
Après des années d’attente et de débats, la France lance officiellement un vaste programme pilote de dépistage précoce du cancer du poumon dans cinq régions. Ce dispositif va servir à repérer plus tôt les tumeurs chez les personnes les plus à risque, principalement les gros fumeurs et ex-fumeurs, grâce à des scanners “faible dose”. Une étape décisive avant une possible généralisation nationale d’ici la fin de la décennie.
Avec près de 53 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année et environ 30 000 décès annuels selon l’Institut national du cancer (INCa), le cancer du poumon demeure aujourd’hui la première cause de mortalité par cancer en France.
Et pourtant, contrairement au cancer du sein, du côlon ou du col de l’utérus, aucun programme national de dépistage organisé n’existait jusqu’ici pour cette maladie, alors même qu’elle est souvent découverte à un stade avancé.
Lancé le 18 mai, le programme pilote IMPULSION marque une étape inédite pour la France. Porté par l’INCa, les Hospices civils de Lyon (HCL) et l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), il fait entrer le pays dans la phase opérationnelle du dépistage organisé du cancer du poumon. Cette expérimentation nationale doit permettre de recruter progressivement 20 000 personnes âgées de 50 à 74 ans présentant un risque élevé de cancer du poumon, principalement des fumeurs ou ex-fumeurs fortement exposés au tabac.
Déployé dans un premier temps en Île-de-France, dans les Hauts-de-France, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans les Pays de la Loire et en Auvergne-Rhône-Alpes, le programme doit permettre aux autorités sanitaires d’évaluer si un dépistage organisé du cancer du poumon est réellement applicable à grande échelle dans les conditions du système de santé français.
Un cancer souvent diagnostiqué trop tard
Dans une grande partie des cas, le cancer du poumon est découvert tardivement, lorsque les symptômes apparaissent déjà à un stade avancé. Or, à ce moment-là, les possibilités de guérison diminuent fortement.
Selon Santé publique France et l’INCa, le cancer du poumon provoque chaque année plus de 30 000 décès dans le pays. Et le tabac reste de très loin le principal facteur de risque, responsable d’environ 80 % des cas.
Mais le piège du cancer pulmonaire est sa discrétion. Une petite tumeur peut évoluer longtemps sans provoquer de douleur particulière. Une toux persistante, un essoufflement inhabituel ou une fatigue inexpliquée arrivent souvent tardivement. Beaucoup de patients apprennent leur diagnostic lorsque le cancer s’est déjà propagé. C’est précisément ce que le dépistage tente d’éviter.
Dépistage généralisé : comment va fonctionner le programme IMPULSION ?
Le pari du scanner “faible dose”
Le programme IMPULSION repose sur un scanner thoracique à faible dose d’irradiation. Concrètement, il s’agit d’un scanner beaucoup moins irradiant qu’un examen classique, capable de détecter de très petits nodules pulmonaires parfois invisibles autrement.
L’objectif est d’identifier des lésions avant qu’elles ne deviennent agressives ou métastatiques. Le dépistage cible principalement :
- les personnes âgées de 50 à 74 ans ;
- les gros fumeurs ;
- ou les anciens fumeurs ayant une forte exposition au tabac.
Les critères précis reposent notamment sur le nombre de “paquets-années”, une unité utilisée pour mesurer l’exposition au tabac au cours de la vie. Par exemple, fumer un paquet par jour pendant vingt ans correspond à 20 paquets-années.
Selon l’INCa, ce sont ces populations qui présentent le risque le plus élevé de développer un cancer pulmonaire.
Des résultats déjà très convaincants à l’étranger
Si la France se lance seulement maintenant, plusieurs pays ont déjà pris de l’avance. Aux États-Unis, l’essai américain NLST (National Lung Screening Trial), publié en 2011 dans le New England Journal of Medicine, avait montré une réduction de 20 % de la mortalité liée au cancer du poumon grâce au scanner faible dose.
Quelques années plus tard, l’étude européenne NELSON, menée notamment aux Pays-Bas et publiée en 2020 dans le New England Journal of Medicine, a confirmé ces résultats avec une baisse encore plus importante des décès chez certaines populations dépistées.
Ces travaux ont profondément changé la vision des autorités sanitaires internationales. L’Union européenne recommande désormais aux États membres de mettre en place des stratégies de dépistage ciblé du cancer du poumon chez les personnes à haut risque.
En France, la Haute Autorité de santé (HAS) avait longtemps jugé que les conditions n’étaient pas encore réunies pour généraliser un tel programme. Les inquiétudes portaient notamment sur les faux positifs, le risque de surdiagnostic ou encore l’organisation du suivi médical.
Dépistage pulmonaire : cinq régions ouvrent la voie
Près de 200 centres déjà mobilisés
Le programme IMPULSION est actuellement déployé dans cinq régions pilotes :
- l’Île-de-France,
- les Hauts-de-France,
- les Pays de la Loire,
- la Provence-Alpes-Côte d’Azur,
- l’Auvergne-Rhône-Alpes.
Il est coordonné au niveau national par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) et les Hospices civils de Lyon (HCL), avec le soutien de l’Institut national du cancer (INCa).
Dans les territoires pilotes, plusieurs établissements hospitaliers participent déjà au recrutement des volontaires et à l’organisation du dépistage. Parmi eux figurent notamment les Hospices civils de Lyon, le CHU Amiens-Picardie, l’Institut Paoli-Calmettes à Marseille ou encore le centre hospitalier d’Albi, retenu comme site pilote en Occitanie.
Des structures de radiologie et les Centres régionaux de coordination des dépistages des cancers (CRCDC) sont également mobilisés pour réaliser les scanners thoraciques faible dose et assurer le suivi des participants.
Au total, près de 200 centres investigateurs ont été déclarés dans le cadre du programme, dont 35 en Auvergne-Rhône-Alpes selon l’ARS régionale.
Dépistage : le début d’une vraie prévention ?
Au-delà du dépistage lui-même, les équipes médicales veulent aussi profiter de cette consultation pour renforcer la prévention contre le tabac. Le scanner devient alors une porte d’entrée vers le sevrage tabagique.
Car les spécialistes rappellent que d’arrêter de fumer reste de très loin la mesure la plus efficace pour réduire le risque de cancer du poumon. Même après plusieurs décennies de tabagisme, le bénéfice existe encore.
À SAVOIR
Le scanner “faible dose” utilisé pour dépister le cancer du poumon peut aussi révéler d’autres maladies passées inaperçues, notamment certains problèmes cardiovasculaires ou pulmonaires.







