Un avis d'arrĂȘt de travail.
Selon une Ă©tude de l’Inserm, environ 10 % des personnes infectĂ©es par le Covid dĂ©veloppent un Covid long. © Adobe Stock

En France, les arrĂȘts maladie connaissent une hausse inĂ©dite depuis cinq ans. La faute, dit-on, au vieillissement, aux troubles psychologiques, Ă  la dĂ©gradation des conditions de travail. Mais un Ă©lĂ©ment central reste trop souvent absent des analyses officielles : le Covid-19 et surtout le Covid long, qui continue d’affecter durablement des millions de personnes.

Pourquoi les arrĂȘts maladie explosent-ils en France ? DerriĂšre les chiffres froids, il y a des vies bouleversĂ©es : des salariĂ©s Ă  bout de souffle, des entreprises dĂ©sorganisĂ©es, et une SĂ©curitĂ© sociale qui voit ses dĂ©penses dĂ©raper.

On parle volontiers du stress, de la charge mentale, du vieillissement de la population active. Mais rarement d’un autre facteur, pourtant incontournable : le Covid. Car la pandĂ©mie n’a pas seulement rempli les services de rĂ©animation entre 2020 et 2022, elle a aussi laissĂ© une trace durable dans les corps et les esprits.

Fatigue chronique, essoufflement, brouillard cĂ©rĂ©bral, douleurs persistantes : autant de symptĂŽmes regroupĂ©s sous le terme de Covid long. Or ce phĂ©nomĂšne reste encore sous-Ă©valuĂ© dans les bilans officiels, alors mĂȘme qu’il pourrait expliquer une part non nĂ©gligeable de l’absentĂ©isme qui frappe aujourd’hui le monde du travail.

Depuis 2019, les arrĂȘts de travail ont connu une hausse fulgurante :

  • Selon la Drees, la proportion de salariĂ©s ayant eu au moins un arrĂȘt indemnisĂ© est passĂ©e de 25 % en 2010 Ă  28 % en 2023.
  • Dans le secteur privĂ©, l’absentĂ©isme global a progressĂ© de 41 % entre 2019 et 2024, atteignant 4,5 % en 2024, un record.
  • La durĂ©e moyenne des arrĂȘts augmente aussi : 23,3 jours en 2024, contre 21,8 en 2023.

Un phĂ©nomĂšne qui inquiĂšte jusqu’au ministĂšre de la SantĂ©, confrontĂ© Ă  une explosion des dĂ©penses d’indemnitĂ©s journaliĂšres. La Cour des comptes rappelle que les IJ sont passĂ©es de 7,7 milliards d’euros en 2017 Ă  12 milliards en 2022 (+56 %).

Des causes multiples, mais pas toujours bien hiérarchisées

Plusieurs explications reviennent dans les rapports et baromĂštres :

  • Vieillissement de la population active : les salariĂ©s de plus de 55 ans sont plus exposĂ©s aux arrĂȘts longs.
  • Intensification du travail : productivitĂ© accrue, pĂ©nibilitĂ© persistante dans certains mĂ©tiers.
  • Troubles psychologiques : devenus la premiĂšre cause d’arrĂȘt de longue durĂ©e selon le BaromĂštre AbsentĂ©isme Malakoff Humanis 2025. Chez les moins de 30 ans, 22 % des arrĂȘts sont liĂ©s Ă  des troubles anxieux ou dĂ©pressifs, contre 16 % en 2019.

Ces facteurs sont rĂ©els. Mais ils masquent une part d’ombre : le Covid et ses sĂ©quelles, rarement mentionnĂ©s dans les bilans officiels.

Le Covid long : une pathologie persistante mais invisibilisée

La Haute AutoritĂ© de SantĂ© (HAS) estime qu’environ 10 % des personnes infectĂ©es par le SARS-CoV-2 souffrent de symptĂŽmes persistants au-delĂ  de trois mois, parfois plus d’un an.

Les manifestations du Covid long sont multiples :

Ces sĂ©quelles concernent toutes les tranches d’ñge, y compris des jeunes sans comorbiditĂ©s. Les femmes sont proportionnellement plus touchĂ©es, en particulier aprĂšs 40 ans.

Le problĂšme majeur, soulignĂ© par la Cour des comptes, est que les arrĂȘts maladie liĂ©s au Covid sont mal codĂ©s et sous-dĂ©clarĂ©s : la moitiĂ© des arrĂȘts seulement mentionnent explicitement la cause Covid. RĂ©sultat : son impact rĂ©el sur l’absentĂ©isme est largement sous-estimĂ©.

Chaque réinfection augmente le risque

Autre fait établi par la littérature scientifique : chaque réinfection au Covid augmente le risque de développer un Covid long ou des séquelles plus lourdes. Selon une méta-analyse publiée dans Nature Medicine, les patients réinfectés présentaient un risque accru de complications cardiovasculaires, respiratoires et neurologiques.

Autrement dit, plus un salariĂ© est exposĂ© Ă  des rĂ©infections, plus la probabilitĂ© d’un arrĂȘt long grimpe.

Le Covid long a un double coût :

  1. Humain, avec des millions de personnes durablement affectées dans leur vie quotidienne et professionnelle.
  2. Économique, avec des arrĂȘts longs et rĂ©pĂ©tĂ©s, une baisse de productivitĂ© et des dĂ©penses sociales exponentielles.

Pourtant, aucune affection de longue durĂ©e (ALD) spĂ©cifique n’a encore Ă©tĂ© créée pour le Covid long. Les malades doivent composer avec un parcours de soins complexe, des reconnaissances limitĂ©es, et des dispositifs d’indemnisation inadaptĂ©s.

Plusieurs explications Ă  cette invisibilisation :

  • Sous-dĂ©claration mĂ©dicale : le diagnostic de Covid long reste dĂ©licat, faute de biomarqueurs spĂ©cifiques.
  • Statistiques incomplĂštes : l’Assurance maladie n’isole pas toujours les arrĂȘts liĂ©s au Covid dans ses bases.
  • Question politique : reconnaĂźtre le rĂŽle du Covid long reviendrait Ă  admettre une charge sanitaire et financiĂšre durable de la pandĂ©mie.
  • CrĂ©er une ALD Covid long, pour garantir un suivi mĂ©dical et une prise en charge adaptĂ©e.
  • AmĂ©liorer la traçabilitĂ© statistique des arrĂȘts liĂ©s au Covid.
  • Sensibiliser les mĂ©decins et lancer une campagne nationale d’information sur les sĂ©quelles post-Covid.
  • Mettre en place des parcours de soins pluridisciplinaires, associant mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes, spĂ©cialistes, rééducateurs, psychologues.

C’est l’appel portĂ© par l’association AprĂšsJ20 Covid Long France, qui regroupe des patients et familles directement concernĂ©s.

À SAVOIR

D’aprĂšs SantĂ© publique France, la prĂ©valence du Covid long chez les adultes en France est estimĂ©e Ă  4 %, soit environ 2,1 millions de personnes concernĂ©es.

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Marie Briel
Journaliste Ma SantĂ©. AprĂšs un dĂ©but de carriĂšre en communication, Marie s’est tournĂ©e vers sa vĂ©ritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma SantĂ©, elle se spĂ©cialise dans le domaine de l'information mĂ©dicale pour rendre le jargon de la santĂ© (parfois complexe) accessible Ă  tous.

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