare et à évolution rapide.
Un remboursement, oui… mais sous surveillance
L’avis favorable au remboursement ne signifie pas que toutes les questions sont réglées.
La HAS a indiqué que le service médical rendu était désormais suffisant pour justifier une prise en charge, tout en restant prudente sur l’ampleur exacte du bénéfice clinique. L’autorité demande la poursuite du recueil de données en vie réelle et une réévaluation ultérieure.
C’est fréquent pour les traitements innovants dans les maladies rares, l’accès est accordé, mais sous observation rapprochée.
La génétique change le visage de la maladie de Charcot
Longtemps, la SLA a été perçue comme une seule et même maladie. La recherche montre aujourd’hui qu’il s’agit plutôt d’un ensemble de maladies partageant des mécanismes communs, mais avec des causes parfois différentes.
Des gènes comme SOD1, mais aussi
- C9orf72 : c’est la cause génétique la plus fréquente des formes familiales de SLA. L’anomalie correspond le plus souvent à une répétition anormale d’une séquence d’ADN, qui perturbe le fonctionnement normal des neurones
- TARDBP : ce gène permet de fabriquer la protéine TDP-43, impliquée dans la gestion et le transport de l’ARN, essentiel à l’activité cellulaire. Lorsqu’elle fonctionne mal, cette protéine peut s’accumuler de façon anormale dans les neurones.
- FUS : ce gène code une protéine qui participe aussi au traitement de l’ARN et à la réparation de l’ADN. En cas de mutation, la protéine peut se dérégler, s’accumuler dans les cellules nerveuses et favoriser leur dégénérescence progressive.
Qalsody est l’un des premiers exemples concrets de cette médecine personnalisée appliquée à la neurologie. Ce n’est pas encore une révolution totale, mais c’est un vrai changement de méthode. On cherche désormais à traiter non plus seulement les symptômes, mais directement une anomalie biologique identifiée.
À SAVOIR
La maladie de Charcot a récemment été remise sous les projecteurs après la mort de l’acteur américain Eric Dane, célèbre pour ses rôles dans Grey’s Anatomy et Euphoria. Il est décédé le 20 février 2026 à l’âge de 53 ans, moins d’un an après avoir révélé publiquement être atteint de sclérose latérale amyotrophique (SLA).







