Un père débordé à la maison victime d'un burn-out familial.
Si le travail est un terrain propice au burn-out, ce syndrome ne se cantonne pas aux frontières du bureau et peut aussi témoigner d'un épuisement domestique. © Drazen Zigic / Freepik

Défini comme un état d’épuisement physique, mental et émotionnel, le burn-out est le plus souvent associé au monde du travail. Ce syndrome, dont les répercussions peuvent être terrible, n’est pourtant pas toujours lié au seul contexte professionnel. Il peut même puiser ses causes dans d’autres domaines. Généraliste à Lyon, le Dr Didier Lechemia, qui s’est spécialisé sur la question, explique sur le plateau de l’émission Votre Santé du 24 janvier qu’il est tout aussi possible d’être victime d’un burn-out parental, conjugal ou domestique. Et même, c’est dans l’ère du temps, d’un burn-out digital.

2,5 millions de Français ont été ou sont victimes d’un burn-out. Si le phénomène semble relativement récent, c’est que l’on a commencé à s’intéresser au problème suite à une vague de suicide survenu au sein de l’entreprise France Telecom, dans les années 2000.

Dans la perception populaire, ce syndrome multifactoriel reste pourtant très clairement associé au travail. Un sentiment trop restrictif, comme l’a expliqué le Dr Didier Lechemia, médecin spécialiste du burn-out à Lyon, venu analyser ce syndrome et son impact sur le quotidien de ses victimes, sur le plateau de l’émission Votre Santé du mardi 23 janvier 2024 sur BFM TV Lyon.

Quels sont les symptômes du burn-out ?

Le premier symptôme est la fatigue. II n’y a pas de burn-out sans fatigue. C’est très variable, cela peut-être une fatigue du matin, du soir, de la journée entière voire du week-end ou des vacances. On est fatigué car on ne dort pas. et on ne dort pas car l’on cogite. C’est un cercle vicieux car l’on commence à avoir l’angoisse de ne pas dormir.

On a tout un tas d’autres symptômes tels que des maux d’estomacs, des palpitations, des douleurs musculaires, etc. L’entourage doit s’inquiéter lorsqu’il voit un proche commencer à s’isoler, un collègue qui ne participe plus aux pauses café au bureau par exemple.

En tant que médecin, les symptômes qui nous inquiètent le plus sont les troubles cognitifs tels que des pertes de mémoires ou des problèmes de concentration. Ceux-ci sont vraiment redoutables, j’ai notamment le souvenir d’un patient chef d’entreprise qui ne savait plus passer les vitesses dans sa voiture.

Le burn-out est-il une maladie ?

Ce n’est pas une maladie dans le sens où on l’entend normalement. Dans le burn-out, on parle d’un syndrome, car c’est un ensemble de symptômes avec des causes qui peuvent être tout à fait différentes et des traitements très différents selon le contexte. « Syndrome » est donc le terme sur lequel tout le monde s’accorde.

Le burn-out est-il toujours lié au travail ?

Oui, dans la définition officielle, le burn-out n’est lié qu’au travail. Seulement en pratique non : vous pouvez faire un burn-out parental, un burn-out conjugal, un burn-out domestique. Aujourd’hui, vous comme moi sommes sensibles au burn-out numérique ou digital car nous passons beaucoup de temps devant nos écrans.

Constatez-vous que ce syndrome touche de plus en plus de monde ?

À mon échelle oui : je ne reçois quasiment plus que des patients en situation de burn-out. Si l’on prend des chiffres nationaux, en 2015, on dénombrait à peu près 300 000 cas de burn-out. Aujourd’hui : 2,5 millions de cas. Je pourrais travailler jour, nuit et week-end à tel point la demande est forte.

Quels premiers réflexes doivent avoir les personnes dans cette situation ?

Premièrement, quand ils me consultent, je leur explique qu’ils ont eu un bon réflexe de venir. Je dis cela car le premier réflexe à avoir est de consulter. On dit souvent qu’il faut consulter des spécialistes, or les psychiatres par exemple sont surbookés. Donc premier réflexe : voir son généraliste. Celui-ci connait les tenants et aboutissants, il connait votre métier, votre personnalité et vos antécédents médicaux. Il est le mieux placé. Il est nécessaire d’y aller rapidement afin de s’extirper au plus vite du contexte et prescrire un arrêt de travail.

Comment traiter une personne victime du burn-out ?

Je dirais qu’il y a autant de traitements qu’il y a de patients. Nous n’avons pas les mêmes cas. Il y a 3 phases de traitement : extirper la personne du milieu toxique, lui demander de se reposer. Ce n’est pas facile car ces gens sont souvent des hyperactifs, ils font un don d’eux même à l’entreprise. Ensuite, les « redynamiser » en leur demandant d’étudier le processus de burn-out. La troisième phase, très importante : on va les préparer à la reprise du travail.

Y a-t-il un risque de rechute ?

Effectivement, 25% des patients rechutent. C’est énorme. Cela peut être dû au fait que l’on n’a pas accepté de se reposer, de lâcher complètement. Ou parce que l’on n’a pas préparé suffisamment la compréhension, réfléchi sur pourquoi on a fait ce burn-out. Et surtout car l’on n’a pas été accompagné lors de la reprise.

Combien de temps est-il nécessaire avant de reprendre le travail ?

Les chiffres officiels sur la durée d’arrêt de travail sont de 8 mois mais en pratique il faut compter 18 mois. On retrouve dans un premier temps ses capacités physiques mais il faut beaucoup plus de temps pour retrouver toutes ses capacités intellectuelles. Il ne faut pas oublier que 15% des gens ont de telles séquelles qu’ils ne pourront plus jamais travailler. Ce n’est pas rien un burn-out…

Tous les médecins généralistes sont-ils formés à recevoir les patients pour ce type de cas ?

C’est une question épineuse, car formé dans l’accompagnement il y a un problème de temps. Lorsque vous recevez un patient en burn-out, c’est une heure à chaque fois. Or un généraliste ne peut pas y consacrer une heure. Il peut cependant très vite dépister, diagnostiquer et éliminer d’autres maladies. Le généraliste est la pierre angulaire.

Retrouvez ici le replay de l’émission Votre Santé du 24 janvier 2024.

À SAVOIR

Le terme « burn-out » est apparu pour la première fois dans les années 1970 et qualifiait à l’origine une construction sociale et scientifique pour décrire l’épuisement au travail de professionnels de l’aide et du soin.

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