Une femme, allongée sur son bureau, qui est allée au travail en étant malade.
Et vous, allez-vous au travail même en étant malade ? © Freepik

Près d’un Français sur deux continue d’aller travailler alors qu’il est malade. Un réflexe hivernal que l’on croit anodin… mais qui, à force, use le corps. Au-delà des risques de contagion pour les autres, le fait de travailler en étant malade peut aggraver la santé à long terme, contribuer à l’épuisement professionnel et fragiliser durablement l’organisme. Décryptage

43 % des salariés en France déclarent aller travailler même lorsqu’ils sont malades, selon une enquête menée en janvier 2026 par l’institut OberA auprès de 4 102 personnes représentatives de la population active ; seuls 25 % restent systématiquement chez eux lorsqu’ils sont malades et 29 % tranchent au cas par cas.

Un réflexe qui, a priori, ne choque plus personne. Un éternuement dans open space ? Un petit rhume ? « Ce n’est rien, je vais survivre », entend-on souvent. Pourtant, ce comportement, nommé surprésentéisme ou présentéisme lié à la maladie, n’est pas sans effets durables sur la santé à long terme.

En science du travail, on parle de présentéisme lorsque des salariés continuent à travailler malgré un état de santé qui justifierait normalement un arrêt maladie. Ce terme, issu de l’anglais sickness presenteeism, traduit le paradoxe de celui qui est physiquement présent mais en réalité diminué dans sa capacité de travail et dans son rétablissement.

Contrairement à l’absentéisme (ne pas venir au travail faute de santé), le présentéisme est un comportement souvent encouragé, consciemment ou non, par la culture d’entreprise et les politiques internes. Et cela peut avoir plusieurs conséquences, pour la personne et pour son environnement.

Dans l’étude OberA, plusieurs raisons expliquent ce choix :

  • La peur d’être mal vu par les collègues ou la hiérarchie, surtout en l’absence de possibilités de télétravail.
  • La pression économique : avec les trois jours de carence avant indemnités, certains salariés préfèrent travailler plutôt que perdre du salaire.
  • La culture professionnelle : en France, être présent physiquement sur son lieu de travail reste souvent perçu comme un signe d’engagement, quel que soit l’état de santé réel.

Ce mélange de contraintes sociales, financières et culturelles pousse de nombreux salariés à ignorer leurs symptômes et à faire bonne figure… au détriment de leur corps.

Les conséquences immédiates du travail lorsqu’on est malade sont connues, même si elles finissent par se fondre dans la routine professionnelle. Parmi les plus fréquentes :

  • Une transmission virale accrue : dans les bureaux, open spaces et salles de réunion souvent peu ventilées, surtout en hiver, un RH ou un virus respiratoire circule à grande vitesse. Une simple toux peut suffire à contaminer une partie de l’équipe.
  • Une baisse de productivité réelle, même lorsque la présence physique est assurée. Le salarié est là, mais son efficacité diminue, la concentration fluctue et les tâches s’allongent.
  • Un stress supplémentaire, lié au besoin de tenir bon malgré les symptômes : gérer des réunions tout en luttant contre la fatigue, répondre aux mails en ayant la tête brumeuse, affronter la journée en serrant les dents.

Ces effets, bien que réels, sont souvent minimisés. On évoque simplement « une journée un peu difficile », « un rhume sans gravité » ou encore la volonté de « rester présent pour l’équipe ». 

Un rétablissement retardé, voire incomplet

Travailler pendant une maladie peut ralentir la guérison. Le corps, contraint de mobiliser de l’énergie pour faire face à une tâche professionnelle en plus de l’infection, met plus de temps à retourner à un état de santé optimal. 

Plusieurs études montrent que les personnes qui ne prennent pas le repos nécessaire peuvent voir leurs symptômes prolongés et leur état général se dégrader. À l’inverse, un repos complet favorise souvent une récupération plus rapide et évite la transformation d’un petit symptôme en problème plus sérieux.

Risque accru d’absentéisme futur et de problèmes chroniques

Travailler malgré la maladie augmente la probabilité d’absences ultérieures. En forçant l’organisme alors qu’il a besoin de repos, on finit souvent par s’arrêter… mais plus tard, et plus longtemps. Ce phénomène résulte d’un ensemble d’effets cumulés :

  • une fatigue qui s’installe, difficile à récupérer une fois qu’elle est trop avancée ;
  • une baisse progressive des défenses immunitaires, qui rend l’organisme plus vulnérable ;
  • un épuisement global, qui affaiblit la capacité à faire face à de nouvelles infections ou à un stress supplémentaire.

À long terme, cet engrenage peut faire basculer une affection ponctuelle vers un trouble plus durable, avec des répercussions sur la qualité de vie, la performance au travail et, dans certains cas, l’évolution même de certaines maladies.

Une santé mentale fragilisée

L’impact psychologique du présentéisme a longtemps été relégué au second plan. Pourtant, pour de nombreuses personnes, continuer à travailler alors qu’on est malade accentue le stress, nourrit un sentiment de décalage ou d’insuffisance et peut, à terme, altérer la relation au travail.

Plusieurs travaux de synthèse soulignent que les environnements où le présentéisme est répété ou valorisé s’accompagnent souvent :

Au-delà du cas individuel, le présentéisme a une résonance collective. Une personne malade qui se rend au travail est susceptible de transmettre des infections à ses collègues. Cela signifie plus de jours de maladie chez les autres, plus de charge pour les services de santé, et un cercle souvent pernicieux où le mal se propage sans qu’on puisse l’arrêter efficacement.

Évidemment, il ne s’agit pas de s’arrêter au moindre nez qui coule. Toutes les affections ne justifient pas un arrêt maladie, et chacun devrait savoir instinctivement distinguer un rhume bénin d’une véritable incapacité à travailler.

Dans certaines situations, continuer à travailler tout en étant un peu malade reste raisonnable. C’est le cas lorsque :

  • les symptômes sont légers et n’empêchent pas de se concentrer ou de tenir la journée,
  • le travail peut être réalisé à un rythme plus tranquille, sans exigences physiques ou mentales trop importantes,
  • le télétravail est possible et permet d’éviter les déplacements fatigants,
  • il n’y a pas de risque de contaminer les collègues, surtout en période de circulation virale.

Lorsque les symptômes sont importants, contagieux ou associés à une fatigue prononcée, le repos est une nécessité. Continuer malgré tout revient à fragiliser l’organisme et augmente le risque d’absences plus longues ensuite.

À SAVOIR 

Les infections respiratoires aiguës (rhumes, grippes, bronchites, COVID-19) représentent chaque année l’une des premières causes de recours aux soins et d’arrêts de travail en France. 

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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