Une salariée malade à qui son médecin a prescrit une journée de télétravail plutôt qu’un arrêt maladie.
En 2023, la proportion de salariés pratiquant le télétravail au moins occasionnellement est passée à 26 %, contre 9 % en 2019. © Freepik

Alors que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2026 envisage que des médecins puissent recommander le télétravail plutôt qu’un arrêt maladie complet, la mesure interroge. S’agit-il d’une véritable avancée pour la santé des salariés ou d’un glissement vers l’obligation de rester actif malgré la maladie ?

Travailler… même malade ? C’est le cœur du débat ouvert récemment à l’Assemblée nationale. Deux amendements adoptés en commission des Affaires sociales prévoient d’autoriser un médecin à « prescrire » la reprise ou la poursuite d’une activité en télétravail, en lieu et place d’un arrêt de travail total, lorsque l’état de santé du salarié le permet et que son poste est éligible.

Si l’idée paraît séduisante sur le papier – maintenir un lien professionnel, alléger la coupure, adapter la reprise – elle pose aussi des questions profondes : qui décide de la compatibilité poste/santé ? Jusqu’où un salarié malade peut-il « travailler » sans se reposer ? Et la mesure ne risque-t-elle pas de devenir une injonction implicite à rester disponible ?

Deux amendements du PLFSS 2026 disposent que le médecin pourra, en alternative à l’arrêt maladie complet, recommander un télétravail « lorsque le pronostic fonctionnel le justifie et si le poste de l’assuré est éligible à être exercé à distance ».

Le texte précise notamment qu’il s’agirait de certaines pathologies comme par exemple des troubles musculo-squelettiques ou des affections anxio-dépressives légères à modérées.

Par ailleurs, sur un autre volet déjà effectif, pour les arrêts de travail prescrits ou renouvelés lors d’une téléconsultation : depuis le 1ᵉʳ janvier 2024, leur durée ne peut excéder 3 jours, sauf exceptions (médecin traitant, sage-femme référente, ou impossibilité de consulter en présentiel).

Quand la santé coûte trop cher

Le contexte est celui d’un système de santé sous tension. Le déficit de la branche maladie de la Sécurité sociale, l’accroissement des arrêts de travail et la montée des pathologies liées au travail (troubles musculo-squelettiques, épuisement professionnel) renforcent l’urgence de repenser les modalités de maintien dans l’emploi.

Ainsi, l’idée de remplacer certains arrêts maladie par du télétravail prescrit s’inscrit dans une logique de « maintien du lien professionnel adapté à la santé », mais aussi de régulation budgétaire. Face au déficit croissant de la Sécurité sociale, le télétravail pourrait devenir une alternative aux arrêts maladie pour certains salariés.

Le choix du télétravail s’appuie aussi sur un autre constat. Pour certaines pathologies, la coupure brutale avec l’entreprise, les trajets, l’isolement… peuvent ralentir la reprise ou nuire au moral. Le travail à distance modéré pourrait offrir une transition plus douce.

Télétravail sur ordonnance : un équilibre à trouver entre santé et activité

Du côté des bénéfices, on peut lister :

  • une reprise progressive possible, adaptée à l’état de santé ;
  • la réduction des contraintes liées aux trajets ou au présentiel (utile en cas de fatigue, douleurs, etc.) ;
  • pour l’entreprise, un maintien du lien et une possible réduction des « coûts » indirects d’un arrêt long.

Mais ces bénéfices ne sont pas automatiques et plusieurs conditions doivent être réunies :

  • l’activité professionnelle doit être réellement compatible avec le télétravail (poste matériellement et ergonomiquement adapté) ;
  • l’état de santé du salarié doit être compatible, ce qui implique une évaluation médicale rigoureuse ;
  • un suivi et un accompagnement doivent être prévus afin que l’aménagement ne se transforme pas en surmenage déguisé.

Sans ces garde-fous, le dispositif pourrait basculer. Le salarié malade risque de « travailler quand même », faute de repos total, ce qui peut contribuer à un épuisement progressif, à une aggravation de la pathologie ou à un isolement accru. Le risque est celui d’un burn-out déguisé, sous couvert de « aménagement bienveillant ».

Pour un salarié, cette mesure pourrait représenter une chance de rester « dans le jeu » tout en respectant un besoin de convalescence adaptée. Toutefois, avant d’accepter un télétravail prescrit, il faudra vérifier que le poste est bien adapté (équipement, ergonomie, rythme), que la santé le permet et que l’accord est clair (heures, horaires, responsabilités).

Pour un employeur, appliquer ce dispositif oblige à une attention renforcée : 

  • évaluer l’éligibilité du poste, 
  • anticiper les besoins en matériel, 
  • organiser le suivi du salarié, 
  • collaborer avec le médecin du travail ou le médecin traitant. 

L’objectif ne sera pas seulement économique, mais aussi de santé au travail. Autrement dit, ne pas faire revenir trop tôt un collaborateur malade sans adaptation réelle.

À SAVOIR

Selon la DREES, les arrêts maladie ont augmenté de 30 % en dix ans et les troubles psychiques représentent désormais un quart des arrêts de longue durée.

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Ma Santé

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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